L’éveil spirituel devrait nous apprendre à penser par nous-mêmes. Pourtant, derrière les discours sur le karma, la bienveillance, le pardon ou l’élévation de conscience se cachent parfois des mécanismes beaucoup moins lumineux : manipulation, rapports de pouvoir, certitudes toutes faites et gourous autoproclamés.
Avec le temps, une conviction s’est imposée à moi : être éveillé ne signifie peut-être pas posséder davantage de réponses. Cela signifie surtout apprendre à conserver son discernement.
Quand l’éveil spirituel nous oblige à regarder autrement
Dans ma vie, je n’ai jamais véritablement connu le repos de l’esprit, pas davantage celui de l’âme. Les questions ont toujours occupé beaucoup de place chez moi. Parfois trop, probablement. Pourtant, cette recherche permanente fait partie de ce que je suis et je l’ai déjà évoquée dans mon livre La médiumnité libérée.
Aujourd’hui, cependant, mes interrogations vont plus loin. Les années, les expériences, les rencontres et surtout certaines désillusions ont fissuré des certitudes que je pensais autrefois solides.
Et si certaines vérités spirituelles n’étaient que des certitudes répétées ?
Plus j’avance dans mon cheminement spirituel, plus je remets ainsi en question des notions que l’on nous présente volontiers comme des vérités établies : le karma, l’élévation, le pardon, l’éveil de conscience, la bienveillance ou encore cette idée selon laquelle tout ce qui nous arrive posséderait nécessairement une raison supérieure.
Je ne dis pas que ces concepts sont faux. Ce serait aussi péremptoire que de les déclarer vrais.
En revanche, je refuse désormais de les répéter simplement parce qu’on me les a enseignés, parce qu’ils figurent dans un livre ou parce qu’ils circulent depuis vingt ans dans le développement personnel.
Je veux les interroger. Les confronter à la réalité. Et surtout, voir ce qu’il en reste lorsque la théorie rencontre l’être humain dans tout ce qu’il a de lumineux… mais aussi de beaucoup moins reluisant.
C’est précisément de cette réflexion qu’est née la pomme pourrie.
Sommaire de l’article
- Je ne suis pas un mouton noir, je suis un zèbre
- Qui est vraiment la pomme pourrie ?
- Pourquoi les personnes qui commencent à voir autrement dérangent-elles ?
- L’éveil spirituel ne supprime pas les rapports de pouvoir
- La spiritualité ne nous oblige pas à tout pardonner
- À force de s’élever, peut-on se retrouver seul ?
- Le grand désenchantement de la spiritualité moderne
- Quand la pomme pourrie devient un gourou spirituel
- La pomme pourrie existe aussi dans les médias
- Sur les réseaux sociaux, la répétition finit parfois par remplacer la preuve
- Les pommes pourries commencent parfois dès l’enfance
- Et le karma, dans tout cela ?
- La noirceur du monde et notre étrange manière de la consommer
- Peut-on encore éveiller les consciences ?
- Pourtant, même une pomme pourrie contient encore des pépins
- Être éveillé, ce n’est peut-être pas avoir davantage de réponses
- Le discernement commence lorsque nous recommençons à penser par nous-mêmes
- FAQ – Éveil spirituel, faux éveillés et discernement
Je ne suis pas un mouton noir, je suis un zèbre
Lorsqu’une personne traverse un éveil de conscience, elle finit souvent par évoquer l’isolement. Beaucoup racontent s’être toujours senties différentes dans leur famille, comme si elles n’appartenaient pas exactement au bon endroit ou ne fonctionnaient pas selon les mêmes codes que les autres.
Je connais parfaitement ce sentiment. Dans une partie de mon environnement familial, je l’ai vécu de manière très concrète.
Pourtant, l’expression de « mouton noir » m’a toujours dérangée.
Je préfère dire que je suis un zèbre.
Et si le problème n’était pas le mouton noir ?
Un zèbre n’est pas un mouton qui aurait changé de couleur pour attirer l’attention. Il appartient simplement à une autre espèce. Il observe autrement, fonctionne autrement et, surtout, n’a aucune raison de devenir un mouton pour rassurer le troupeau.
Ce sentiment de décalage se retrouve d’ailleurs chez beaucoup de personnes qui se reconnaissent dans la notion de vieille âme. Je ne prétends pas que l’un explique systématiquement l’autre.
Toutefois, la recherche de sens commence souvent par cette impression étrange de ne pas fonctionner exactement comme son environnement.
Évidemment, être montré du doigt finit par faire souffrir. On cherche alors ce que l’on a fait de travers. On se demande pourquoi certaines personnes nous rejettent ou pourquoi elles préfèrent parfois croire une histoire racontée par quelqu’un d’autre plutôt que venir directement nous demander notre version.
Puis, avec le temps, le regard change. On cesse progressivement de chercher uniquement ce qui ne va pas chez soi et l’on commence à observer le fonctionnement du groupe.
C’est là que l’on découvre parfois qu’au milieu du panier se trouve ce que j’appelle une pomme pourrie.
Qui est vraiment la pomme pourrie ?
Nous en avons presque tous croisé une. Elle peut apparaître dans une famille, une entreprise, un groupe d’amis, une association, une communauté spirituelle ou, désormais, derrière un écran. Le plus troublant, c’est qu’elle n’a généralement pas l’air pourrie.
Au contraire. Souvent, elle brille.
Le masque est parfois plus séduisant que la vérité
Gentille, serviable, attentive, toujours prête à rendre service, elle sait trouver les mots qui rassurent. Très vite, elle comprend ce que les autres attendent d’elle et peut même donner l’impression d’être absolument irréprochable.
La pomme est belle. Elle est lustrée. Parfaitement cirée. Seulement, tandis qu’elle brille à l’extérieur, quelque chose se décompose à l’intérieur. Et c’est précisément là que le mécanisme commence.
Elle ne détruit pas toujours : elle contamine
Peu à peu, presque imperceptiblement, son environnement change.
Une histoire racontée à l’un diffère légèrement de celle confiée à l’autre. Une suggestion devient une insinuation. Un détail se transforme en certitude.
Puis, sans que personne ne sache vraiment à quel moment tout a basculé, les personnes commencent à se méfier les unes des autres.
Voilà toute la force de la mécanique : la pomme pourrie ne détruit pas toujours directement. Elle contamine.
Elle installe le doute et déplace les alliances. Et parfois, elle n’a même plus besoin d’intervenir : le panier commence à pourrir tout seul.
Pour briller, elle a besoin que quelqu’un reste dans l’ombre
Deux pommes pourries peuvent évidemment se rencontrer, mais je doute qu’elles cohabitent paisiblement très longtemps. Deux personnes qui éprouvent un besoin absolu de briller finissent généralement par se faire de l’ombre.
Car notre pomme sait tout. Ou plutôt, elle tient absolument à donner l’impression qu’elle sait tout. Elle possède un avis définitif sur chaque sujet. C’est notre fameux Jean-Michel « à peu près je sais tout et je comprends tout », l’expert en expertise, et surtout en rien.
Cela prête à sourire. Pourtant, derrière la caricature se cache un mécanisme nettement moins drôle : pour se sentir supérieure, cette personne a souvent besoin de rabaisser quelqu’un.
Autrement dit, elle dépend précisément de ceux qu’elle prétend dominer.
Sa supériorité n’existe que si quelqu’un est placé en dessous
Dans le monde professionnel, nous avons presque tous rencontré celui ou celle qui cire consciencieusement les chaussures du patron tout en lui rapportant ce que font les collègues.
Cette personne écoute, collecte, transmet, se rend indispensable et attend son heure. La récompense n’est d’ailleurs pas toujours financière. Une promotion n’est pas nécessairement l’objectif.
Parfois, avoir le sentiment d’avoir gagné suffit. La victoire devient alors la récompense.
Et pour gagner, encore faut-il qu’il y ait quelqu’un à battre. C’est là toute l’ironie : la pomme pourrie prétend souvent ne dépendre de personne alors qu’elle a constamment besoin d’un adversaire, d’un rival ou d’une cible pour continuer à exister.
La pomme pourrie préfère que les autres se salissent les mains
C’est peut-être ce qui m’interpelle le plus : la véritable pomme pourrie agit rarement frontalement. Elle préfère envoyer les autres au charbon.
Dans une famille, quelques confidences soigneusement distribuées suffisent parfois à créer un clan. En entreprise, certaines rivalités sont savamment alimentées.
Dans un cercle amical, une information arrive chez l’un, une autre chez l’autre, toujours avec juste assez de précision pour provoquer une réaction.
Sur les réseaux sociaux, cette mécanique prend une ampleur encore plus impressionnante.
Il suffit parfois d’une accusation pour déclencher la meute
Une personne déclare :
- « On m’a copiée. »
- « On me harcèle. »
- « Cette personne m’a fait du mal. »
Ensuite, elle ajoute quelques éléments. Suffisamment pour provoquer l’indignation, mais pas nécessairement assez pour permettre à chacun de comprendre l’ensemble de la situation. Puis elle se retire. Et laisse sa communauté travailler. J’appellerais volontiers cela une forme d’endoctrinement passif.
Il n’est même pas nécessaire de dire :
« Allez harceler cette personne. »
Une phrase suffit parfois :
« Vous vous rendez compte, mes petits chéris, mes petites libellules, de ce qu’on m’a fait ? »
Le reste se produit tout seul.
La victime idéale garde toujours les mains propres
Pendant ce temps, la pomme reste en retrait. Elle observe. Elle laisse les autres attaquer à sa place. Mieux encore : elle peut continuer à se présenter comme une victime alors que sa communauté agit pour elle. Et c’est précisément ce qui rend le mécanisme aussi efficace.
Plus elle paraît fragile, plus ceux qui la défendent ont le sentiment d’agir au nom de la justice. Pourtant, personne ne pense forcément à vérifier l’ensemble de l’histoire. Voilà pourquoi je trouve ce fonctionnement particulièrement lâche.
Il permet de provoquer énormément de dégâts sans jamais avoir le courage de les assumer directement.
Pourquoi les personnes qui commencent à voir autrement dérangent-elles ?
J’en ai récemment parlé avec Didier Santiago autour d’une idée de podcast : pourquoi avons-nous peur des personnes qui sont dans l’éveil de conscience ?
La question mérite réellement d’être posée. Peut-être parce qu’en travaillant sur elle-même, une personne devient progressivement plus difficile à manipuler. Elle observe davantage, relie les faits, écoute différentes versions et ressent moins le besoin d’appartenir coûte que coûte à un clan.
Surtout, elle finit parfois par dire tout haut ce qu’elle voit. Et là, forcément, cela dérange.
Celui qui sort du rôle devient rapidement « le problème »
Dans certaines familles, il suffit qu’une personne prenne du recul pour que tout le système se sente menacé. Pourquoi ? Parce qu’elle ne joue plus son rôle.
Elle ne se tait plus au moment attendu. Elle cesse de cautionner certains comportements sous prétexte de maintenir une paix artificielle. Surtout, elle refuse désormais de participer au scénario que les autres avaient écrit pour elle. À partir de là, l’ancien équilibre vacille.
Et très souvent, celui qui refuse la mécanique devient lui-même « le problème ».
On retrouve exactement le même phénomène dans certaines entreprises, certains cercles amicaux ou certains couples. Chaque groupe possède ses propres hiérarchies, même lorsque personne ne souhaite les reconnaître.
L’éveil spirituel ne supprime pas les rapports de pouvoir
Nous parlons énormément d’évolution, d’ouverture de conscience et de libération intérieure. Pourtant, employer un vocabulaire spirituel ne suffit pas à faire disparaître les rapports de pouvoir. Ils existent dans les entreprises, bien sûr, mais également dans les familles, les couples et les groupes sociaux.
Dans certaines familles, chacun connaît sa place… même lorsqu’on prétend le contraire
Certains systèmes familiaux se construisent autour d’un patriarche, d’une matriarche ou simplement d’une personne à laquelle les autres ont progressivement accordé davantage de pouvoir. Avec le temps, chacun finit par connaître son rôle.
Celui qui décide. Celui qui apaise. Celui qui se tait. Celui qui dérange. Et très souvent, lorsque l’un d’entre eux commence à sortir du cadre, l’équilibre apparent se fissure.
Même dans les couples que l’on présente comme parfaitement égalitaires, la réalité peut d’ailleurs se révéler beaucoup moins idéale que le discours. Car nous aimons parler d’égalité. La vivre réellement demande parfois davantage d’efforts.
Une femme qui pense autrement devient vite « la sorcière »
Je viens de Méditerranée et je sais parfaitement que, dans de nombreux environnements, la femme continue encore à porter une part considérable des tâches domestiques et de la charge mentale.
Ajoutez maintenant une femme qui commence à s’intéresser au développement personnel, à la spiritualité ou simplement à des sujets qui sortent du cadre habituel. Les jugements ne tardent pas. Elle devient « la sorcière ». Celle qui est bizarre. Celle qui se pose trop de questions.
En réalité, ce qui dérange n’est peut-être pas toujours sa spiritualité.
C’est parfois simplement qu’elle commence à penser autrement et qu’elle ne demande plus la permission pour le faire.
Chez les hommes, la caricature change de costume
Pour les hommes, le mécanisme existe également, mais il prend une autre forme. Parler d’émotions, d’introspection ou de spiritualité suffit encore parfois pour être considéré comme faible, naïf ou « perché ».
Parce qu’apparemment, un homme parfaitement conforme devrait être bourru, barbu, peu bavard sur ses émotions et, tant qu’à faire, couper du bois toute la journée. La caricature fait sourire. Mais elle révèle surtout quelque chose de beaucoup moins drôle : nous continuons à enfermer les individus dans des rôles tout en prétendant avoir dépassé ces vieux schémas.
Et c’est peut-être là toute la contradiction. Nous avons énormément progressé dans nos discours. Nos réflexes sociaux, eux, ont parfois quelques trains de retard.
La spiritualité ne nous oblige pas à tout pardonner
Une autre idée mérite, selon moi, d’être sérieusement interrogée : cette croyance selon laquelle une personne « éveillée » devrait toujours pardonner, comprendre, aimer et rester au-dessus de la mêlée.
Pendant longtemps, j’ai moi-même réfléchi ainsi. On se dit que l’on va agir autrement. Ne pas répondre au mal par le mal. Rester bienveillante. Envoyer de l’amour. Comprendre l’autre. Très bien.
Et parfois ? On se fait mordre la main.
Poser une limite n’est pas manquer d’amour
Que vous soyez un zèbre, un mouton noir ou le plus blanc des moutons, certaines personnes mordront quand même la main que vous leur tendez. La spiritualité ne devrait donc jamais devenir une injonction à tout supporter.
La bienveillance n’interdit pas les limites. Le pardon n’oblige pas à rouvrir sa porte. Comprendre le comportement d’une personne ne signifie pas lui donner l’autorisation de recommencer. De la même manière, aimer l’humanité ne nous oblige pas à aimer individuellement chaque personne qui nous maltraite.
J’ai déjà abordé cette problématique sous un autre angle en parlant des personnes spirituelles, des relations karmiques et du discernement amoureux. Une croyance spirituelle ne devrait jamais nous convaincre de rester dans une relation qui nous détruit.
Nous pouvons donc comprendre sans accepter, pardonner sans reprendre une relation et souhaiter le meilleur à quelqu’un tout en décidant qu’il poursuivra désormais son chemin très loin du nôtre. Ce n’est pas forcément un échec spirituel. Parfois, cela porte un autre nom : le discernement.
À force de s’élever, peut-on se retrouver seul ?
Voilà une question qui me travaille profondément : l’éveil de conscience et la spiritualité peuvent-ils nous conduire au bord d’un précipice ?
À force de vouloir s’élever, encore et toujours, il arrive qu’on se retourne et qu’on découvre qu’il n’y a plus grand monde autour de soi. Évidemment, il faut relativiser cette fameuse idée d’élévation. Selon l’environnement dans lequel nous avons grandi, monter trois marches peut déjà nous donner l’impression d’avoir atteint le sommet de l’Everest.
Et parfois, la marche la plus difficile reste simplement la première. Celle où nous décidons de ne plus accepter ce qui nous paraissait autrefois normal.
Quand les anciennes relations ne nous ressemblent plus
À partir de là, certaines personnes s’éloignent. D’autres nous rejettent. De notre côté, nous abandonnons parfois certaines relations parce que nous ne nous reconnaissons plus dans les mêmes conversations, les mêmes comportements ou les mêmes fonctionnements.
Je crois toutefois que la vie place aussi de nouvelles personnes sur notre chemin. Dans ma propre vision spirituelle, j’y vois parfois des synchronicités, des interactions venues de l’autre côté du voile ou des rendez-vous qui ne doivent peut-être rien au hasard.
Une chose me paraît néanmoins certaine : l’éveil de conscience peut comporter de profondes périodes de solitude. J’ai d’ailleurs consacré un article entier à la face cachée de l’éveil spirituel, justement parce que cette transformation n’a rien d’un chemin constamment lumineux.
Il apporte des remises en question, des déceptions et parfois même de véritables passages à vide. D’autant que beaucoup de personnes qui entreprennent cette recherche intérieure ne le font pas après avoir traversé une existence parfaitement paisible. Souvent, la vie les a poussées à chercher.
À force de chercher, les certitudes finissent par tomber
Lorsque j’observe ma propre existence, une constante apparaît : mon esprit n’a jamais cessé de réfléchir. Je ne parlerais pas nécessairement de rumination. J’y vois plutôt une réflexion profonde et permanente qui ouvre une porte, puis une autre, puis encore une autre.
Or, plus nous cherchons, plus nous rencontrons d’autres personnes qui cherchent elles aussi. Et c’est là qu’un nouveau problème apparaît : nous n’arrivons pas tous aux mêmes conclusions.
Alors nous quittons un groupe, en rencontrons un autre, découvrons que nous ne partageons finalement pas tout avec lui… puis repartons. À la fin, une question demeure : qui a raison ? Peut-être personne complètement. Et si c’était justement cela, le problème avec nos certitudes ?
Le grand désenchantement de la spiritualité moderne
Je pense que nous assistons aujourd’hui à un véritable désenchantement de la spiritualité.
Entre 2015 et 2022 ou 2023 notamment, une nouvelle grande vague New Age a envahi les contenus. Tout le monde ou presque a soudain eu quelque chose à expliquer.
Des phrases sorties de livres sont devenues des citations Instagram. Des concepts complexes ont été résumés dans des vidéos de quelques minutes avant d’être encore condensés dans des Shorts, des Reels ou des TikTok.
À force de simplifier, puis de répéter, énormément de personnes ont fini par reprendre les mêmes idées sans toujours savoir d’où elles venaient.
Et c’est précisément là que quelque chose me gêne.
Quand la spiritualité devient un prêt-à-penser
Personnellement, j’ai toujours fonctionné différemment. Je suis autodidacte. J’ai appris au contact des autres, pendant mes émissions, au fil de conversations, de rencontres, d’expériences et de recherches personnelles.
Lorsque je reçois un auteur dans une émission, je préfère même souvent ne pas avoir lu préalablement l’intégralité de son livre. Je veux pouvoir l’interroger sans entrer dans son univers avec des réponses déjà préparées.
Je veux poser les questions qui me viennent vraiment. À l’inverse, lorsque j’écris un article, je cherche énormément. Et j’adore ça.
Apprendre quelque chose que j’ignorais la veille me procure toujours la même excitation. Je croise les sources, confronte les informations et conserve ma propre pensée. Cela ne signifie absolument pas que j’ai raison.
Cela signifie simplement que je refuse d’adopter automatiquement l’opinion de quelqu’un d’autre. J’observe, j’expérimente lorsque je le peux, je compare et je me construis une opinion.
Si de nouveaux éléments apparaissent demain, je peux parfaitement changer d’avis. Pour moi, le véritable discernement commence précisément là.
C’est d’ailleurs cette même liberté que je défends lorsque je parle de minimalisme spirituel. La spiritualité ne devrait jamais devenir une nouvelle cage.
Aujourd’hui la spiritualité, demain le tricot en poils de chat
Le phénomène dépasse cependant largement le monde spirituel. Nous vivons dans une époque où les effets de masse apparaissent et disparaissent à une vitesse vertigineuse. Hier, tout le monde parlait de spiritualité.
Demain, la grande tendance sera peut-être le tricot en poils de chat, parce qu’il faudra absolument tout recycler. Et soudain, tout le monde tricotera.
Nous aurons des TikTok, des Reels, des Shorts YouTube et, évidemment, des communautés extraordinaires entièrement consacrées au pull en poils de chat.
Puis les experts arriveront. Ils nous expliqueront probablement que le poil du siamois possède de meilleures qualités vibratoires que celui du Maine Coon. Je plaisante. Quoique.
Derrière la caricature se cache cependant une véritable question : pourquoi suivons-nous aussi facilement les mouvements collectifs ? Et surtout, à quel moment cessons-nous de réfléchir par nous-mêmes ?
Quand la pomme pourrie devient un gourou spirituel
Les milieux spirituels n’échappent absolument pas à ce phénomène. Certaines personnes ont profondément envie de devenir des gourous. Et notre pomme pourrie adore cette place.
Pourquoi ? Parce qu’un gourou possède exactement ce dont elle a besoin : une communauté qui l’écoute, la valorise, la défend et, parfois même, combat pour elle. À partir de là, le mécanisme peut devenir franchement dangereux.
La Miviludes parle elle-même de l’émergence de « gourous 2.0 », capables d’utiliser notamment Internet et les réseaux sociaux pour diffuser leur doctrine et développer une forme d’emprise. Elle a également consacré une campagne de prévention aux dérives pouvant se cacher derrière certains discours sur l’éveil spirituel.
Cela ne signifie évidemment pas que toute personne qui parle de spiritualité soit un gourou, ni qu’une communauté spirituelle constitue nécessairement une dérive sectaire. Ce serait aussi simpliste que dangereux. Et justement : le discernement consiste aussi à ne pas tout mélanger.
J’avais déjà abordé cette frontière dans mon article consacré à la conspiritualité et aux mécanismes de manipulation dans certains milieux spirituels.
Quand le doute devient interdit
Imaginons maintenant qu’un leader affirme qu’une autre personne l’a copié, harcelé, trahi ou attaqué. Sa communauté réagit. Pourquoi vérifier ? Pourquoi écouter l’autre version ? La parole du leader suffit. Pire encore, celui qui ose poser une question devient parfois suspect à son tour.
C’est précisément à cet endroit que, selon moi, l’éveil s’arrête. Une spiritualité qui interdit le doute ne relève plus de l’éveil. Elle relève de l’endoctrinement. Un véritable éveil de conscience ne devrait jamais nous apprendre qui croire. Il devrait nous apprendre comment réfléchir.
La pomme pourrie existe aussi dans les médias
Cette métaphore ne concerne d’ailleurs pas uniquement les individus. Elle peut également s’appliquer à notre manière collective de fabriquer une vérité.
J’ai récemment eu une discussion très animée avec l’un de mes collaborateurs au sujet de Michael Jackson. Il m’expliquait ne pas vouloir regarder un film consacré à l’artiste parce qu’il avait vu un documentaire portant de graves accusations contre lui. Pour lui, la question était donc définitivement tranchée.
Je précise immédiatement quelque chose d’essentiel : je ne suis pas en train de déclarer Michael Jackson innocent ou coupable des accusations qui ont été portées contre lui. Ce n’est pas mon propos. La question qui m’intéresse est ailleurs : une chose devient-elle automatiquement vraie parce qu’elle est racontée dans un documentaire ?
Un documentaire raconte nécessairement une histoire depuis un certain point de vue. Son auteur sélectionne des témoignages, construit une narration, choisit certaines images, effectue un montage et laisse nécessairement d’autres éléments de côté. Cela ne signifie évidemment pas qu’un documentaire ment.
Cela signifie simplement qu’un documentaire, comme n’importe quelle source, mérite d’être interrogé. Or nous avons progressivement pris l’habitude de confondre deux phrases qui n’ont pourtant pas du tout le même sens : « J’ai vu cela dans un documentaire. » et « Je sais que cela est vrai. »
Entre les deux se trouve le discernement.
Sur les réseaux sociaux, la répétition finit parfois par remplacer la preuve
Les réseaux sociaux ont donné à cette mécanique une puissance phénoménale. Aujourd’hui, quelques secondes suffisent pour lâcher ce que j’appelle une bombe numérique : une accusation, une capture d’écran, une vidéo ou quelques phrases.
Quelqu’un reprend ensuite l’histoire. Une deuxième personne la commente. Une troisième en fait une vidéo. Quelques heures plus tard, des centaines, parfois des milliers de personnes discutent d’un événement auquel elles n’ont jamais assisté.
La pomme ne contamine alors plus seulement celle qui se trouve à côté d’elle. Elle peut contaminer plusieurs paniers à la fois.
« Pourquoi le dirait-elle si ce n’était pas vrai ? »
Cette phrase me semble résumer une partie du problème. Nous raisonnons parfois ainsi : « Pourquoi cette personne l’aurait-elle dit si ce n’était pas vrai ? » Justement. La véritable question devrait être : « Comment puis-je savoir si ce qu’elle dit est vrai ? »
La différence est immense. Je connais particulièrement cette problématique parce que je me bats depuis longtemps contre la diffamation en ligne et le harcèlement.
Le site officiel Service-Public.fr rappelle d’ailleurs que le cyberharcèlement peut être commis par une personne seule mais également par plusieurs personnes agissant en groupe, notamment sur les réseaux sociaux.
Lorsqu’une affirmation fausse circule suffisamment, elle finit parfois par acquérir une apparence de réalité simplement parce qu’on la retrouve partout.
Notre époque crée alors une confusion particulièrement inquiétante : la répétition finit par remplacer la preuve.
Les pommes pourries commencent parfois dès l’enfance
Les pommes pourries n’ont évidemment pas d’âge. On retrouve déjà ces mécanismes à l’école primaire, puis au collège, au lycée et, plus tard, dans les entreprises, les familles ou les groupes sociaux. Le harcèlement repose d’ailleurs souvent sur une logique de contamination collective.
Une personne désigne une cible. Une autre suit. Puis une troisième. Progressivement, le groupe finit par considérer comme normal de maltraiter celui ou celle qu’il a déclaré différent. Et parfois, ce zèbre, ce mouton noir ou simplement cet enfant désigné comme tel n’en peut plus.
Nous connaissons malheureusement les conséquences dramatiques auxquelles certaines situations peuvent conduire. Après coup, une phrase revient souvent : « Mais pourquoi personne n’a rien vu ? » Peut-être parce que beaucoup avaient vu. Seulement, ils avaient choisi de suivre le panier.
Et le karma, dans tout cela ?
Voilà probablement l’une des questions qui me dérangent le plus actuellement. Je m’interroge énormément sur le karma. Pendant longtemps, nous avons entendu une idée finalement assez rassurante : chacun récolterait ce qu’il sème. Très bien. Mais quand ? Dans cette vie ? Après notre passage de l’autre côté du voile ? Dans une autre incarnation ?
J’approche de mes cinquante ans et, lorsque je pense aux personnes qui m’ont fait le plus de mal au cours de mon existence, je ne vois pas nécessairement apparaître cette fameuse justice karmique que l’on nous présente parfois comme une évidence.
Certaines sont décédées. D’autres poursuivent leur vie sans rencontrer de difficultés particulièrement spectaculaires. Elles peuvent connaître une certaine solitude. Mais si cette solitude ne les fait pas souffrir, pouvons-nous réellement parler de sanction karmique ?
Une personne profondément centrée sur elle-même peut parfaitement se satisfaire d’une existence dans laquelle sa petite personne va bien.
Alors, où se trouve la sanction ?
Je n’en sais rien. Et plus j’avance, moins j’ai envie de prétendre le savoir.
Et si nous avions transformé le karma en comptabilité cosmique ?
Peut-être existe-t-il une justice qui nous échappe complètement. Peut-être avons-nous simplifié une notion infiniment plus complexe pour en faire une sorte de slogan rassurant.
Ou peut-être avons-nous simplement besoin de croire que l’univers finit toujours par rétablir l’équilibre, parce que l’idée inverse nous paraît trop difficile à accepter.
Je n’ai pas la réponse. Cette réflexion sur le karma m’a d’ailleurs amenée à établir un parallèle avec notre justice humaine. Prenons volontairement un cas extrême : quelqu’un commet un meurtre.
Notre esprit imagine spontanément une équation simple. Une personne a supprimé une vie ; elle doit donc recevoir une peine proportionnellement immense.
Pourtant, la justice examine la préméditation, le contexte, la personnalité, les circonstances et de nombreux autres éléments. Viennent ensuite la peine prononcée, son exécution effective et éventuellement différents aménagements prévus par la loi.
Je ne prétends évidemment pas que la prison constitue une expérience confortable. La privation de liberté reste une peine extrêmement lourde et les conditions de détention peuvent être très difficiles. Ce qui m’interroge se situe ailleurs.
Et si notre besoin de justice fabriquait nos certitudes ?
Même notre justice humaine, pourtant construite autour de textes, de règles, de magistrats et d’institutions, ne produit jamais cette équivalence mathématique parfaite que nous imaginons lorsque nous parlons de justice.
Alors pourquoi imaginons-nous le karma comme une gigantesque comptabilité cosmique dans laquelle chaque mauvaise action recevrait exactement sa punition correspondante ?
Peut-être fonctionne-t-il ainsi. Peut-être pas. Je ne sais pas. Et aujourd’hui, cette phrase ne me fait plus peur. Au contraire. Elle me semble parfois infiniment plus spirituelle que certaines certitudes.
La noirceur du monde et notre étrange manière de la consommer
Je me demande souvent dans quel monde nous vivons. J’ai d’ailleurs consacré plusieurs émissions à cette impression de noirceur qui semble parfois englober notre époque.
Le mal paraît partout et certains comportements autrefois considérés comme problématiques deviennent désormais des modèles. Certaines pommes pourries se transforment même en icônes auprès d’adolescents mais également d’adultes de cinquante, soixante ou soixante-dix ans.
Lorsque nous essayons d’en parler, on nous répond parfois : « Oh non, encore du pessimisme. » « Je ne veux pas entendre de mauvaises nouvelles. » « Je veux du positif. » Je peux parfaitement le comprendre.
Pourtant, beaucoup de ces mêmes personnes allumeront ensuite une chaîne d’information continue et absorberont pendant plusieurs heures des images de guerres, de catastrophes, de violences, de famines ou de polémiques.
Nous affirmons ne plus vouloir regarder la noirceur du monde… tout en la consommant quotidiennement. Quelle contradiction !
Peut-on encore éveiller les consciences ?
J’en ai parlé plusieurs fois avec Didier Santiago ainsi qu’avec d’autres personnes du milieu spirituel et j’en arrive aujourd’hui à une question particulièrement inconfortable :
Peut-on encore éveiller les consciences ?
Peut-être que non. Du moins, pas comme nous l’avons longtemps imaginé. Nous avons cru que transmettre une connaissance, raconter une expérience ou proposer une autre manière de regarder le monde suffirait à provoquer une ouverture.
Seulement, personne ne peut obliger quelqu’un à voir ce qu’il refuse de regarder. Personne ne peut forcer un individu à remettre en question une certitude qui le rassure. Et surtout, personne ne peut « éveiller » quelqu’un contre son gré.
On peut ouvrir une porte. Pas obliger quelqu’un à la franchir.
Alors, que nous reste-t-il ? Peut-être simplement transmettre. Questionner. Proposer. Ouvrir une porte. Puis accepter que certains choisissent de ne jamais la franchir.
Car si nous abandonnons tous notre discernement, si chacun choisit uniquement le clan auquel il souhaite appartenir, si une information répétée devient automatiquement une vérité et si les communautés remplacent progressivement la réflexion individuelle, alors oui, nous finirons par atteindre le niveau zéro.
Et là… Game over.
Pourtant, même une pomme pourrie contient encore des pépins
Malgré tout ce que je viens d’écrire, je ne veux pas terminer cette réflexion dans le désespoir. Parce que ma pomme pourrie possède encore une particularité. Elle contient des pépins. Une pomme qui pourrit finit par se décomposer. Pourtant, certains de ses pépins peuvent encore germer.
Bien sûr, certains reproduiront exactement ce qu’ils ont connu et donneront à leur tour quelque chose de malade. D’autres, en revanche, pousseront autrement. Ils deviendront peut-être un arbre. Et c’est précisément là que réside toute la nuance.
Nous ne contrôlons pas le panier, mais nous pouvons choisir ce que nous faisons des pépins
Nous ne pouvons pas empêcher une pomme de pourrir. Pas davantage empêcher quelqu’un de mentir sur nous, contrôler ce qu’une famille choisira de croire, empêcher une communauté d’idolâtrer quelqu’un ou interdire aux réseaux sociaux de propager une rumeur.
Et nous ne pouvons probablement pas réveiller quelqu’un qui souhaite profondément continuer à dormir. En revanche, nous pouvons décider de ce que nous faisons de ce qui nous est arrivé. Nous pouvons observer les pépins que ces expériences ont laissés en nous et choisir ce que nous voulons en faire germer.
Finalement, c’est peut-être là que se trouve notre véritable pouvoir. Pas dans la capacité à changer tout le panier.
Mais dans celle de ne pas devenir, à notre tour, la pomme que nous dénonçons.
Être éveillé, ce n’est peut-être pas avoir davantage de réponses
Avec le temps, ma conception de l’éveil de conscience a profondément changé. Je croyais peut-être autrefois qu’avancer spirituellement signifiait obtenir toujours davantage de réponses. Aujourd’hui, je pense presque le contraire.
Plus j’avance, plus mes certitudes diminuent.
Je m’interroge sur le karma, sur la vie et sur ce qui existe de l’autre côté du voile. Je poursuis mes propres recherches sur le spiritisme, la médiumnité et la conscience. Je confronte mes expériences à celles des autres. Et parfois, à la fin d’une journée entière de réflexion, j’ai davantage de questions qu’au commencement.
Peut-être que l’éveil se trouve précisément là. Non pas dans la capacité à annoncer aux autres : « Moi, je sais. » Mais plutôt dans celle de dire : « Voilà ce que j’ai observé. Voilà ce que j’ai vécu. Voilà ce que je pense aujourd’hui. Maintenant, continuons à chercher. »
Car dès que nous croyons tout savoir, nous risquons nous aussi de devenir ce que nous dénonçons. Une pomme parfaitement brillante. Magnifiquement cirée. Convaincue d’avoir compris le panier entier… Alors qu’elle commence peut-être déjà à pourrir à l’intérieur.
Le discernement commence lorsque nous recommençons à penser par nous-mêmes
S’il ne devait rester qu’une seule idée de cet article, ce serait finalement celle-ci :
Ne laissez personne penser à votre place.
Pas un média. Pas un influenceur. Pas un gourou. Pas un membre de votre famille. Pas même une personne que vous admirez spirituellement. Et certainement pas moi. Cherchez, observez et croisez les informations. Doutez lorsque le doute s’impose. Écoutez votre intuition, mais confrontez-la également au réel.
Acceptez de changer d’avis lorsqu’un nouvel élément vous oblige à regarder une situation autrement. Et surtout, acceptez parfois de dire simplement : « Je ne sais pas. » Cette phrase ne nous rend pas moins spirituels. Elle nous oblige à rester vivants intellectuellement. À continuer à chercher.
Alors, si au bout du chemin quelqu’un vous désigne encore comme le mouton noir parce que vous refusez de suivre aveuglément le troupeau, ce n’est peut-être pas si grave.
Après tout…
Vous êtes peut-être simplement un zèbre.
FAQ – Éveil spirituel, faux éveillés et discernement
Une dérive peut commencer lorsque le doute n’est plus accepté, qu’une personne impose sa vérité, exige une adhésion totale ou utilise la peur, la culpabilité ou la communauté pour conserver son influence. Une spiritualité saine devrait ouvrir la réflexion, pas la fermer.
Oui. Certaines personnes ressentent une période de solitude lorsqu’elles remettent en question leurs anciennes habitudes, relations ou croyances. Toutefois, cette solitude n’est ni obligatoire ni la preuve d’un éveil « supérieur ».
Non. Pardonner, comprendre et poser des limites peuvent parfaitement coexister. Une démarche spirituelle n’oblige jamais à maintenir une relation destructrice ni à accepter qu’une personne recommence à vous faire du mal.
Il n’existe pas de profil unique. En revanche, la méfiance s’impose lorsqu’une personne prétend détenir une vérité incontestable, décourage toute critique, développe une emprise sur sa communauté ou transforme systématiquement ceux qui la questionnent en ennemis.
Je n’en sais rien. C’est précisément l’une des certitudes spirituelles que je remets aujourd’hui en question. Le karma est une notion complexe et je préfère l’interroger plutôt que promettre une justice cosmique dont je ne peux pas démontrer le fonctionnement.




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