La Bête du Gévaudan : trois ans de terreur, et toujours pas de certitude
De 1764 à 1767, dans les montagnes du sud du Massif central, une « bête féroce » tue des dizaines d’enfants et de femmes. Le roi envoie ses chasseurs, on l’expose à Versailles… et les attaques reprennent.
En bref : La Bête du Gévaudan est un animal qui a tué près d’une centaine de personnes, surtout des enfants et des jeunes femmes, entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767, dans l’actuelle Lozère et le nord de la Haute-Loire. La première victime officielle est Jeanne Boulet, 14 ans.
Le 20 septembre 1765, François Antoine, porte-arquebuse du roi, abat un grand loup exposé à Versailles. Pourtant, les attaques reprennent. Elles ne cessent qu’après le tir de Jean Chastel, le 19 juin 1767. Pour la plupart des historiens, la Bête était un ou plusieurs loups, mais personne ne le sait avec certitude.
☰Sommaire de l’article11 sections, environ 15 minutes de lecture▼
- 01Qu’est-ce que la Bête du Gévaudan ?
- 02Jeanne Boulet, la première victime de la Bête (1764)
- 03Les dragons de Duhamel et le courage de Jacques Portefaix
- 04Les chasseurs du roi : d’Enneval, puis François Antoine (1765)
- 05Morte à Versailles… puis revenue : la deuxième phase (1765 à 1767)
- 06Qui a tué la Bête du Gévaudan ? Jean Chastel, le 19 juin 1767
- 07Combien de victimes ? Le bilan et les images d’un monstre
- 08Quel animal était la Bête du Gévaudan ? Les hypothèses
- 09La Bête du Gévaudan aujourd’hui : lieux, statues et film
- 10En résumé : la Bête du Gévaudan en quelques lignes
- 11FAQ : vos questions sur la Bête du Gévaudan
Qu’est-ce que la Bête du Gévaudan ?
La Bête du Gévaudan est un animal qui a tué près d’une centaine de personnes entre 1764 et 1767, dans le sud du Massif central. Ses victimes sont surtout des enfants et des jeunes femmes qui gardaient les troupeaux.
Le roi Louis XV envoie ses meilleurs chasseurs. On annonce sa mort à Versailles. Pourtant, les attaques reprennent. Aujourd’hui encore, personne ne sait avec certitude quel animal se cachait derrière ce nom.
Où se trouve le Gévaudan ?
Le Gévaudan est une ancienne province qui correspond à peu près à l’actuelle Lozère. Les attaques touchent aussi le nord, vers l’actuelle Haute-Loire, et la partie voisine du Vivarais, en Ardèche.
C’est un pays de hauts plateaux, la Margeride : du granit, des forêts de pins, des landes et des tourbières, souvent à plus de mille mètres d’altitude.
Un pays de loups
À l’époque, la France compte entre dix et vingt mille loups. Les attaques sur les humains ne sont pas une légende : l’historien Jean-Marc Moriceau en a recensé un peu plus de trois mille en France, sur plusieurs siècles. J’en parle aussi dans mon article sur les vrais procès de loups-garous, car cette peur du loup a nourri bien des légendes.
Pourtant, ce qui se passe en Gévaudan va être jugé anormal par des gens qui connaissent très bien les loups.
Une France humiliée et une presse naissante
La France sort de la guerre de Sept Ans, perdue en 1763. Un nouvel acteur entre alors en scène : la presse. En novembre 1764, le Courrier d’Avignon commence à raconter les attaques, puis la très officielle Gazette de France reprend l’histoire. Autrement dit, la Bête devient un feuilleton national.
La Bête du Gévaudan en dates
Jeanne Boulet, la première victime de la Bête (1764)
Tout commence au début de l’été 1764. Près de Langogne, une femme qui garde ses vaches est attaquée. Elle s’en sort indemne, car ses bœufs se placent entre elle et l’animal.
Puis, le 30 juin 1764, Jeanne Boulet, 14 ans, est tuée près de son hameau des Hubacs, dans la paroisse de Saint-Étienne-de-Lugdarès. Les historiens la considèrent comme la première victime officielle.
« La bête féroce » dans un registre
Le 1er juillet, le curé inscrit son enterrement dans son registre. Et il écrit une chose inhabituelle : Jeanne a été tuée par « la bête féroce ». Ce qui me frappe, c’est que cet homme de la campagne, qui connaît les loups, n’écrit pas « un loup ». Il écrit « la bête ».
Un animal qui ne ressemble pas à un loup
Dans les semaines suivantes, d’autres enfants sont tués. Les témoins décrivent un animal plus grand qu’un loup, roux, avec une raie noire sur le dos, une très longue queue et une gueule énorme. Surtout, il délaisse les moutons et vise les humains.
Attention toutefois : ce sont des témoignages, souvent recueillis après coup par des gens terrifiés. Ils comptent, mais ce ne sont pas des mesures.
Un « fléau de Dieu » selon l’évêque de Mende
En décembre 1764, l’évêque de Mende, Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré, publie un mandement lu dans toutes les églises. La Bête y devient un fléau envoyé par Dieu pour punir les péchés des hommes.
Je ne juge pas la foi de l’époque. Mais imaginez une mère qui vient de perdre son enfant, et à qui l’on explique, du haut de la chaire, que c’est la conséquence des péchés.
… tuée par la bête féroce.
Acte de sépulture de Jeanne Boulet, 1er juillet 1764Les dragons de Duhamel et le courage de Jacques Portefaix
Pendant ce temps, le pouvoir royal réagit. Le capitaine Jean-Baptiste Duhamel, stationné à Langogne avec ses dragons, organise des battues gigantesques. Des milliers de paysans ratissent les bois en faisant du bruit pour rabattre l’animal vers les tireurs.
Mais le terrain est immense, accidenté, couvert de neige. Ses dragons sont des cavaliers, bien mal adaptés à ce relief. Chaque fois qu’on croit tenir la Bête, elle disparaît, puis frappe ailleurs. Duhamel finit même par imaginer un hybride né d’un lion, ce qui en dit sans doute plus sur sa frustration que sur l’animal. Les battues s’enchaînent, sans résultat.
Des primes qui attisent la légende
Pour motiver les chasseurs, les États du Languedoc, puis le roi lui-même, promettent des primes considérables. De quoi attirer des chasseurs de toute la région, et pas mal de fausses annonces. Ainsi, la Bête paraît de plus en plus insaisissable.
12 janvier 1765 : sept enfants contre la Bête
Au milieu de ces mois terribles, une histoire donne du courage. Le 12 janvier 1765, au Villaret, dans la paroisse de Chanaleilles, sept enfants gardent leurs troupeaux. Le plus âgé, Jacques Portefaix, a environ douze ans. La Bête attaque et s’empare d’un des plus jeunes.
Au lieu de fuir, les enfants se regroupent avec leurs bâtons armés de lames. Portefaix pousse les autres à revenir à la charge. Finalement, l’animal lâche prise et s’enfuit. Tous les enfants survivent.
Le petit berger devenu officier
L’histoire remonte jusqu’à Versailles. Louis XV récompense les enfants et paie les études de Portefaix. Il est confié aux Frères de la doctrine chrétienne, à Montpellier, puis entre en 1770 à l’école du Corps royal d’artillerie. Il deviendra lieutenant et mourra vers trente-trois ans.
Je trouve cette histoire magnifique : sept enfants qui refusent d’abandonner l’un des leurs.
Fiche · Le combat du Villaret
- Date
- 12 janvier 1765
- Lieu
- Le Villaret, paroisse de Chanaleilles
- Héros
- Jacques Portefaix, environ 12 ans, et six enfants
- Armes
- Des bâtons armés de lames
- Issue
- La Bête s’enfuit, tous les enfants survivent
- Récompense
- Le roi paie les études de Portefaix
Les chasseurs du roi : d’Enneval, puis François Antoine (1765)
Au début de 1765, la Bête est devenue une affaire d’honneur pour le roi. On fait d’abord appel à Jean-Charles d’Enneval, un louvetier normand qui aurait tué plus de mille deux cents loups. Il arrive en mars 1765 avec son fils et ses chiens.
Il juge que les battues bruyantes font fuir le gibier et veut chasser à sa façon. Pourtant, pendant des mois, il ne prend pas la Bête. Les relations avec les autorités locales se tendent, et chacun accuse l’autre. En juillet 1765, le roi le rappelle. Mille deux cents loups, et pas celui-là.
François Antoine, le porte-arquebuse du roi
Louis XV envoie alors un homme de son entourage : François Antoine, porte-arquebuse du roi, c’est-à-dire celui qui porte ses armes à la chasse. Âgé et expérimenté, il arrive en juin 1765 avec son fils, des gardes-chasse royaux et des chiens.
Marie-Jeanne Vallet, la « Pucelle du Gévaudan »
Le 11 août 1765, Marie-Jeanne Vallet, une servante d’une vingtaine d’années du curé de Paulhac, traverse un ruisseau avec sa sœur. La Bête surgit. Au lieu de fuir, Marie-Jeanne lui plante sa lance dans le poitrail, et l’animal s’enfuit.
François Antoine la surnomme lui-même « la Pucelle du Gévaudan », en la comparant à Jeanne d’Arc. Une statue lui rend hommage aujourd’hui à Auvers, en Haute-Loire.
20 septembre 1765 : le loup de Versailles
Le 20 septembre 1765 (certaines sources disent le 21), dans un bois proche de l’abbaye royale des Chazes, en Auvergne, Antoine abat un très grand loup. Selon son procès-verbal, il pèse 130 livres, soit environ 60 kilos. Des témoins disent reconnaître la Bête.
Antoine l’écrit noir sur blanc : les empreintes ne diffèrent en rien de celles d’un grand loup. Le corps est naturalisé et présenté à Versailles. Le chasseur est couvert d’honneurs, et les gazettes annoncent la fin du cauchemar.
Fiche · Le loup de François Antoine
- Date
- 20 septembre 1765 (le 21 selon certaines sources)
- Lieu
- Bois proche de l’abbaye royale des Chazes
- Poids
- 130 livres, environ 60 kilos
- Verdict d’Antoine
- Les empreintes sont celles d’un grand loup
- Destin
- Naturalisé et présenté à Versailles
- Suite
- Les attaques reprennent fin 1765
Morte à Versailles… puis revenue : la deuxième phase (1765 à 1767)
Sauf que, dans les montagnes, ce n’est pas fini. Fin 1765, de nouvelles attaques sont signalées. Au début de 1766, elles reprennent, puis se multiplient au printemps.
Or, pour Versailles, la Bête est morte. On ne va pas annoncer au royaume que le roi s’est trompé. Ainsi, la presse nationale se tait presque complètement, et les chasseurs du roi ne reviennent pas.
Seuls face à la peur
Les gens du Gévaudan se retrouvent seuls. Ce sont surtout les autorités et les nobles locaux qui organisent la défense : battues, pièges, appâts empoisonnés. Pendant plus d’un an et demi, les attaques continuent, avec des dizaines de victimes.
Pour moi, c’est presque plus effrayant que la première phase. La peur est la même, mais plus personne ne regarde.
Des noms dans les registres
Et la vie continue, parce qu’il le faut bien. On envoie les enfants aux pâturages par groupes, avec des bâtons armés de lames. Les curés, eux, continuent d’inscrire des noms dans leurs registres.
Au printemps 1767, par exemple, Jeanne Bastide, 19 ans, est tuée près de son village de Lesbinières, dans la paroisse de Desges. Elle n’a jamais fait la une des gazettes de Paris. Mais son nom est dans les archives, et je tenais à le dire.
Qui a tué la Bête du Gévaudan ? Jean Chastel, le 19 juin 1767
Au printemps 1767, les attaques reprennent avec force autour du mont Mouchet. Le 19 juin 1767, le marquis d’Apcher organise une grande battue. Parmi les chasseurs postés se trouve un homme du pays : Jean Chastel, un paysan d’une soixantaine d’années de La Besseyre-Saint-Mary.
Chastel est posté à la Sogne d’Auvers, une zone marécageuse. Un animal sort du couvert, à portée de fusil. Autour de lui, les rabatteurs avancent dans les bois. Chastel tire, et l’animal ne se relève pas. Après ce jour, les attaques cessent.
La légende des balles bénites
On raconte que Chastel aurait chargé son fusil de balles bénites, fondues dans des médailles de la Vierge, et qu’il aurait attendu la Bête en lisant ses prières.
La scène est belle. Cependant, elle n’apparaît qu’en 1889, chez l’abbé Pourcher, puis dans un roman d’Henri Pourrat en 1946. Rien dans les documents de 1767 ne la confirme.
Le rapport du notaire Marin, retrouvé en 1952
Le lendemain, l’animal est examiné au château de Besque. Le notaire royal Roch-Étienne Marin rédige un rapport détaillé : mesures, dents, pelage, et témoignages de personnes qui disent le reconnaître.
Ce document a dormi dans les archives jusqu’en 1952, date à laquelle il a été retrouvé aux Archives nationales.
Le corps, transporté et montré, était en mauvais état. Il ne nous est pas parvenu. Quant à Chastel, selon Jean-Marc Moriceau, il réclamait une forte récompense et n’en obtint qu’une partie.
Fiche · L’animal de Jean Chastel
- Date
- 19 juin 1767
- Lieu
- Sogne d’Auvers, au pied du mont Mouchet
- Battue
- Menée par le marquis d’Apcher
- Document
- Rapport du notaire Roch-Étienne Marin, retrouvé en 1952
- Corps
- Non conservé
- Suite
- Les attaques s’arrêtent
Combien de victimes ? Le bilan et les images d’un monstre
C’est la première question que l’on pose, et la réponse n’est pas simple. Les documents officiels recensent un peu plus de quatre-vingts morts. Selon les historiens et la façon de compter, les estimations vont d’environ 88 à 124 morts, sans oublier des dizaines de blessés.
Pourquoi un tel écart ? Parce qu’il faut décider, cas par cas, si une mort est bien liée à la Bête. Un registre peut être incomplet, un enfant disparu n’est pas toujours retrouvé. À l’inverse, une fois la Bête célèbre, toute mort suspecte risque de lui être attribuée.
L’historien Jean-Marc Moriceau pense d’ailleurs que les registres sous-estiment plutôt la réalité. Derrière chaque chiffre, il y a une famille et un nom dans un registre.
Une bête « plurielle » dans les gravures
Pendant les attaques, des graveurs vendent partout des images de la Bête. Pourtant, côte à côte, elles ne montrent pas le même animal : ici un grand loup, là une créature à crinière, ailleurs une « hyène ». Personne ne l’a jamais vue assez longtemps pour la dessiner.
L’historienne Lucie Niccoli parle ainsi d’une bête « plurielle » : chaque image fabrique son propre monstre.
Un des premiers grands faits divers médiatiques
Les gazettes font la même chose avec les mots. C’est presque un exemple d’école de ce qu’on appelle aujourd’hui l’emballement médiatique.
Pourtant, elles ont aussi mis en valeur le courage des gens ordinaires : les enfants de Chanaleilles, Marie-Jeanne Vallet, des mères qui se sont battues pour leurs enfants.
L’on ne doit plus mettre en doute la forme et la figure de l’animal féroce.
Légende de l’estampe de M. Ray, 1764Quel animal était la Bête du Gévaudan ? Les hypothèses
Aucune hypothèse n’est démontrée à cent pour cent. Ce que l’on peut faire, en revanche, c’est peser chacune d’elles, avec ce qui la soutient et ce qui l’affaiblit.
La plupart des historiens retiennent aujourd’hui la piste d’un ou de plusieurs loups. C’est la position de Jean-Marc Moriceau, qui parle de loups hors du commun.
Et l’hypothèse du loup-garou ?
Beaucoup de contemporains, comme l’évêque de Mende, y voyaient un fléau surnaturel, et le loup-garou faisait partie du folklore de l’époque. On comprend pourquoi les gens y ont pensé.
Mais ce n’est pas une hypothèse que l’on peut vérifier, et on ne l’a jamais su. J’explique d’où vient cette peur dans mon article sur les loups-garous et leurs vrais procès.
La piste retenue par la plupart des historiens, dont Jean-Marc Moriceau.
Pour : loups nombreux, attaques d’enfants documentées ailleurs, deux grands loups abattus, reprise après la mort du loup d’Antoine.
Contre : des témoignages décrivent un animal inhabituel.
Un croisement qui expliquerait la taille, la couleur et un animal peu craintif.
Pour : cohérent avec plusieurs descriptions.
Contre : invérifiable : ni corps, ni analyse possible.
Une hyène ou un lion échappé d’une ménagerie, comme le suggèrent certaines gravures. L’abbé Trocellier a même parlé d’un singe.
Pour : les images d’époque parlent de « hyène ».
Contre : aucun document ne prouve un tel animal dans la région.
L’idée d’un tueur ou d’un animal dressé, parfois prêtée à un fils de Jean Chastel.
Pour : une histoire séduisante.
Contre : elle vient surtout de romans du XXe siècle, aucune archive ne la soutient.
Un fléau de Dieu ou un loup-garou, selon beaucoup de contemporains.
Pour : reflète les croyances de l’époque.
Contre : impossible à tester, on ne l’a jamais su.
Mon regard sur cette énigme
Ce qui me frappe, c’est qu’on a voulu un monstre. Un seul, avec un visage. Parce qu’un monstre unique, on peut le tuer et l’exposer à Versailles. Alors qu’un problème de loups, de pauvreté et d’enfants livrés à eux-mêmes dans la montagne, ça, on ne l’abat pas d’un coup de fusil.
La Bête du Gévaudan aujourd’hui : lieux, statues et film
Aujourd’hui, la Bête est partout en Gévaudan. Statues, musées, sentiers de randonnée : elle est devenue un emblème, presque une mascotte. Drôle de retournement, la Bête fait désormais vivre le pays qu’elle a terrorisé.
À Saugues ou à Marvejols, sa silhouette accueille les visiteurs. Et à Auvers, la statue de Marie-Jeanne Vallet rappelle le courage de la servante qui lui a planté sa lance dans le poitrail.
Le Pacte des loups est-il une histoire vraie ?
Beaucoup connaissent la Bête grâce au film Le Pacte des loups, sorti en 2001. C’est une fiction assumée, avec complot, arts martiaux et créature cuirassée. Un bon film du samedi soir, donc, mais surtout pas une reconstitution historique.
Ceux qu’il faut retenir
Si vous allez là-bas un jour, pensez aussi aux autres. Jeanne Boulet, la première. Les sept enfants de Chanaleilles. Marie-Jeanne Vallet. Et toutes ces familles qui ont continué à envoyer leurs enfants garder les bêtes, parce qu’il fallait bien vivre. Et si vous partez en randonnée en Lozère… emportez un bâton.
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La Bête du Gévaudan : morte à Versailles… puis revenue ?
Notre enquête vidéo avec Didier Santiago
Une bête, les chasseurs du roi, et des attaques qui ne cessent pas.
Avec Didier Santiago, nous avons consacré à la Bête du Gévaudan le quatrième épisode de notre semaine spéciale Halloween. Les premières attaques, les chasseurs envoyés par le roi, l’animal présenté à Versailles et toutes les hypothèses, du grand loup au monstre fabriqué par la peur.
Épisode précédent : la vraie légende de Sleepy Hollow
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La semaine Halloween sur Kurious Anima : tous les épisodes
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Épisode 2Les sorcières de Salem
Épisode 3Sleepy Hollow, le cavalier sans tête
Épisode 4La Bête du Gévaudan
Épisode 5Dracula, le vrai romanÀ lire le 30 octobre
Épisode 6Houdini, il avait promis de revenirÀ lire le 31 octobreEn résumé : la Bête du Gévaudan en quelques lignes
En résumé : De 1764 à 1767, la Bête du Gévaudan tue entre 88 et 124 personnes selon les études, surtout des enfants et des jeunes femmes qui gardaient les troupeaux. Le roi envoie Duhamel, d’Enneval, puis François Antoine, qui abat un grand loup exposé à Versailles en 1765. Mais les attaques reprennent.
Elles cessent après le tir de Jean Chastel, le 19 juin 1767, au pied du mont Mouchet. La légende des balles bénites date de 1889. Pour la plupart des historiens, la Bête était un ou plusieurs loups hors du commun, mais faute de corps, le doute demeure.
FAQ : vos questions sur la Bête du Gévaudan
Oui. Les attaques de la Bête du Gévaudan sont documentées par les registres paroissiaux, les rapports des chasseurs et les gazettes de l’époque. Entre 1764 et 1767, un ou plusieurs animaux ont tué près d’une centaine de personnes dans le sud du Massif central. Ce qui reste discuté, c’est la nature exacte de l’animal.
Pour la plupart des historiens, dont Jean-Marc Moriceau, la Bête était un ou plusieurs loups hors du commun. D’autres hypothèses existent : un hybride entre un chien et un loup, ou un animal exotique comme une hyène. Faute de corps conservé, aucune n’est démontrée.
Officiellement, François Antoine, porte-arquebuse du roi, abat un grand loup le 20 septembre 1765, présenté à Versailles. Mais les attaques reprennent. Elles cessent après le tir de Jean Chastel, un paysan de La Besseyre-Saint-Mary, le 19 juin 1767, à la Sogne d’Auvers, au pied du mont Mouchet.
L’animal a été abattu d’un coup de fusil par Jean Chastel le 19 juin 1767, lors d’une battue organisée par le marquis d’Apcher. Le lendemain, le notaire royal Roch-Étienne Marin a rédigé un rapport détaillé sur l’animal, retrouvé en 1952 aux Archives nationales.
Les documents officiels recensent un peu plus de quatre-vingts morts. Selon les études et la façon de compter, les estimations vont de 88 à 124 morts, auxquels s’ajoutent des dizaines de blessés.
La première victime officielle est Jeanne Boulet, une jeune fille de 14 ans tuée le 30 juin 1764 près de son hameau des Hubacs, dans la paroisse de Saint-Étienne-de-Lugdarès. Son acte de sépulture précise qu’elle a été tuée par « la bête féroce ».
La Bête a sévi dans l’ancienne province du Gévaudan, qui correspond à peu près à l’actuelle Lozère, ainsi que dans le nord de la Haute-Loire et une partie du Vivarais. Aujourd’hui, on retrouve son souvenir à Saugues, à Marvejols ou à Auvers, avec des statues, des musées et des sentiers.
Les attaques de la Bête du Gévaudan ont eu lieu du 30 juin 1764 au 19 juin 1767, soit pendant près de trois ans, sous le règne de Louis XV.
Certains contemporains l’ont pensé, et l’évêque de Mende y voyait un fléau envoyé par Dieu. Mais aucune source ne permet de l’affirmer, et on ne l’a jamais su. Les historiens retiennent plutôt la piste d’un ou de plusieurs loups.
Rien ne le prouve. L’histoire des balles bénites, fondues dans des médailles de la Vierge, n’apparaît qu’en 1889 dans le livre de l’abbé Pourcher, puis dans un roman d’Henri Pourrat en 1946. Les documents de 1767 n’en parlent pas.
Marie-Jeanne Vallet était une servante du curé de Paulhac, âgée d’une vingtaine d’années. Le 11 août 1765, elle blesse la Bête d’un coup de lance au poitrail. François Antoine la surnomme « la Pucelle du Gévaudan ». Une statue lui rend hommage à Auvers, en Haute-Loire.
Jacques Portefaix était un jeune berger d’environ douze ans. Le 12 janvier 1765, au Villaret, il mène six autres enfants qui font fuir la Bête à coups de bâtons armés de lames. Louis XV paie ses études, et il entre en 1770 à l’école du Corps royal d’artillerie.
Le loup tué par François Antoine en 1765 a été naturalisé et présenté à Versailles, mais il n’a pas été conservé. L’animal tué par Jean Chastel en 1767 était en mauvais état lors de son transport, et son corps ne nous est pas parvenu non plus.
Non. Le film Le Pacte des loups, sorti en 2001, s’inspire de la Bête du Gévaudan, mais c’est une fiction assumée, avec complot, arts martiaux et créature cuirassée. Il ne s’agit pas d’une reconstitution historique.









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