Qu’est-ce que l’Ordre du Temple solaire ? L’Ordre du Temple solaire (OTS) est une secte ésotérique néotemplière fondée en 1984 en Suisse par Joseph Di Mambro et Luc Jouret. Ses adeptes attendaient la fin du monde et un « transit » de l’âme vers l’étoile Sirius.
Entre 1994 et 1997, 74 personnes sont mortes en Suisse, en France et au Québec, lors de suicides et d’assassinats. Parmi elles, dix mineurs, dont un bébé de trois mois. Le drame du Vercors, en décembre 1995, a fait 16 morts, dont trois enfants.
74 morts en trois ans, dans trois pays
Octobre 1994 : le jour où le monde découvre l’Ordre du Temple solaire
Nuit du 4 au 5 octobre 1994. Vers une heure du matin, un juge d’instruction fribourgeois, André Piller, est appelé à Cheiry. C’est un petit village de Suisse.
Là-bas, une ferme brûle. Derrière un salon, les pompiers trouvent des pièces cachées. Et dans ces pièces, des corps.
Quelques heures plus tard, en Valais, trois chalets prennent feu aux Granges-sur-Salvan. Au Québec, une maison a déjà brûlé à Morin-Heights. En quelques jours, 53 personnes sont mortes. Le monde apprend alors un nom : l’Ordre du Temple solaire.
Pourquoi je raconte cette histoire
Aujourd’hui encore, l’affaire fascine. Pourtant, derrière le mystère, il y a d’abord des vies. Des parents, des enfants, des retraités, des cadres, un bébé de trois mois.
Je travaille dans l’univers de la voyance depuis longtemps. C’est justement pour cela que cette histoire me touche. L’OTS s’est servi du langage de la spiritualité pour enfermer, ruiner, puis tuer.
Je vous la raconte donc sans détour, avec les faits établis par les enquêtes, la justice et les témoins. Car comprendre comment on en arrive là, c’est déjà se protéger.
Qu’est-ce que l’Ordre du Temple solaire ?
L’Ordre du Temple solaire, ou OTS, est un mouvement ésotérique qui se réclame des Templiers, ces moines chevaliers du Moyen Âge. D’ailleurs, leur mémoire imprègne encore certains lieux en France, comme le château des Templiers de Montfort-sur-Argens.
L’ordre naît en 1984 à Saconnex-d’Arve, près de Genève. Ses deux fondateurs sont Joseph Di Mambro et Luc Jouret. Au départ, le groupe mélange tout : ésotérisme chrétien, écologie, médecines douces, astrologie et rituels en cape. Ensuite, le discours se durcit.

Emblème de l’Ordre du Temple solaire. Illustration NAADAAN, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Logo de l’Ordre rénové du Temple. Wikimedia Commons, domaine public.
Des Templiers réinventés : Golden Way, Ordre rénové du Temple et OICTS
L’OTS ne sort pas de nulle part. Dans les années 1970, Joseph Di Mambro ouvre en Haute-Savoie un Centre de préparation à l’Âge nouveau. En 1978, il crée à Genève la fondation Golden Way.
De son côté, Luc Jouret rencontre en 1981 Julien Origas, le chef de l’Ordre rénové du Temple. Il en prend brièvement la tête en 1983, puis s’en sépare.
Les deux hommes s’associent alors. D’un côté, Jouret apporte le charisme et les conférences. De l’autre, Di Mambro garde l’argent et les secrets.
En 1984, leur Ordre international chevaleresque de Tradition solaire devient l’Ordre du Temple solaire. Cinq ans plus tard, il compte 442 membres.
442 membres au plus fort, en janvier 1989
Des adeptes répartis dans six pays, en majorité d'âge mûr, cultivés et aisés.
La fin du monde et le « transit » vers Sirius
Le cœur de la doctrine tient en une idée simple. Le monde court à sa perte, par la pollution, la guerre ou une catastrophe cosmique. Or, les membres de l’ordre auraient une mission : préserver « le germe de la vie ».

Sirius, vue d’artiste. NASA, ESA et G. Bacon (STScI), domaine public.
Le « transit » : mourir pour rejoindre Sirius
Pour cela, ils devaient un jour quitter la Terre. Non pas en fusée, mais par un « transit » : l’âme passerait vers une autre planète, près de l’étoile Sirius. En clair, la mort devenait un voyage. C’est cette croyance qui rend possibles les drames de 1994 à 1997.
Des fermes de survie en attendant la fin
En attendant, on se prépare. Thierry Huguenin, un ancien membre, a raconté avoir aménagé pour l’ordre des « fermes de survie ». Elles devaient servir si la catastrophe arrivait avant le grand départ.
Ainsi, le message séduit parce qu’il donne un sens à la peur. On ne subit plus la fin du monde : on s’y prépare, entre élus. J’ai d’ailleurs consacré un article à ces croyances apocalyptiques qui reviennent à chaque crise.
Qui étaient les gourous de l’Ordre du Temple solaire ?
Joseph Di Mambro, le bijoutier devenu maître caché
Joseph Di Mambro naît le 19 août 1924 à Pont-Saint-Esprit, dans le Gard. Il exerce d’abord comme bijoutier. Par ailleurs, il se passionne très tôt pour l’ésotérisme et les sociétés initiatiques.
Au début des années 1970, la justice française le condamne à six mois de prison. Motifs : chèques sans provision, abus de confiance et usurpation du titre de psychologue. Ce passé ne l’empêche pas de fonder, quelques années plus tard, un ordre qui réclame une confiance totale.
Officiellement, Di Mambro reste dans l’ombre. Pourtant, c’est lui qui décide. Concrètement, il organise les cérémonies, forme les couples et contrôle les finances.
Sa fille Emmanuelle, née en 1982, est présentée aux adeptes comme « l’enfant cosmique », conçue par la seule force de l’esprit. Elle meurt à Salvan, à 12 ans, aux côtés de son père.

Signature de Luc Jouret. Wikimedia Commons, domaine public.
Luc Jouret, le médecin homéopathe qui recrutait
Luc Jouret, lui, naît le 18 octobre 1947 à Kikwit, au Congo belge. Médecin de formation, il pratique l’homéopathie. Surtout, c’est un orateur hors pair.
Au milieu des années 1980, il enchaîne les conférences en Suisse, en France, en Belgique et au Québec. Les thèmes rassurent : santé naturelle, écologie, sens de la vie.
Le conteur Yannick Jaulin, entré dans l’ordre à 25 ans, se souvient d’un « orateur charismatique ». Ainsi, Jouret remplit les salles, puis les rangs de l’ordre.
Michel Tabachnik, le chef d’orchestre relaxé deux fois
Le cas de Michel Tabachnik est différent. C’est un chef d’orchestre et compositeur suisse reconnu. Il a présidé la fondation Golden Way et rédigé des textes ésotériques, les « Archées », destinés aux membres de haut rang.
Après le Vercors, la justice française le poursuit pour « association de malfaiteurs ». On lui reproche d’avoir, par ses écrits, entretenu une dynamique de mort.
Le tribunal correctionnel de Grenoble le relaxe le 25 juin 2001. En appel, la cour de Grenoble confirme la relaxe le 20 décembre 2006 : rien ne prouve qu’il ait sciemment participé aux drames.
Juridiquement, il n’est donc coupable de rien. Il faut le rappeler clairement, car son nom reste associé à l’affaire.
Trois hommes, trois destins
Joseph Di Mambro
Né en 1924 à Pont-Saint-Esprit (Gard). Ancien bijoutier, condamné pour escroquerie au début des années 1970.
Le « maître » caché : argent, rituels, couples.
Mort à Salvan, 70 ansLuc Jouret
Né le 18 octobre 1947 à Kikwit (Congo belge). Médecin homéopathe.
Le visage public : conférences, recrutement, grand maître.
Mort à Salvan, 46 ansMichel Tabachnik
Chef d'orchestre suisse. A présidé la fondation Golden Way et écrit des textes ésotériques pour l'ordre.
Seul membre jugé. Relaxé deux fois.
Relaxé en 2001 et 2006À l’intérieur de l’ordre : capes, trucages et couples « cosmiques »
Au début, une secte ne retient personne par la force. Elle retient par l’émerveillement, puis par la peur. L’OTS a utilisé les deux, avec un soin presque théâtral.

Drapeau de l’Ordre du Temple solaire. NAADAAN, Wikimedia Commons, CC0.
Des cérémonies faites pour impressionner
D’abord, les rituels impressionnent : capes de soie, croix templière, épée, calices, rose rouge. Dans des cryptes, des « Maîtres » apparaissent au milieu d’éclairs de lumière. Parfois, un « Graal » se matérialise.
Des apparitions truquées
En réalité, tout est fabriqué. C’est Antonio « Tony » Dutoit, un membre bricoleur, qui conçoit les effets spéciaux.
Quant aux mystérieux « Maîtres de Zurich » censés guider l’ordre, les enquêteurs suisses n’en ont jamais trouvé la moindre trace. Ce mélange de spiritualité et de récit occulte, je l’ai décrit ailleurs sous le nom de conspiritualité.
La découverte des trucages
Au début des années 1990, Elie, le fils de Joseph Di Mambro, tombe sur l’armoire à accessoires de son père. Il en parle. Dès lors, plusieurs membres ouvrent les yeux et partent. Tony Dutoit, lui aussi, prend ses distances.
Les couples « cosmiques »
De plus, les dirigeants séparent des époux et les recomposent, au nom des « maîtres cosmiques ». Yannick Jaulin l’a raconté : les couples étaient défaits puis refaits selon la volonté des chefs. On ne cuisinait qu’à deux, pour ne pas « polluer » la nourriture sacrée.
L’argent des adeptes
Par ailleurs, les adeptes versent des sommes considérables. Un seul membre, Camille Pilet, ancien directeur commercial de l’horloger Piaget, aurait donné plusieurs millions de francs suisses. D’autres réclameront plus tard leur argent, en vain.
Emmanuelle, l’enfant sacrée
Au centre de tout, il y a Emmanuelle, la fille de Di Mambro. On la vénère. Pourtant, c’est une enfant. Et c’est justement autour d’un prénom, le sien, que l’horreur va commencer.
Sur les ressorts du contrôle mental, lisez aussi mon article sur le projet MK-Ultra.
Qui étaient les adeptes de l’Ordre du Temple solaire ?
On imagine souvent l’adepte de secte comme une personne naïve ou isolée. Or, l’OTS dément ce cliché. En réalité, ses membres sont surtout des gens d’âge mûr, cultivés, de classe moyenne ou aisée. On y trouve des médecins, des enseignants, des infirmières, des cadres.
Des cadres, des notables, une championne
Au Québec, en mars 1993, Radio-Canada révèle qu’environ un tiers des 60 adeptes québécois travaillent pour Hydro-Québec, la grande compagnie d’électricité. Jouret y avait donné des conférences rémunérées.
Parmi les morts de Cheiry figurent aussi des notables. Robert Ostiguy était maire de Richelieu. Jocelyne Grand’Maison travaillait comme journaliste au Journal de Québec. Robert Falardeau, lui, était fonctionnaire du gouvernement québécois.
Et puis il y a Edith Vuarnet, née Bonlieu. Triple championne de France de descente, elle avait participé aux Jeux olympiques de 1956. Épouse du champion olympique de ski Jean Vuarnet, elle entre dans l’ordre vers 1990, après une conférence de Jouret. Elle y fait entrer son fils Patrick.
Ce que la secte prend vraiment

Jean Vuarnet (à gauche) en 1960. Photo The Burlington Free Press, Wikimedia Commons, domaine public.
Ce qui me frappe, c’est la confidence de Jean Vuarnet devant une commission d’enquête belge. Sa femme, disait-il, était devenue « une tout autre personne ». Voilà l’horreur d’une secte. Car elle ne prend pas seulement l’argent. Elle vous prend quelqu’un que vous aimez, alors qu’il est encore assis à votre table.
Les alertes que personne n’a entendues
Avec le recul, les signaux étaient là. Plusieurs personnes ont tenté de prévenir. Malheureusement, on ne les a pas assez écoutées.

Le siège d’Hydro-Québec, à Montréal. Photo Ken Lund, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.
1991 : une épouse donne l’alerte
Dès cette année-là, Rose-Marie Klaus, une adepte québécoise, voit son mari Bruno la quitter pour un « mariage cosmique » avec une autre femme. Elle alerte alors un organisme de surveillance des sectes et la presse. Six ans plus tard, Bruno Klaus mourra à Saint-Casimir.
Mars 1993 : des armes et des silencieux
Deux membres, dont un cadre d’Hydro-Québec, sont arrêtés alors qu’ils tentent d’acheter des pistolets munis de silencieux, interdits au Canada.
Luc Jouret est inculpé avec eux. En juillet, il plaide coupable. Il s’en tire avec une absolution conditionnelle et une amende versée à la Croix-Rouge.
1993 : les départs se multiplient
Les départs se multiplient après la découverte des trucages. Thierry Huguenin, prothésiste dentaire et membre depuis le début des années 1980, quitte l’ordre à son tour.
1994 : des journalistes préviennent Jean Vuarnet
Des journalistes préviennent Jean Vuarnet que sa femme est dans une secte. Elle nie. Quelques mois plus tard, l’ordre bascule dans la mort.
Les massacres de l’Ordre du Temple solaire, étape par étape
Les morts de l’OTS se répartissent en trois vagues, sur trois ans et dans trois pays. Voici ce qu’ont établi les enquêtes, sans rien ajouter.
De la fondation au dernier procès
- 1978Joseph Di Mambro crée la fondation Golden Way à Genève.
- 1984Fondation de l'Ordre du Temple solaire avec Luc Jouret.
- Janvier 1989L'ordre compte 442 membres dans six pays.
- 1991Rose-Marie Klaus alerte les médias québécois.
- Mars 1993Affaire des armes à silencieux au Québec.
- 30 septembre 1994Morin-Heights : un couple et son bébé de trois mois sont assassinés.
- 4 et 5 octobre 1994Cheiry et Salvan : 48 morts en Suisse. Deux morts de plus au Québec.
- 15 et 16 décembre 1995Vercors : 16 morts, dont trois enfants.
- 22 mars 1997Saint-Casimir : 5 morts. Trois adolescents survivent.
- 25 juin 2001Michel Tabachnik relaxé par le tribunal de Grenoble.
- 20 décembre 2006Relaxe confirmée en appel. Fin du volet judiciaire.
Morin-Heights, Québec : un bébé désigné comme l’Antéchrist
Tout commence au Québec. Tony Dutoit, celui qui fabriquait les trucages, a pris ses distances avec l’ordre. Avec sa femme Nicky, il a eu un fils le 6 juillet 1994. Ils l’ont appelé Christopher Emmanuel.
Or, Di Mambro réservait ce prénom à sa fille, l’« enfant cosmique ». Le rapport du coroner du Québec l’écrit noir sur blanc : le gourou y voyait une provocation. Pour lui, ce bébé devenait l’Antéchrist.
Le 30 septembre 1994, les Dutoit sont attirés dans un piège, puis tués à coups de couteau avec leur fils de trois mois. Selon l’enquête, deux membres ont frappé.
Le soir même, une partie des participants reprend l’avion pour la Suisse. Le 4 octobre, deux autres membres restés sur place meurent dans l’incendie du chalet.

Morin-Heights, dans les Laurentides. Photo Anna Frodesiak, Wikimedia Commons, domaine public.

Cheiry, dans le canton de Fribourg. Photo Christophe Badoux, Wikimedia Commons, CC0.
Cheiry, Suisse : la ferme aux salles secrètes
Dans la nuit du 4 au 5 octobre, la ferme de La Rochette brûle à Cheiry, dans le canton de Fribourg. Derrière un salon caché, les enquêteurs découvrent des salles secrètes, dont une petite pièce octogonale tapissée de miroirs.
À l’intérieur, vingt-trois corps reposent, beaucoup vêtus de capes, disposés en cercle comme les rayons d’une roue. Presque tous avaient d’abord absorbé un somnifère, puis ont été tués par balle. Certains étaient considérés par les chefs comme des « traîtres ».
Le juge d’instruction fribourgeois André Piller mène l’enquête. Les archives de la RTS conservent huit reportages d’époque sur l’affaire, de 1994 à 2014.
Salvan, Suisse : les chalets et le 54e mort
Quelques heures plus tard, trois chalets s’embrasent aux Granges-sur-Salvan, en Valais. On y retrouve 25 corps, dont ceux de Joseph Di Mambro, de Luc Jouret et de la petite Emmanuelle, 12 ans. Là encore, les victimes avaient été droguées. Des systèmes de mise à feu automatiques avaient été installés.
Ce soir-là, Thierry Huguenin aurait dû mourir lui aussi. Di Mambro l’avait convoqué à Salvan en lui promettant de lui rendre l’argent qu’on lui devait. Sur place, il sent une odeur d’essence. Aussitôt, il s’enfuit.
Sa femme, Odile Dancet, meurt dans les chalets. Plus tard, il racontera tout dans un livre au titre glaçant : « Le 54e ».

Salvan, en Valais. Photo copetan, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.
Dans les jours qui suivent, environ 300 lettres arrivent chez des journalistes, des membres et des personnalités, dont le ministre Charles Pasqua. C’est Patrick Vuarnet qui les a postées, sur ordre de Di Mambro. Ces « testaments » présentent les morts comme un départ volontaire.

Saint-Pierre-de-Chérennes, en Isère. Carte postale ancienne, Wikimedia Commons, domaine public.
Le Vercors, France : seize morts, quatorze mois plus tard
Tout le monde croit l’histoire terminée. Pourtant, quatorze mois plus tard, l’horreur recommence. Dans la nuit du 15 au 16 décembre 1995, seize membres meurent dans un lieu isolé près de Saint-Pierre-de-Chérennes, en Isère. L’endroit est surnommé le « puits de l’Enfer ». Les corps sont découverts le 23 décembre.
France 3 Auvergne-Rhône-Alpes est revenue sur cette onde de choc, trente ans après.
Sur place, quatorze d’entre eux sont disposés en étoile. Parmi eux, trois enfants de 2, 4 et 6 ans, ainsi qu’Edith Vuarnet et son fils Patrick. On compte aussi deux policiers, dont l’un des tireurs.
Selon l’instruction du juge Luc Fontaine, deux hommes ont tiré : Jean-Pierre Lardanchet, policier de 36 ans, et André Friedli, architecte suisse de 39 ans.
Ils se seraient ensuite donné la mort, avant que le feu ne prenne. Les deux jeunes fils de Jean-Pierre Lardanchet et sa compagne figurent parmi les victimes.
Saint-Casimir, Québec : trois adolescents disent non
Le dernier drame a lieu au Québec, en mars 1997. Dans une maison de Saint-Casimir, cinq adultes préparent leur « départ ». Or, une première tentative échoue dans la nuit du 20 au 21 mars.
Cette nuit-là, les trois adolescents de la maison se réveillent. Selon la commission d’enquête belge, l’une d’eux ferme les vannes de gaz et ouvre les fenêtres.
Les adultes les laissent alors choisir. Les trois jeunes, âgés de 13 à 16 ans, refusent de mourir. Finalement, le 22 mars, ils passent la nuit dans l’atelier du jardin pendant que la maison brûle. Ils survivent.
En revanche, leurs parents, leur grand-mère, Bruno Klaus et une autre adepte meurent.
Au total, 74 personnes sont mortes entre 1994 et 1997. Dix étaient mineures. La plus jeune avait trois mois.

Saint-Casimir, au Québec. Photo Gabriel Picard, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Celui qui aurait dû être la 54e victime a parlé. Dans cette archive de l’INA, Thierry Huguenin raconte son entrée dans l’ordre, l’emprise, puis sa fuite de Salvan.
Suicide collectif ou assassinats ?
L’expression « suicide collectif » revient sans cesse. Pourtant, elle trompe. En effet, beaucoup de victimes ont été droguées avant d’être tuées. Et un bébé, un enfant de 4 ans ou un adolescent ne choisissent pas leur mort.
Ce que dit l’enquête suisse
En Suisse, l’enquête le démontre : sur les 53 morts de 1994, seuls 15 suicides volontaires ont pu être confirmés. Les autres relèvent de suicides assistés et d’assassinats. Le spécialiste des religions Jean-François Mayer, qui a travaillé pour l’enquête, parle d’un mélange des trois.
Le Vercors, une version contestée
Au Vercors, la justice française conclut à deux tireurs, sans aide extérieure. Malgré tout, des familles contestent encore cette version.
En 2003, une contre-expertise demandée par la famille Vuarnet évoque un lance-flammes. Cependant, aucune preuve matérielle n’a jamais confirmé cette hypothèse.
Ce que les enquêtes ont établi
- Sur les 53 morts de 1994, l'enquête suisse n'a confirmé que 15 suicides volontaires.
- Les autres sont des suicides assistés et des assassinats.
- Au Vercors, deux tireurs, sans intervention extérieure.
- Au Québec, le coroner classe les Dutoit en homicides.
Ce qui reste contesté
- Le rôle réel d'André Friedli comme tireur, mis en doute par un expert mandaté par sa famille.
- La thèse d'un lance-flammes, avancée en 2003 par la famille Vuarnet, jamais confirmée.
- Les pistes politico-mafieuses, jugées non étayées par la presse.
Les familles face au vide : un seul procès, deux relaxes
La plupart des responsables sont morts avec leurs victimes. Par conséquent, il n’y a presque pas eu de procès. En Suisse, aucun. Au Québec, le coroner Roger Michaud rend son rapport en juin 1996, sans poursuites possibles.

Le palais de justice de Grenoble. Photo Tylwyth Eldar, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Un seul accusé, deux relaxes
En France, un seul homme est jugé : Michel Tabachnik. Au premier procès, en 2001, le parquet requiert cinq ans de prison. Pourtant, le tribunal le relaxe.
En appel, en 2006, l’avocat général ne demande rien. Là encore, la relaxe est confirmée.
Le combat des familles
Pour les familles, le vide est immense. Jean Vuarnet a perdu sa femme et son fils. Il a écrit un livre bouleversant, « Lettre à ceux qui ont tué ma femme et mon fils ». Son fils aîné, Alain, s’est battu pendant des années pour obtenir des réponses.
Au fond, aucun tribunal n’a jamais condamné quiconque pour ces 74 morts. C’est peut-être la dernière violence de cette affaire.
Ce qu’il reste de l’Ordre du Temple solaire aujourd’hui
L’Ordre du Temple solaire existe-t-il encore ?
Non. L’Ordre du Temple solaire n’existe plus. En effet, ses dirigeants sont morts en 1994, et le dernier drame date de 1997. Aucune structure officielle n’a repris son nom.
D’ailleurs, les bâtiments de Cheiry et de Salvan ont d’ailleurs été détruits.
Cependant, des survivants et d’anciens membres parlent encore. Ces dernières années, plusieurs ont témoigné à la télévision, en France, en Suisse, en Belgique et au Québec.
Surtout, les mécanismes qui ont rendu l’OTS possible existent toujours : peur de l’apocalypse, gourou charismatique, promesse d’être élu.
Ce que l’affaire a changé en France
Le « transit » vers Sirius n’a laissé que des tombes.
Dans le sillage des drames de 1994, l’Assemblée nationale crée en juin 1995 une commission d’enquête sur les sectes. Son rapport est enregistré le 22 décembre 1995, la veille de la découverte des corps du Vercors. Il dresse une liste de 172 mouvements.
Ensuite, la France se dote d’outils durables. La loi About-Picard du 12 juin 2001 crée le délit d’abus de faiblesse par sujétion psychologique. En novembre 2002, la Miviludes voit le jour pour observer et combattre les dérives sectaires.
Films, documentaires et séries sur l’Ordre du Temple solaire
Depuis trente ans, l’affaire a inspiré de nombreux programmes. Certains donnent la parole aux survivants. D’autres explorent les zones d’ombre, parfois avec des thèses fragiles. Voici les principaux, du plus ancien au plus récent.
Les séries récentes, surtout, ont recueilli des témoignages rares, comme ceux d’anciens membres ou de proches de victimes. Si ces sujets vous intéressent, j’ai aussi écrit sur le cinéma et l’ésotérisme, et enquêté sur Ed et Lorraine Warren ou Lizzie Borden.
Huit programmes pour comprendre l'affaire
Aller simple pour Sirius
Documentaire québécois de Nicole Giguère.
L'Ordre du Temple solaire
Docu-fiction d'Arnaud Sélignac, France 3.
Les Mystères sanglants de l'OTS
Documentaire d'Yves Boisset, France 2. Ses thèses sont contestées.
L'Ordre du Temple solaire
Série documentaire en 6 épisodes, Vrai (Québec).
Temple solaire : l'enquête impossible
Série documentaire en 4 épisodes, TMC.
La Fraternité
Série documentaire en 4 épisodes, RTS et Play Suisse.
Au bout de l'enquête
Deux volets consacrés à l'affaire, France 2.
Crimes et indices : voyage vers la mort
Documentaire inédit, RTBF La Une.
Pour voir les images de l’époque, le mieux reste l’archive de l’INA. Ce reportage de 25 minutes revient sur les drames d’octobre 1994, les lieux, les témoins et les premières enquêtes.
Spiritualité ou dérive sectaire : les signaux qui doivent alerter
Je le répète souvent : une vraie démarche spirituelle vous rend plus libre, jamais plus dépendant. L’affaire de l’OTS en reste la preuve la plus tragique.
Mon enquête aux Foyers de Charité
Je sais de quoi je parle. Avec Didier Santiago, je suis allée enquêter sur place, aux Foyers de Charité de Marthe Robin, à Châteauneuf-de-Galaure.
Un lieu de prière en apparence paisible, où le mouvement a lui-même reconnu, en 2020, des abus commis par son cofondateur. Une émission a été consacrée à cette enquête, à regarder sur Kurious Anima.
Ce que j’y ai retrouvé, c’est le même mécanisme qu’à l’OTS, à une autre échelle. Une figure vénérée, une promesse de paix, puis des questions que l’on n’a plus le droit de poser. C’est toujours par là que l’emprise commence.
Les repères que je donne
Dans mon métier, cette frontière compte énormément. J’en ai parlé dans voyance et charlatanisme. Voici les repères que je donne à ceux qui s’interrogent, pour eux ou pour un proche.
Concrètement, un voyant sérieux ne vous demande pas de tout quitter. Il ne vous promet pas le salut. Il vous éclaire, puis vous laisse décider.
Si vous doutez de vos propres perceptions, commencez plutôt par un test de médiumnité gratuit ou par mon article sur la clairvoyance. C’est ainsi que nous travaillons avec nos médiums en ligne.
Une démarche saine
- Vous gardez vos proches et votre vie sociale.
- Les tarifs sont clairs et connus d'avance.
- Vos questions et vos doutes sont bienvenus.
- Personne ne vous annonce la fin du monde.
- Vous décidez seul de votre couple et de votre vie.
- Vous partez quand vous voulez.
Un signal d'alerte
- On vous pousse à couper les ponts.
- Les dons et les « contributions » augmentent sans fin.
- Douter, c'est trahir.
- Une apocalypse est proche, seuls les élus seront sauvés.
- Le guide choisit votre couple, votre travail, votre maison.
- Partir, c'est se condamner.
Questions fréquentes sur l’Ordre du Temple solaire
L’Ordre du Temple solaire (OTS) est une secte ésotérique néotemplière fondée en 1984 en Suisse par Joseph Di Mambro et Luc Jouret. Ses membres croyaient à une fin du monde proche et à un « transit » de l’âme vers l’étoile Sirius. Entre 1994 et 1997, 74 personnes liées à l’ordre sont mortes en Suisse, en France et au Québec.
L’Ordre du Temple solaire a fait 74 morts entre 1994 et 1997 : 5 à Morin-Heights (Québec) et 48 en Suisse (Cheiry et Salvan) en 1994, 16 dans le Vercors en 1995, puis 5 à Saint-Casimir (Québec) en 1997. Dix mineurs figurent parmi les victimes, dont un bébé de trois mois.
Les deux gourous de l’OTS étaient Joseph Di Mambro, ancien bijoutier né en 1924 à Pont-Saint-Esprit, et Luc Jouret, médecin homéopathe né en 1947 à Kikwit, au Congo belge. Di Mambro dirigeait dans l’ombre, Jouret recrutait par ses conférences. Tous deux sont morts à Salvan, en Suisse, en octobre 1994.
Dans la nuit du 15 au 16 décembre 1995, 16 membres de l’OTS, dont trois enfants de 2, 4 et 6 ans, sont morts près de Saint-Pierre-de-Chérennes (Isère). Selon l’instruction, deux membres, un policier et un architecte, ont tué les autres avant de se donner la mort. Les corps ont été découverts le 23 décembre.
Non. L’Ordre du Temple solaire n’existe plus depuis la mort de ses dirigeants en 1994 et le dernier drame de 1997. Aucune structure n’a repris son nom. En revanche, la France a renforcé sa lutte contre les dérives sectaires, avec la loi About-Picard de 2001 et la Miviludes en 2002.
À lire aussi : le préventorium de Luri, enquête sur un lieu hanté du Cap Corse




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