Un monde malade, un dossier de Olivier BERNARD

Voici un dossier qui pourrait être une synthèse de tous ceux qui se trouve sur ma page Facebook. Notre société aseptisée est malade, mais veut-elle le reconnaître ? C’est la question que je me pose chaque matin au réveil quand je sens l’univers malade peser sur ma vie comme un couvercle.

Les idées d’aujourd’hui sont conditionnées par de nouvelles idéologies et ne véhiculent que de la lourdeur psychique, les envies elles, sont muselées à l’approbation de la « bien-pensance ». Manger de la viande, du foie gras, nucléaire ou thermique, communauté, refugiés, opposition de catégories et classes sociales. On peut rajouter le sexe, l’âge, la religion, us et coutumes, tout est sujet à caution, tout est sujet à de vives discussions.

Tous les indicateurs sont au rouge : en France, la défiance est à son comble, le pessimisme aussi.

Augmentation des voitures brûlées, attaques à main armée, affrontements armés entre bandes rivales, destructions de mobilier urbain, vol à la tire…etc. D’un point de vue sociologique, on peut trouver dans le phénomène de « violence urbaine » de nombreuses similitudes avec un symptôme assez fréquent du trouble de la personnalité borderline.

Cette jeunesse abandonnée est désocialisée, déscolarisée, pourvue de parents « démissionnaires », et se retrouve de fait sans repères moraux et sociaux. Dans une société où le risque n’est pas valorisé, où l’on pense à la retraite à 18 ans, où l’on cherche à être protégé de tous côtés, où l’on décide qui a le droit de citer, on ne fait que, paradoxalement, développer l’angoisse : l’angoisse de perdre. À commencer par la peur de perdre nos avantages au bénéfice de ceux d’autrui.

« Je pense donc je suis » disait Descartes mais aujourd’hui, le simple fait de penser différemment du groupe vous entraîne au mieux vers un rejet et au pire vers une conspuassions sociale et médiatique.

Une véritable police de la pensée s’est mise en place et il ne faut plus dire« Handicapé », mais le remplacer par « invalide » ou « infirme ».

Hier encore, la secrétaire n’était pas encore « assistante », l’instituteur pas encore « professeur des écoles », le concierge n’avait pas encore été promu « gardien », « gros » est une insulte alors qu’avant, c’était simplement une caractéristique, les contrôleurs de trains sont remplacés par des « agents commerciaux de bord » mais au sein de cette hypocrisie, que l’on parle d’un pays en voie de développement ou du Tiers-Monde, ce pays restera pauvre.

Un vent d’irrationnel semble souffler sur le monde : explosion de la peur et de la colère, résurgence de la mémoire des peuples (colonialisme, racisme, humiliations…), repli sur soi… Ne s’inscrivant plus dans une direction commune qu’ils ne comprennent pas ou plus, les Français retrouvent leur individualisme qui rend la solitude encore plus lourde.
Notre sens critique et notre capacité de jugement qui sont une force, peuvent se retourner contre nous lorsque l’on perd confiance.

Car, alors, c’est le doute de lui-même et de l’autre qui s’impose, de son pays, de ses dirigeants, de son voisin qui peut devenir paralysant.
Alors on se réfugie sur les réseaux sociaux, on fait un « toilettage social » qui est une pratique qui exulte le bien-être et l’état sanitaire des membres de la communauté (Facebook, Instagram, …). Elle a pour fonction d’établir la solidarité – on devrait dire l’interdépendance sociale.

Ainsi, les utilisateurs des réseaux sociaux se « soignent » pour attirer l’attention d’autrui.

Les minorités parlent, s’expriment, créant une fracture sociale entre, d’un côté, des individus intégrés, bénéficiant d’une sociabilité riche et diversifiée, et de l’autre une population qui n’entretient des relations que dans un seul réseau social. Un réseau qui est devenu le refuge d’individus en mal d’appartenance identitaire et qui estiment, à tort ou à raison, être abandonnés, ignorés, menacés d’exclusion.

Mais effet pervers, nous savons que là aussi, les autres nous observent. Donc, la conscience des regards d’autrui produit le désir de montrer nos vies et nos images mais cela devient très vite exagéré. Encore un exposé à la fausseté de la vie où nous organisons nous-mêmes notre propre asservissement.

Aujourd’hui, il ne se produit pas un événement violent, ou même dramatique, sans que des voix s’élèvent ici ou là pour dénoncer l’existence d’un improbable complot. Ne sommes-nous pas un peu responsables, chacun d’entre nous, d’avoir un jour laissé crier au scandale ce qui n’était que liberté d’expression ?

De n’avoir pas su faire taire ceux qui portaient haut et fort la bannière de l’injure et de la discrimination alors qu’il ne s’agissait que d’une simple contradiction.
Le politiquement correct cherche à introduire de la bienveillance et de l’empathie partout, mais à trop vouloir embellir, on cherche aussi à masquer la dureté d’une réalité qu’il devient difficile à regarder dans les yeux.

D’un côté, on a peur de heurter et de l’autre, on cherche à embellir, n’y a t’il pas ici une énorme contradiction ?

Mais peut importe la formule « low-cost » de vie et de comportement que nous adoptons, même si cela se traduit par “basse qualité”, en anglais, ça passe toujours mieux. Un mot est une association de phonèmes, il n’est pas nuisible en lui-même.
C’est le regard porté sur lui qui l’est et le livre “1984” l’illustre bien, une propagande peut se cacher derrière des mots aseptisés.

Résultat : plus d’un quart des Français consomme des anxiolytiques, des antidépresseurs, des somnifères et autres médicaments pour le mental. Avec 150 millions de boites prescrites chaque année, nous sommes les plus gros consommateurs de psychotropes du monde. Et cette situation ne cesse d’empirer.

Mais on est sauvé, M & M’s a annoncé une refonte de son image de marque afin « de créer un monde où chacun sent qu’il a une place ». Concrètement, ses mascottes féminines seront moins sexualisées. Sans doute que quelques personnes se sont senti offensées par le manque d’inclusivité des publicités pour les bonbons M & M’s. Une grande victoire pour le marketing, sans doute beaucoup moins pour le progressisme.

Un jour, peut-être, une nouvelle génération apprendra ce que « liberté » veut dire, car en prison, on ne finit jamais d’attendre. 

À présent, le monde n’est plus divisé en ceux qui ont fait de la « prison » et ceux qui les y ont envoyés. Le premier des droits de l’homme, c’est la liberté individuelle, la liberté de la propriété, la liberté de la pensée, la liberté du travail disait Jaurès à une époque ou penser était autorisé.

Un jour, cette nouvelle génération va apprendre comment nous vivions en harmonie au sein de ce simple mot qu’est la liberté d’agir et de penser. Bien qu’il y ait toujours eu des tensions, de tout temps, nous les appréhendions avec le recul nécessaire à une vie en communauté où chacun trouvait sa place sans avoir à se justifier.

Si au pire, avant mon trépas rien ne devait changer, je pourrais me targuer de l’avoir connue cette liberté ! Et j’achèverais ma vie dans la pauvreté de leurs pensées restrictives qui reste préférable à la soumission dans l’opulence d’un monde malade de tout interdire.

Par Olivier Bernard, auteur des ouvrages : Les portes de l’esprit, Les lueurs célestes et La fabuleuse histoire des transports parisiens.