Qu’est-ce qu’une personne non binaire ?
Une personne non binaire ne se reconnaît pas exclusivement dans les catégories « homme » ou « femme ». Son identité peut se situer entre ces catégories, les combiner, évoluer ou s’en détacher. La non-binarité concerne l’identité de genre. Elle ne détermine ni l’orientation sexuelle ni l’apparence physique.
Cette définition synthétique répond directement à la question principale. Pour approfondir le vocabulaire, consultez la ressource de QuestionSexualité – Santé publique France.
Interview réalisée par Sophie Vitali. Témoignage de Karl Majani, relu et restructuré afin de préserver ses propos tout en distinguant clairement son expérience personnelle des informations générales.
Le témoignage de Karl en 8 points
- Karl est une personne transgenre non binaire qui utilise le prénom Karl et le pronom masculin « il ».
- Son questionnement sur son identité a commencé à l’âge de 21 ans.
- Une rencontre dans les transports en commun l’a conduit à expérimenter d’autres pronoms.
- Une épreuve liée à la perte de ses cheveux a accéléré son travail d’introspection.
- Il a choisi son prénom après l’avoir ressenti comme une évidence.
- Son apparence et son style vestimentaire ne déterminent pas son identité de genre.
- Sa sœur aînée l’a soutenu lors de son changement de prénom à l’état civil.
- Son expérience est personnelle et ne représente pas tous les parcours non binaires.
Pourquoi donner la parole à une personne non binaire ?
Qui n’a jamais entendu parler de non-binarité dans les médias, sur les réseaux sociaux ou au cours d’une conversation ?
Lorsque j’ai commencé à préparer cet article, j’ai abordé le sujet avec plusieurs amis. Certains considéraient la non-binarité comme un phénomène de mode. D’autres affirmaient que cela n’existait pas. Beaucoup reconnaissaient surtout ne pas comprendre ce que ce terme signifiait réellement.
Après de longues discussions avec Karl Majani, je lui ai proposé de raconter son expérience sans filtre. Il a accepté sans hésiter.
Après plus de deux heures d’échange, nous sommes tombés d’accord sur un point essentiel : de nombreuses personnes éprouvent encore des difficultés à exprimer leur identité, leurs ressentis et leur véritable personnalité.
Pourquoi la non-binarité reste-t-elle mal comprise ?
La non-binarité reste mal comprise parce qu’elle remet en question l’idée selon laquelle chaque personne devrait nécessairement se définir comme un homme ou comme une femme. Elle recouvre pourtant plusieurs identités et plusieurs manières de vivre son genre.
Notre objectif n’est pas de prétendre que toutes les personnes non binaires suivent le même parcours. Il ne s’agit pas non plus de dicter une manière de penser. Cet entretien donne la parole à une personne concernée, avec son histoire, sa sensibilité et sa propre manière de comprendre son identité.
Cet article cherche-t-il à créer une polémique ?
Non. Cet article cherche avant tout à faire connaître une expérience humaine et à favoriser la compréhension entre les personnes non binaires, leurs proches et la société.
J’entends déjà les réactions de Monsieur et Madame « Je-sais-tout » : « Dans dix ans, on n’en parlera plus », « Ces jeunes ne savent plus quoi inventer pour se faire remarquer » ou encore « Sophie Vitali cherche-t-elle à faire le buzz après avoir affiché son soutien à la communauté LGBTQIA+ dans Garçon Magazine ? »
Il n’en est rien. S’il est une chose que je supporte difficilement, c’est l’injustice et le jugement systématique de l’autre. Mon engagement public et mes interventions dans les médias, notamment sur France 3 ViaStella, s’inscrivent dans une volonté constante de donner la parole sans déformer les vécus.
Dans cet article, vous découvrirez comment Karl a pris conscience de sa non-binarité, choisi son prénom, affirmé ses pronoms et trouvé une manière plus apaisée de vivre son identité.
Qui est Karl, personne transgenre non binaire ?
Le parcours de Karl s’est clarifié à 22 ans, après une épreuve capillaire traumatisante qui l’a obligé à distinguer son apparence de son identité profonde. Cette expérience a déclenché un important travail sur l’estime de soi.
Sophie Vitali : bonjour Karl, je suis ravie que tu aies accepté de réaliser cette interview sur la non-binarité et je t’en remercie. Avant toute chose, qui est Karl ?
Karl Majani : Bonjour Sophie ! C’est un honneur pour moi de répondre à votre demande. Je vais tenter de le faire avec toute ma franchise.
Karl est apparu dans ma vie alors que j’avais 22 ans. L’année venait de commencer. J’ai véritablement fait sa connaissance au cours du mois de janvier. L’élément déclencheur a été un événement dramatique : la perte de mes cheveux dans un salon de coiffure pourtant réputé dans ma ville.
Dans quelle situation Karl se trouvait-il avant cet événement ?
J’ai 22 ans. Je suis jeune et, à ma naissance, la société a décidé que j’étais une petite fille. Je savais déjà que j’étais une personne non binaire. Cependant, je ne me sentais pas à l’aise avec le prénom féminin qui m’avait été assigné.
Je voulais m’appeler autrement, mais je n’avais pas encore trouvé de prénom précis. À cette époque, j’utilisais un surnom dérivé de mon morinom, c’est-à-dire de mon ancien prénom, en attendant que mon nouveau prénom se manifeste.
Je traversais une période très difficile. Je m’emportais facilement et je prenais parfois des décisions impulsives, car mon esprit était embrumé.
Après mes examens universitaires, je souhaitais prendre un nouveau départ et retrouver de bonnes énergies. J’ai donc commencé par ce que certaines personnes considèrent comme une activité presque thérapeutique : changer de coiffure et de style capillaire.
Comment une décoloration a-t-elle bouleversé la vie de Karl ?
J’ai pris cette décision impulsivement. Toutefois, je ne voulais pas abîmer mes cheveux. J’ai donc choisi un salon disposant d’une très bonne réputation. Je voulais obtenir un blond platine avec de légers reflets bleus.
Avant le rendez-vous, le salon a testé la décoloration sur une mèche afin de vérifier que mes cheveux étaient suffisamment résistants. Le test s’est parfaitement déroulé. Je me suis donc rendu au salon trois jours plus tard, le 17 janvier 2022.
Une fois installé, le personnel a appliqué le produit décolorant. On m’a ensuite placé à proximité de machines chauffantes.
« Au moment du rinçage, j’ai senti qu’il se passait quelque chose d’anormal. J’avais raison. Mes cheveux se sont cassés à mesure que l’eau coulait. »
Comment le salon a-t-il réagi aux dégâts ?
Une personne s’occupait d’abord de moi. Puis elles ont été deux, et bientôt trois. Malgré leurs efforts pour dissimuler les dégâts, mes cheveux, qui descendaient auparavant jusqu’à ma poitrine, avaient pratiquement disparu.
Les coiffeurs auraient pu s’arrêter. Pourtant, ils ont poursuivi en appliquant une patine, puis une coloration. Le résultat était indescriptible. Ma couleur tirait vers le vert et l’ensemble était profondément irrégulier.
L’équipe refusait de me montrer clairement les dégâts. Une amie a donc réalisé des captures d’écran pendant un appel en visioconférence. Lorsque j’ai vu les images, j’étais complètement désemparé.
À son arrivée, la patronne a tenté de modifier une nouvelle fois le résultat avec une coloration bordeaux. Selon elle, cette teinte permettrait de mieux cacher les zones abîmées. Je n’ai reçu ni véritables excuses ni explications satisfaisantes.
Je suis resté dans le salon jusqu’à sa fermeture. Après avoir expliqué la situation à ma sœur, elle est venue me récupérer.
Pourquoi Karl a-t-il décidé de se raser le crâne ?
J’étais toujours sous le choc. Le lendemain, ma sœur a pris contact avec un autre coiffeur afin qu’il me rase entièrement le crâne.
C’était la meilleure décision possible. Je ne voulais pas conserver sur ma tête le souvenir de ce moment traumatisant, rempli de déception et d’incompréhension.
Quelle phrase de sa psychiatre a aidé Karl ?
Après cet épisode, j’avais rendez-vous avec ma psychiatre. Je me sentais ridicule. Je ne savais plus comment me positionner ni comment me percevoir. Je perdais mes repères. Cette situation était cauchemardesque.
Je ne parvenais plus à discuter normalement. Mon esprit était ailleurs. Je me répétais constamment : « Qui suis-je ? Pourquoi est-ce que je ne parviens plus à me reconnaître ? »
Ma psychiatre m’a aidé à comprendre que ce n’est pas parce que l’on m’avait retiré ma longueur de cheveux du jour au lendemain que l’on avait retiré mon identité. L’apparence physique et l’identité profonde sont deux choses distinctes.
Je devais prendre conscience que j’étais bien plus qu’une personne avec de longs cheveux. Tout cela reposait aussi sur l’estime de soi et la confiance en soi. J’ai commencé à travailler sur ces deux aspects pour comprendre qui j’étais réellement.
Quel masque Karl portait-il en société ?
Auparavant, je portais constamment un masque en société. J’étais malheureux, mal dans ma peau et j’ignorais qui j’étais.
Lorsque je rencontrais des personnes, je faisais diversion grâce à ce masque : un maquillage sophistiqué, une coiffure convenable, une tenue correcte et un accessoire indispensable, le sourire. Cela fonctionnait parfaitement.
Lorsque j’ai perdu ma longue chevelure, je me suis donc senti encore plus désemparé. Mon moral affaibli et mon manque de courage avaient endommagé ce précieux masque. Je devais absolument découvrir qui j’étais pour pouvoir avancer.
Ce travail rejoint la nécessité de renforcer l’amour de soi et l’estime personnelle, sans réduire l’identité d’une personne à son apparence.
Comment Karl a-t-il choisi son prénom ?
Le prénom Karl s’est imposé après une période pendant laquelle il avait cessé de chercher activement. Karl raconte avoir ressenti ce prénom comme une évidence intime, puis avoir été conforté par sa signification : « homme libre ».
Le prénom Karl s’est-il imposé comme une évidence ?
Je ne voulais plus insister dans ma recherche. J’ai décidé d’accepter l’idée que mon prénom me parviendrait tôt ou tard.
Puis ce matin est arrivé. Je ne me souviens malheureusement plus de la date exacte, mais l’essentiel reste intact. J’ai eu une sorte de flash. Un véritable « Eurêka ». Je me suis levé et j’ai senti qu’il s’agissait de Karl.
Je me suis dit : « Je me nomme Karl. »
Que signifie le prénom Karl ?
Comme toute personne enthousiaste, j’ai immédiatement pris mon téléphone pour effectuer des recherches sur ce prénom. J’ai découvert qu’il s’agissait d’un prénom d’origine germanique.
Plusieurs significations lui étaient associées, mais l’une d’elles me plaisait particulièrement : Karl signifie “homme libre”. Cette signification représentait exactement ce que je voulais devenir.
Quelles synchronicités Karl a-t-il remarquées ?
J’ai également découvert plusieurs coïncidences extraordinaires, même si Sophie Vitali parlerait probablement de synchronicités.
La couleur traditionnellement associée au prénom Karl serait le rouge. Or le rouge fait partie de mes couleurs préférées, avec le blanc et le noir. Le rouge peut représenter la passion, l’amour, le courage, la sensualité et l’ardeur. Il peut aussi évoquer la colère, le danger et l’interdiction.
Puis j’ai découvert une deuxième coïncidence. La fête des Karl a lieu le 4 novembre, précisément la veille de mon anniversaire. J’ai également lu que le Scorpion serait le signe astrologique correspondant le mieux au caractère associé au prénom Karl. À ce stade, je n’y voyais plus un simple hasard. J’y voyais un signe.
J’ai adopté ce prénom et j’ai présenté Karl à mes amis. Depuis ce jour, je n’ai plus remis en question mon identité de genre.
Qui est véritablement Karl ?
Karl est un peu mon sauveur. Il est mon propre sauveur, créé à partir de mon moi intérieur.
- Karl est un beau gosse transgenre non binaire.
- Karl est celui qui a toujours fière allure, même lorsqu’il se rase les sourcils.
- Karl est celui qui respire la joie de vivre, la gentillesse, l’espoir, la foi et la bienveillance envers autrui.
- Karl est celui qui possède une confiance profonde en lui-même et une forte estime de soi.
- Karl est celui qui ne porte plus de masque.
- Karl est celui qui revendique aujourd’hui son identité et s’affirme au sein de la société.
- Karl est celui qui se bat pour la liberté des individus.
- Karl est celui qui se sent libre, lui-même et entier.
Comment savoir si l’on est non binaire ?
Il n’existe aucun test universel permettant de déterminer qu’une personne est non binaire. Cette découverte peut passer par un questionnement sur le prénom, les pronoms, le corps, le regard des autres ou le sentiment de ne pas appartenir exclusivement aux catégories homme et femme.
Sophie Vitali : à quel âge et comment as-tu déterminé ta non-binarité ?
Karl Majani : Pour tout dire, je dirais que cela a commencé vers la fin de l’année 2021, entre septembre et octobre. J’avais 21 ans.
Un soir, j’ai pris les transports en commun pour rentrer chez moi. Après m’être installé, j’ai fait une rencontre qui paraissait banale sur le moment, mais qui s’est révélée décisive.
Quelle rencontre a déclenché le questionnement de Karl ?
Une personne m’a demandé si elle pouvait s’asseoir à côté de moi. J’ai répondu : « Oui, bien sûr. » Elle s’est assise. Nous nous sommes immédiatement complimentés sur nos styles respectifs.
Puis nous avons commencé à nous présenter. Avant même de me donner son prénom, cette personne m’a demandé quels étaient mes pronoms. Personne ne m’avait jamais posé cette question.
Quel pronom peut utiliser une personne non binaire ?
Il n’existe pas de pronom obligatoire pour une personne non binaire. Certaines utilisent « iel », d’autres « il », « elle » ou plusieurs pronoms. La meilleure solution consiste à demander respectueusement à la personne quels sont son prénom et ses pronoms.
- Il, généralement associé au masculin.
- Elle, généralement associée au féminin.
- Iel, employé par certaines personnes qui ne souhaitent pas utiliser exclusivement « il » ou « elle ».
- Ellui, parfois utilisé comme pronom complément.
- Iels, au pluriel.
- Elleux, parfois utilisé comme complément pluriel.
D’autres formes existent, telles que « ael », « ul », « ol », « yel », « yelle », « ælle » ou « ell ». Leur usage varie selon les personnes et les communautés.
Un pronom ne permet pas, à lui seul, de déterminer l’identité complète d’une personne. Une personne non binaire peut utiliser « il », comme Karl, sans se définir comme un homme.
Pourquoi cette question a-t-elle bouleversé Karl ?
Lorsque cette personne m’a demandé mes pronoms, cette question m’a semblé presque invraisemblable. Je me suis dit : « J’ai réellement le droit de choisir mes pronoms ? Moi ? »
Depuis mon plus jeune âge, dans mon entourage et dans ma famille, je n’avais jamais eu l’impression d’avoir mon mot à dire. L’opportunité de m’interroger sur le genre qui m’avait été assigné à la naissance apparaissait brusquement.
Je ressentais pourtant une certaine culpabilité. J’avais du mal à accepter que j’avais le droit de choisir et d’écouter mes propres ressentis. J’ai répondu que j’ignorais quels pronoms me correspondaient. J’ai alors demandé à cette personne comment elle avait découvert les siens.
Comment peut-on expérimenter différents pronoms ?
Cette personne m’a expliqué qu’elle avait demandé à ses amis proches de la genrer uniquement au masculin pendant un certain temps. Cette expérience lui avait permis de comprendre que le pronom « il » ne lui correspondait pas. Elle s’était finalement sentie plus à l’aise avec le pronom « elle ».
Elle m’a conseillé d’essayer cette méthode. Avec un air aussi admiratif qu’ahuri, je lui ai répondu : « D’accord, allons-y ! Merci infiniment pour cette suggestion. »
Nous en avons ri, puis elle est descendue à son arrêt. Je trouve beau qu’une inconnue rencontrée dans les transports en commun ait pu, en cinq minutes, m’amener à remettre en question mon identité et mon expression de genre.
Que signifie le drapeau non binaire ?
Le drapeau non binaire comporte quatre bandes horizontales : jaune, blanche, violette et noire. Elles représentent différentes manières de vivre un genre situé en dehors, entre ou au-delà des catégories féminine et masculine.
- Jaune : personnes dont le genre existe en dehors du cadre binaire homme-femme.
- Blanc : personnes qui s’identifient à plusieurs genres ou à l’ensemble des genres.
- Violet : identités pouvant combiner ou situer des caractéristiques traditionnellement associées au féminin et au masculin.
- Noir : absence de genre ou neutralité de genre.
Ces couleurs permettent de visualiser la diversité des identités regroupées sous le terme « non binaire ».
Existe-t-il plusieurs manières de vivre sa non-binarité ?
Oui. Une personne non binaire peut conserver son prénom et son apparence, modifier ses pronoms, entreprendre une transition sociale ou demander des soins médicaux. Aucune transition physique ou administrative n’est obligatoire pour être non binaire.
Précision éditoriale : le schéma suivant correspond à la manière dont Karl analyse les différents parcours qu’il a rencontrés. Il ne constitue pas une classification médicale. Chaque personne peut vivre son identité, son expression de genre et une éventuelle transition de manière différente.
Premier profil : ne pas ressentir le besoin d’une transition médicale
Certaines personnes non binaires ne ressentent pas le besoin d’entreprendre une transition médicale ou chirurgicale. Elles peuvent conserver le prénom qui leur a été assigné à la naissance et se sentir à l’aise avec leur apparence.
Seuls leurs pronoms peuvent éventuellement changer ou varier. Ces personnes ne ressentent pas nécessairement le besoin de prendre un traitement hormonal ou de subir une intervention chirurgicale. Cela ne rend pas leur identité moins valable.
Deuxième profil : changer de prénom ou d’expression de genre
D’autres personnes non binaires ressentent le besoin de changer de prénom, car celui qui leur a été assigné à la naissance ne leur correspond plus. Certaines ont le sentiment d’être enfermées dans une ancienne identité.
Elles peuvent aussi modifier leurs pronoms, leur présentation ou leur style vestimentaire. Elles peuvent rechercher une apparence plus neutre, plus masculine, plus féminine ou androgyne.
Qu’est-ce que la dysphorie de genre ?
La dysphorie de genre désigne une souffrance ou une détresse que certaines personnes peuvent ressentir en raison d’un décalage entre leur identité de genre, leur corps ou la manière dont elles sont perçues. Toutes les personnes transgenres ou non binaires ne ressentent cependant pas cette dysphorie.
Certaines personnes cherchent à modifier l’apparence de leur poitrine grâce au sport, à certains vêtements ou à des accessoires de compression comme le binder ou le tape. Ces accessoires doivent être utilisés avec prudence.
Toute douleur, difficulté respiratoire ou lésion doit conduire à interrompre leur utilisation et à demander l’avis d’un professionnel de santé.
Pour une information médicale et un accompagnement spécialisé, consultez une structure professionnelle telle que la consultation Transidentités du GHU Paris.
Troisième profil : entreprendre une transition médicale
Certaines personnes non binaires souhaitent modifier leur prénom, leurs pronoms et certaines caractéristiques corporelles. Elles peuvent envisager un traitement hormonal, une intervention chirurgicale ou plusieurs formes de transition.
Cette décision est personnelle. Elle doit être mûrement réfléchie et accompagnée par des professionnels qualifiés. Une transition n’est pas une procédure unique et obligatoire. Elle peut être sociale, administrative, médicale, partielle ou progressive.
Les traitements hormonaux et les interventions produisent des effets importants, parfois irréversibles. Ils nécessitent une information complète, un consentement éclairé et un suivi médical adapté.
Pourquoi ces différents parcours sont-ils parfois mal compris ?
Les deuxième et troisième profils peuvent semer la confusion chez certaines personnes cisgenres. Lorsqu’elles voient une personne adopter un prénom ou des pronoms traditionnellement associés au genre opposé à celui assigné à la naissance, elles supposent parfois que cette personne doit obligatoirement se définir comme un homme ou comme une femme.
J’en ai moi-même été témoin lors d’un échange avec un psychologue clinicien. Le fait que je m’appelle Karl tout en ayant une apparence qu’il percevait comme féminine l’interpellait. Lorsque je lui ai dit que j’étais non binaire, il n’arrivait pas à admettre l’existence de cette identité.
« Ce sont des foutaises. À un moment, il faut choisir. »
Pourtant, les personnes non binaires ne refusent pas nécessairement de choisir par indécision. Elles peuvent simplement ne pas se reconnaître exclusivement dans l’une des deux catégories proposées.
Une personne non binaire est-elle forcément transgenre ?
Certaines personnes non binaires se considèrent transgenres parce que leur identité ne correspond pas au genre qui leur a été assigné à la naissance. D’autres se définissent comme non binaires sans employer le terme « transgenre ». Les deux usages existent.
Que signifie le terme transmasculin ?
Une personne transmasculine, ou transmasc, peut être une personne transgenre ou non binaire qui se reconnaît dans certaines caractéristiques masculines, sans nécessairement se définir exclusivement comme un homme.
Dans mon cas, je me définis comme une personne transmasculine. J’utilise le prénom Karl et uniquement le pronom « il ». Ces caractéristiques masculines me plaisent, sans que je me définisse pour autant comme un homme.
Que signifie le terme transféminin ?
Une personne transféminine, ou transfem, peut se reconnaître dans certaines caractéristiques féminines sans nécessairement se définir exclusivement comme une femme.
Une personne transmasculine peut envisager de prendre de la testostérone. Une personne transféminine peut envisager un traitement à base d’œstrogènes. Ces traitements doivent toujours faire l’objet d’une information complète et d’un suivi médical adapté.
Quelle différence existe-t-il entre identité de genre et expression de genre ?
L’identité de genre correspond à la manière dont une personne se définit intérieurement. L’expression de genre correspond à la manière dont elle se présente extérieurement, notamment par ses vêtements, sa coiffure, sa voix ou son comportement. Ces deux dimensions ne coïncident pas nécessairement.
Qu’est-ce que l’identité de genre ?
L’identité de genre correspond à la manière dont une personne se définit et vit son genre intérieurement. Elle peut se définir comme un homme, une femme, une personne non binaire, une personne genderfluid, une personne agenre ou employer une autre appellation.
Qu’est-ce que l’expression de genre ?
L’expression de genre correspond à la manière dont une personne se présente extérieurement. Elle peut inclure les vêtements, la coiffure, le maquillage, la voix, les attitudes, les accessoires et certains codes esthétiques.
Une personne peut adopter une expression considérée comme masculine sans être un homme. Elle peut adopter une apparence considérée comme féminine sans être une femme. L’apparence ne permet donc pas de déterminer avec certitude l’identité de genre d’une personne.
Comment Karl a-t-il expérimenté le pronom « il » ?
Karl a demandé à ses amis de le genrer uniquement au masculin pendant plusieurs semaines. Cette expérimentation lui a permis d’observer ses émotions et de constater qu’il se sentait plus libre et davantage lui-même.
Pourquoi Karl a-t-il demandé à ses amis de le genrer au masculin ?
Après ma rencontre dans les transports, j’ai mis en pratique la technique qui m’avait été suggérée. J’ai demandé à mes amis de me genrer uniquement au masculin pendant nos échanges. Je voulais savoir ce que cela provoquerait en moi.
Cette expérience a duré entre deux et trois semaines. Progressivement, j’ai commencé à me sentir davantage moi-même. J’ai vécu cela comme une révélation. Je ressentais la légèreté et la liberté d’être celui que je voulais être.
Quand le test est-il devenu une affirmation personnelle ?
J’ai décidé d’officialiser ce pronom auprès de mes amis. Il ne s’agissait plus d’un test.
Certaines personnes se trompaient encore. Je leur expliquais que ce n’était pas grave. Je voulais rester patient, car je pouvais comprendre qu’il soit difficile de modifier immédiatement une habitude acquise depuis plusieurs années.
Pendant environ quatre mois, j’ai encore accepté d’être parfois genré au féminin, mais à contrecœur. Puis j’ai compris que je ne voulais plus être genré au féminin. Je souhaitais uniquement que l’on emploie le masculin.
Comment l’introspection a-t-elle confirmé la non-binarité de Karl ?
Karl raconte avoir obtenu une réponse claire en se demandant successivement s’il se sentait femme puis homme. La réponse ayant été négative dans les deux cas, il a compris qu’aucune de ces catégories ne décrivait entièrement son identité.
Pourquoi Karl a-t-il choisi de s’isoler ?
J’ai continué à remettre en question mon identité. Un jour, en fin d’après-midi, je suis allé m’installer dans un endroit calme. La température avoisinait les 20 degrés. J’étais seul.
Je me trouvais sur un banc, à proximité d’une école maternelle fermée pendant les vacances scolaires. Devant moi se dressait un grand bâtiment d’hébergement réservé aux sapeurs-pompiers.
À ma droite, il y avait un terrain de sport avec deux paniers de basketball. Derrière moi se trouvait une forêt dans laquelle j’entendais les oiseaux.
Cette description est importante, car cet endroit représentait pour moi un cadre idéal pour l’introspection. Je pense qu’il vaut mieux être seul pour réaliser ce travail, éviter les distractions et se concentrer sur ses propres ressentis.
Quelles questions Karl s’est-il posées ?
J’ai fermé les yeux et j’ai respiré profondément. Je me suis d’abord demandé : « Est-ce que je suis heureux ? » Je me suis répondu que oui, puis j’ai essayé d’en comprendre les raisons.
Constatant que mes questions faisaient émerger des réponses sincères, j’ai poursuivi : « Est-ce que tu te sens comme une femme ? » Tout mon être m’a répondu non.
Dans mon esprit, être perçu comme une femme impliquait des caractéristiques et une image sociale dans lesquelles je ne me reconnaissais pas. Je me suis ensuite demandé : « Te sens-tu davantage comme un homme ? » La réponse a également été non.
Comment Karl a-t-il compris qu’il était non binaire ?
Je ne m’identifiais exclusivement à aucun de ces genres. J’en ai conclu que j’étais une personne transgenre non binaire. Lorsque j’ai ouvert les yeux, tout s’est progressivement éclairci.
Cette réponse ne venait pas d’un test extérieur. Elle venait de ce que je ressentais profondément.
Une personne non binaire est-elle perdue ou indécise ?
Non. Une personne non binaire peut savoir précisément qu’elle ne se reconnaît pas exclusivement comme un homme ou comme une femme. Le refus des deux catégories ne constitue pas nécessairement une hésitation ou une absence de choix.
Pourquoi Karl utilise-t-il l’image de trois chemins ?
Pour expliquer ma perception, j’utilise l’image de trois chemins. Imaginez deux routes opposées. Il fait nuit. Un lampadaire éclaire le paysage. On vous demande de choisir entre le chemin numéro un et le chemin numéro deux.
Mais pourquoi faudrait-il obligatoirement emprunter l’un de ces deux chemins ? Ces deux voies peuvent ne correspondre ni à notre instinct ni à notre ressenti.
Certaines personnes pensent alors que nous sommes perdus, frustrés ou incapables de choisir. Pourtant, ce sont parfois elles qui semblent frustrées par le fait que nous ne nous définissions ni exclusivement comme un homme ni exclusivement comme une femme.
Que représente le troisième chemin ?
Le lampadaire est important, car il éclaire une troisième voie située entre les deux autres ou en dehors de celles-ci. Cette troisième voie parle davantage à notre identité.
Le moment est venu d’accorder à ce chemin la même reconnaissance qu’aux deux autres. Il mérite d’être compris et respecté, car de nombreuses personnes l’empruntent durablement.
Existe-t-il un style vestimentaire non binaire ?
Non. Aucun vêtement, aucune coiffure et aucun maquillage ne permettent de définir une personne comme non binaire. Une personne non binaire peut avoir une apparence masculine, féminine, androgyne ou changer régulièrement de style.
Pourquoi Karl refuse-t-il les codes vestimentaires imposés ?
Je suis moi-même très versatile. Ma devise consiste à ne pas m’inquiéter de savoir si un vêtement paraît très masculin ou très féminin. Un vêtement ne me rendra pas soudainement binaire.
Lorsqu’une tenue attire mon attention, c’est généralement parce que son univers artistique me parle. Je peux changer complètement de style du jour au lendemain.
Je ne me sentirai pas davantage femme lorsque je porte une tenue perçue comme féminine. De la même manière, je ne me sentirai pas davantage homme lorsque je porte une tenue considérée comme masculine. Ce qui importe, c’est l’expression artistique transmise par ce que je porte.
Quels styles une personne non binaire peut-elle adopter ?
Une personne non binaire peut adopter un style moderne, sportswear, créatif, gothique, rock, punk, lolita, classique, androgyne ou tout autre univers.
Le style vestimentaire ne remet pas en cause l’identité de genre. Chaque personne possède sa propre signature et exprime sa non-binarité différemment.
Comment Karl a-t-il parlé de sa non-binarité à ses proches ?
Karl a parlé spontanément de sa non-binarité à ses amis, mais il a choisi de ne pas la révéler à toute sa famille. Ce choix repose sur son degré de proximité avec chaque personne, son contexte familial et son souhait de préserver l’équilibre de ses parents.
Sophie Vitali : comment as-tu abordé le sujet de la non-binarité avec ta famille et tes amis ?
Karl Majani : Avec mes amis, le sujet a été abordé spontanément. Je ne ressentais pas d’appréhension particulière.
La majorité de mes amis appartiennent à la communauté LGBTQIA+. Ils ont bien réagi. La plupart connaissaient déjà la non-binarité et n’avaient aucune raison de remettre mon identité en question.
Ils ont été bienveillants. Ils étaient heureux que je sache enfin qui j’étais et que je puisse revendiquer mon identité de personne transgenre non binaire. Avec ma famille, la situation est différente.
Pourquoi Karl n’a-t-il pas parlé de sa non-binarité à toute sa famille ?
Mes frères, mes sœurs, mes beaux-frères, mes belles-sœurs et mes cousins savent que j’appartiens à la communauté LGBTQIA+. En revanche, la plupart ne savent pas que je suis non binaire.
Je ne souhaite pas nécessairement leur en parler, car je ne me sens pas suffisamment proche d’eux pour partager cet aspect intime de ma vie.
Concernant mes parents, mes frères, mes sœurs et mes cousins pensaient tous qu’il serait préférable de ne pas aborder directement ce sujet. Nous craignions que cette révélation soit difficile à comprendre pour eux.
Mon père souffre d’hypertension artérielle depuis plusieurs années. Il a déjà eu beaucoup de mal à accepter mon piercing au septum. J’avais donc peur de perturber son équilibre.
Quelle place la religion occupe-t-elle dans la famille de Karl ?
Mes parents sont musulmans et appartiennent à une autre génération. Leur rapport au monde, à la société et à la spiritualité est différent du mien.
Ils accordent une place centrale à leur foi et aux cinq piliers de l’islam : la profession de foi, la prière, l’aumône, le jeûne du mois de Ramadan et le pèlerinage.
Cette pratique leur apporte une forme de paix intérieure. Dans ma culture, on les désigne comme des « anciens ». Nous éprouvons un profond respect envers eux.
Mes parents sont très attachés à leur foi. J’ai beaucoup d’estime et d’admiration pour eux. Compte tenu de leur manque d’informations sur les identités de genre et de leur rapport volontairement distant à certaines évolutions de la société, je ne souhaite pas leur révéler une information susceptible de perturber leur paix intérieure.
Karl considère-t-il ses parents comme transphobes ?
Non. Je tiens à apporter cette précision. Je ne garde pas le silence parce que je considère mes parents comme transphobes.
Je ne suis pas distant avec eux. Au contraire, je suis très proche d’eux. Je sais qu’ils seront toujours présents si j’ai besoin d’aide. Je les aime et je suis fier de leur parcours de vie et de ce qu’ils sont.
Quel rôle la sœur de Karl a-t-elle joué ?
Seule ma sœur aînée connaît ma non-binarité. Elle est ouverte d’esprit, tolérante et compréhensive. Elle représente un soutien considérable.
Malgré l’importance qu’elle accorde elle-même à sa foi, elle ne cherche pas à remettre en question mon identité de genre. Rien n’a changé entre nous. Nous sommes toujours aussi complices.
Lorsque j’ai entrepris des démarches administratives pour changer de prénom à l’état civil, elle m’a soutenu émotionnellement et matériellement. Elle a notamment rédigé une attestation destinée à appuyer ma demande.
Dans cette lettre, elle expliquait me connaître sous le prénom de Karl et confirmait que je me présentais socialement comme une personne transgenre.
Ma demande de changement de prénom a été acceptée une semaine après son dépôt. Aujourd’hui, ma sœur me répète souvent : « Je protégerai toujours ton secret. » Elle ajoute parfois affectueusement « brother » ou « frère ». Je suis profondément reconnaissant de l’avoir comme grande sœur.
Comment changer de prénom à l’état civil en France ?
En France, une personne peut demander un changement de prénom lorsqu’elle justifie d’un intérêt légitime. Le fait d’être couramment appelée par un autre prénom peut être pris en compte. La démarche est gratuite et peut être appuyée par des attestations de proches et différents justificatifs.
La demande doit être déposée auprès de la mairie du lieu de résidence ou de naissance. Pour un mineur, elle est effectuée par ses représentants légaux. À partir de 13 ans, son accord est nécessaire.
Consultez la procédure officielle sur Service-Public.fr.
Karl a-t-il souffert du regard des autres ?
Karl explique ne pas souffrir directement du regard de ses proches bienveillants. En revanche, il souffre de la manière dont la société attribue automatiquement un genre aux personnes et décrédibilise parfois les identités non binaires.
Sophie Vitali : as-tu souffert du regard des autres, comme malheureusement beaucoup de personnes transgenres non binaires ?
Karl Majani : Pour répondre à cette question, il faut tenir compte de plusieurs facteurs. La confiance en soi, l’estime de soi et la capacité à s’affirmer jouent un rôle important.
Pour ma part, je dirais que je ne souffre pas directement du regard des personnes qui me connaissent. Je possède une confiance et une estime de moi élevées. Je suis conscient de ma valeur et je m’affirme beaucoup, sans vouloir passer pour une tête brûlée.
Pourquoi Karl ne souffre-t-il pas du regard de ses proches ?
Les personnes qui savent que je suis non binaire sont, dans la mesure du possible, ouvertes d’esprit, tolérantes et respectueuses. Je ne souffre donc pas du regard qu’elles portent sur moi. Dans le cas contraire, j’en souffrirais certainement beaucoup.
Pourquoi le regard de la société reste-t-il douloureux ?
En revanche, je souffre de la manière dont la société considère la non-binarité. Lorsque j’interagis avec une personne inconnue, elle m’attribue généralement immédiatement un genre et un pronom. Elle ne se demande pas si cette manière de me désigner correspond réellement à mon identité.
Il arrive également d’être mégenré par des personnes appartenant elles-mêmes à la communauté LGBTQIA+. Nous pouvons souffrir lorsque notre identité est décrédibilisée.
Cela prend parfois la forme de réflexions négatives, de moqueries ou de remarques telles que : « Si tu prends de la testostérone et réalises une mammectomie pour te masculiniser, pourquoi ne te considères-tu pas comme un homme ? », « Pourquoi entreprendre tout cela sans vouloir être un homme ou une femme ? » ou « À ce stade, il faut choisir. »
Les personnes transgenres reconnaissent-elles toujours la non-binarité ?
Non. Certaines personnes transgenres binaires nient également l’existence de la non-binarité et affirment que seule la transidentité binaire serait légitime.
Certaines personnes comparent aussi leur parcours et leurs souffrances avec ceux des personnes transgenres non binaires. Elles affirment parfois : « Nous souffrons beaucoup plus que vous. »
Je ne comprends pas cette volonté de mettre les souffrances en compétition. À quoi bon chercher à démontrer que l’on a davantage souffert ? Cela ne protège personne.
Cessez d’essayer de diviser ou de dénigrer les autres. Qu’une personne soit transgenre binaire ou non binaire, son identité n’est pas supérieure à celle d’une autre. Il faut reconnaître et respecter l’identité de chacun.
Comment les personnes non binaires vivent-elles leur sexualité ?
La non-binarité ne détermine ni l’orientation sexuelle ni les pratiques intimes. Chaque personne possède son propre rapport au corps, au désir, à l’intimité, à la sexualité et à ses partenaires.
Sophie Vitali : comment les personnes non binaires vivent-elles leur sexualité ?
Karl Majani : Je ne peux pas répondre au nom de toutes les personnes non binaires. Le fait d’être transgenre ou non binaire peut modifier la manière de vivre sa sexualité, même lorsqu’on aime profondément son ou sa partenaire.
Certaines personnes souhaitent sortir des rôles traditionnellement associés aux hommes et aux femmes. Par exemple, une personne non binaire dotée d’un pénis peut ne pas vouloir pénétrer son ou sa partenaire. Elle peut ne pas souhaiter utiliser cette partie de son corps au cours d’une relation sexuelle.
De la même manière, une personne non binaire dotée d’un vagin peut refuser d’être enfermée dans un rôle passif ou soumis.
Pourquoi Karl critique-t-il certains rôles sexuels ?
Les images pornographiques et certaines représentations cinématographiques ont contribué à banaliser une vision très codifiée de la sexualité.
Dans ces représentations, une personne possédant un pénis est souvent placée dans une position de domination. Une personne possédant un vagin est fréquemment montrée dans une position de soumission.
Ces schémas peuvent s’installer dans l’inconscient. Ils sont parfois difficiles à déconstruire, même dans une relation amoureuse.
« Sortir de la binarité, c’est aussi sortir des rôles assignés aux femmes et aux hommes. Cela peut également s’appliquer à la sexualité. »
La sexualité doit toujours reposer sur le consentement, le respect, la communication et les limites de chaque partenaire.
Comment Karl envisage-t-il la parentalité ?
Karl envisage la paternité, mais il s’interroge sur les moyens de transmettre son patrimoine génétique avec celui d’un futur partenaire. Il considère également l’adoption et suit avec intérêt les recherches sur la création de cellules reproductrices en laboratoire.
Sophie Vitali : comment envisages-tu la maternité ou la paternité ?
Karl Majani : Depuis l’âge de 20 ans, je réfléchis à la manière dont je pourrais fonder une famille.
Dans l’idéal, j’aimerais avoir un enfant possédant mon patrimoine génétique ainsi que celui de ma future partenaire ou de mon futur partenaire. L’adoption est également une possibilité qui ne me déplaît pas.
La question reste complexe. Pour le moment, j’envisage la paternité sous certaines conditions. Je m’intéresse notamment aux progrès technologiques et scientifiques dans le domaine de la reproduction.
Quel espoir Karl place-t-il dans la recherche scientifique ?
Des chercheurs travaillent depuis plusieurs années sur la création de cellules reproductrices à partir de cellules souches. Ces travaux nourrissent l’espoir qu’un jour, deux personnes de même sexe puissent avoir un enfant biologiquement apparenté à chacune d’elles.
Je trouve cette perspective extraordinaire. Elle pourrait également aider des personnes souffrant d’infertilité.
Ces techniques permettent-elles déjà de concevoir un enfant ?
Non. Les recherches sur la production de gamètes à partir de cellules souches restent expérimentales. Les travaux menés chez l’animal ou sur des cellules humaines ne permettent pas actuellement de proposer cette technique pour une conception humaine.
En 2025, des chercheurs ont créé en laboratoire des cellules ressemblant à des ovocytes à partir de cellules humaines de peau, mais les embryons obtenus présentaient d’importantes anomalies chromosomiques.
Cette approche reste donc éloignée d’une utilisation clinique. Consultez le compte rendu scientifique de l’Associated Press.
Le souhait exprimé par Karl représente un espoir pour l’avenir et non une solution médicale aujourd’hui disponible.
Quelle éducation Karl souhaiterait-il donner à ses enfants ?
Concernant l’éducation de mes futurs enfants, je souhaiterais qu’elle soit la plus ouverte possible. Je ne veux pas leur imposer des rôles rigides en fonction de leur sexe assigné à la naissance.
Lorsqu’ils seront en âge de comprendre et de s’exprimer, ils pourront me parler de leur identité, de leurs préférences et de leurs ressentis. Avec mon ou ma partenaire, nous essaierons d’être des parents présents et impliqués dans leur développement.
J’espère qu’ils pourront grandir dans un monde plus progressiste, plus respectueux et plus tolérant.
La société évolue-t-elle face à la non-binarité ?
Oui, mais lentement. La présence de personnages non binaires dans les films, les séries et les œuvres destinées à la jeunesse améliore leur visibilité. Cette représentation doit toutefois s’accompagner d’une écoute réelle et d’actions contre les discriminations.
Sophie Vitali : penses-tu que la société a évolué de façon positive face à la non-binarité ?
Karl Majani : Oui, je pense que la société évolue positivement, même si les progrès restent parfois minimes.
Je peux citer l’exemple du film d’animation Élémentaire, réalisé par Peter Sohn et sorti en 2023. Un personnage secondaire y est présenté comme non binaire dans sa version originale.
Faire apparaître une personne non binaire dans un film, une série ou un programme d’animation représente une forme de reconnaissance.
Pourquoi la représentation dans les films est-elle importante ?
Les films d’animation peuvent jouer un rôle pédagogique dès le plus jeune âge. Introduire des personnages transgenres binaires ou non binaires peut aider les enfants à comprendre qu’il existe différentes identités et différentes manières de vivre.
Cette représentation peut favoriser la tolérance et le respect. Elle peut également améliorer les conditions de vie des personnes qui se reconnaissent dans ces identités.
Cependant, la représentation ne suffit pas. Elle doit s’accompagner d’une véritable écoute et d’une lutte concrète contre les discriminations.
Quel message Karl souhaite-t-il transmettre ?
Karl adresse ses messages aux personnes transgenres et non binaires, à la société, aux pouvoirs publics et aux parents. Il demande le respect des pronoms, un accueil sans présupposer le genre, un accès équitable aux soins et une lutte renforcée contre le harcèlement.
Sophie Vitali : quel message souhaiterais-tu transmettre aux personnes non binaires, aux parents, à la société et au gouvernement ?
Karl Majani : Je souhaite adresser plusieurs messages.
Quel message Karl adresse-t-il aux personnes transgenres et non binaires ?
Dans l’enseignement supérieur, des recommandations ont été formulées afin de favoriser l’usage du prénom choisi dans la vie étudiante.
Selon l’établissement et la nature du document, le prénom d’usage peut notamment apparaître sur la carte étudiante, la carte de bibliothèque, l’adresse électronique universitaire, certaines listes d’appel ou d’émargement et différents documents internes.
Les modalités peuvent varier. Il est donc nécessaire de se renseigner directement auprès de l’administration de son établissement. Consultez les recommandations du ministère de l’Enseignement supérieur.
Les personnes transgenres binaires et non binaires doivent également se respecter mutuellement. Demandez les pronoms lorsqu’un doute existe. L’apparence physique ne suffit pas pour déterminer l’identité de genre.
Comment réagir lorsque l’on se trompe de pronom ?
Il suffit généralement de se corriger, de présenter brièvement ses excuses et de poursuivre la conversation. Il n’est pas nécessaire de dramatiser l’erreur ou de demander à la personne concernée de rassurer celui ou celle qui s’est trompé.
- Se corriger immédiatement.
- Présenter une excuse brève et sincère.
- Poursuivre la conversation normalement.
- Faire attention lors des échanges suivants.
Quel message Karl adresse-t-il à la société ?
Nous remercions toutes les personnes qui soutiennent davantage la communauté LGBTQIA+. Nous souhaitons que les personnes transgenres binaires et non binaires continuent d’être représentées dans les films, les séries, les programmes d’animation, les courts-métrages, la littérature, les médias et les campagnes de sensibilisation.
Comment accueillir une personne sans présumer de son genre ?
Dans un commerce ou un service, il est possible d’utiliser des formules courtoises sans attribuer immédiatement un genre au client. Cette pratique évite le mégenrage sans supprimer la politesse.
- « Bonjour. »
- « Que puis-je faire pour vous ? »
- « Comment puis-je vous aider ? »
- « Merci et bonne journée. »
Lorsque la personne ne vous a pas indiqué son identité, il n’est pas toujours nécessaire d’utiliser immédiatement « Madame » ou « Monsieur ». Cette habitude peut éviter une situation gênante et rendre l’accueil plus inclusif.
Quel message Karl adresse-t-il aux pouvoirs publics ?
Je souhaite que la société et les pouvoirs publics poursuivent leur réflexion sur plusieurs sujets. Je souhaite notamment qu’une possibilité de reconnaissance non binaire puisse être étudiée pour certains documents officiels, comme la carte d’identité et le passeport.
Cette demande représente une prise de position personnelle et militante de Karl. Elle ne décrit pas le droit français actuellement applicable.
Les personnes non binaires doivent-elles pouvoir accéder aux soins de transition ?
Oui. Lorsqu’une personne non binaire exprime un besoin de soins lié à une transition, sa demande doit être écoutée et évaluée individuellement, sans jugement fondé sur son identité.
Elle peut notamment avoir besoin d’un traitement hormonal, d’un accompagnement psychologique, d’une préservation de la fertilité, d’une intervention chirurgicale ou d’informations sur les effets et les risques des soins.
Être non binaire ne signifie pas ne jamais avoir besoin d’un parcours médical. Le parcours doit rester individualisé et accompagné par des professionnels compétents.
Comment lutter contre le harcèlement scolaire et la transphobie ?
La lutte contre le harcèlement scolaire, l’homophobie et la transphobie doit rester une priorité. La loi française du 2 mars 2022 a renforcé la prévention, la détection, l’accompagnement et les sanctions applicables au harcèlement scolaire.
Les enfants et les adolescents LGBTQIA+ peuvent subir des insultes, des humiliations, du rejet, du cyberharcèlement, des menaces, des violences physiques ou des discriminations.
Ces situations peuvent avoir des conséquences graves sur la santé mentale, la scolarité, les relations sociales, l’estime de soi et le sentiment de sécurité.
Consultez le texte de la loi n° 2022-299 du 2 mars 2022.
Quels moyens doivent être renforcés dans les établissements ?
Il faut mettre en place des moyens humains suffisants : psychologues, infirmiers scolaires, assistants sociaux, équipes éducatives formées, référents identifiés et dispositifs d’écoute accessibles.
Les victimes, les témoins et les auteurs doivent pouvoir être orientés rapidement vers des professionnels ou des associations compétentes.
Quel numéro appeler en cas de harcèlement scolaire ?
Le 3018 est le numéro national destiné aux jeunes victimes ou témoins de harcèlement scolaire, de cyberharcèlement et de violences numériques. Il remplace l’ancien dispositif téléphonique mentionné dans la première version de l’interview.
Le service est gratuit, anonyme et confidentiel. Retrouvez les modalités d’aide sur le site officiel de l’association e-Enfance – 3018.
Pourquoi représenter la diversité dans les livres et les jeux ?
Les livres, les jeux et les programmes destinés aux enfants peuvent montrer que les familles et les identités ne sont pas toutes identiques. Cette représentation ne nécessite pas de discours complexe. Elle peut passer par des histoires simples et adaptées à l’âge de l’enfant.
Pour les plus jeunes, une histoire peut montrer un enfant qui va à la plage avec ses deux papas ou une enfant qui peint avec ses deux mamans.
Lorsque les enfants grandissent, d’autres récits peuvent aborder plus directement l’orientation sexuelle ou l’identité de genre : « Je suis une fille et j’aime les filles », « Je suis un garçon et j’aime les garçons », « J’aime les filles et les garçons », « Je suis Axel et je suis un garçon » ou « Je suis Gaëlle et je suis une fille ».
Le message principal doit rester simple : l’amour, le respect et la dignité ne doivent pas dépendre du genre ou de l’orientation sexuelle. Ces histoires peuvent rassurer les enfants concernés et apprendre aux autres qu’il est interdit de harceler ou d’humilier un camarade en raison de sa différence.
Quel message Karl adresse-t-il aux parents ?
Lorsqu’un enfant réalise son coming out, ses parents peuvent commencer par l’écouter sans l’interrompre ni chercher immédiatement à contester ses propos. Ils n’ont pas besoin de tout comprendre immédiatement pour continuer à aimer et protéger leur enfant.
- Écoutez votre enfant avant de réagir.
- Exprimez-lui votre soutien.
- Rassurez-le en lui disant que cette révélation ne supprimera pas l’amour que vous lui portez.
- Protégez-le et rappelez-lui que sa différence ne lui retire ni sa dignité ni sa valeur.
- Effectuez vos propres recherches sur l’identité de genre.
- Favorisez une éducation fondée sur la tolérance et le respect des différences.
Conclusion : le mot de la fin de Karl
Pour conclure cet entretien sur la non-binarité, je laisse le mot de la fin à Karl Majani.
Musique associée par Karl à la période durant laquelle il a pris conscience de sa non-binarité.
Le message final de Karl
« Si mon témoignage a permis de faire évoluer votre regard sur la non-binarité, alors j’en suis ravi. Je souhaite remercier Sophie Vitali de m’avoir laissé la parole.
Je souhaite également remercier mon entourage et ma famille pour leur soutien, pour leur confiance et pour leur capacité à reconnaître ma véritable valeur.
Merci de m’aimer tel que je suis. Grâce à vous toutes et tous, je suis devenu la personne que je suis aujourd’hui. Néanmoins, je m’efforce encore de devenir chaque jour une meilleure version de moi-même à vos côtés. »
Questions fréquentes sur les personnes non binaires
Qu’est-ce qu’une personne non binaire ?
Une personne non binaire ne se définit pas exclusivement comme un homme ou comme une femme. Elle peut se situer entre ces catégories, se reconnaître dans plusieurs genres, ne se reconnaître dans aucun genre ou vivre une identité qui évolue.
Une personne non binaire est-elle forcément transgenre ?
Certaines personnes non binaires se considèrent transgenres parce que leur identité ne correspond pas au genre assigné à leur naissance. D’autres se définissent comme non binaires sans employer le terme transgenre. Les deux usages existent.
Quel pronom faut-il utiliser pour une personne non binaire ?
Il n’existe pas de pronom unique. Une personne non binaire peut utiliser iel, il, elle ou plusieurs pronoms. Le meilleur réflexe consiste à lui demander respectueusement quels sont son prénom et ses pronoms.
Comment savoir si l’on est non binaire ?
Il n’existe pas de test universel. Le questionnement peut porter sur le rapport aux catégories homme et femme, les pronoms, le prénom, le corps ou la manière dont la personne souhaite être perçue. Cette réflexion reste personnelle et peut prendre du temps.
Comment accompagner un enfant ou un proche non binaire ?
Commencez par écouter sans interrompre, respecter le prénom et les pronoms demandés, poser des questions avec bienveillance et rechercher des informations fiables. Le soutien ne signifie pas tout comprendre immédiatement, mais garantir que la personne ne sera ni rejetée ni abandonnée.
À propos de cette interview
Ce témoignage raconte le parcours personnel de Karl Majani. Ses perceptions, ses choix et ses explications lui appartiennent. Ils ne doivent pas être interprétés comme une définition universelle de la non-binarité.
Les parcours transgenres et non binaires sont multiples. Certaines personnes changent de prénom ou de pronoms. Certaines entreprennent une transition médicale. D’autres ne modifient ni leur corps ni leur présentation.
Le point commun essentiel reste le droit de chaque personne à être écoutée, respectée et protégée contre les discriminations.

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