Histoire vraie · Massachusetts, 1692

Une accusation suffisait. Une vision tenait lieu de preuve.

Des jeunes filles en crise, un village divisé, un tribunal pressé de trouver des coupables. En quelques mois, Salem a envoyé dix-neuf innocents à la potence. Voici ce que disent vraiment les archives, de la première accusation à la réhabilitation des victimes, et ce que cette tragédie m’inspire en tant que médium.

+200personnes accusées ou soupçonnées de sorcellerie
19personnes pendues, 14 femmes et 5 hommes
0victime brûlée vive, contrairement à la légende
1692début des procès, qui prennent fin en mai 1693

En bref : les procès des sorcières de Salem furent une série d’accusations de sorcellerie survenues dans la colonie du Massachusetts entre 1692 et 1693. Plus de 200 personnes furent mises en cause.

Dix-neuf furent pendues, Giles Corey mourut écrasé sous des pierres et plusieurs prisonniers décédèrent en détention. Contrairement à une légende persistante, aucune victime ne fut brûlée vive.

☰Sommaire de l’article20 sections, environ 20 minutes de lecture▼
  1. 01Les sorcières de Salem : l’histoire vraie derrière une tragédie devenue légendaire
  2. 02Pourquoi Salem est-elle devenue le centre d’une chasse aux sorcières ?
  3. 03Quels événements ont déclenché les procès des sorcières de Salem ?
  4. 04Qui furent les trois premières femmes accusées à Salem ?
  5. 05Comment les accusations de Salem sont-elles devenues une panique collective ?
  6. 06Comment se déroulaient les procès des sorcières de Salem ?
  7. 07Combien de personnes furent exécutées lors des procès de Salem ?
  8. 08Comment les procès des sorcières de Salem ont-ils pris fin ?
  9. 09Comment les victimes de Salem ont-elles été réhabilitées ?
  10. 10Les personnes accusées étaient-elles réellement des sorcières ?
  11. 11Quelles sont les explications modernes des événements de Salem ?
  12. 12Quels sont les principaux mythes sur les sorcières de Salem ?
  13. 13Les Sorcières de Salem d’Arthur Miller : la pièce, le livre et les films
  14. 14Quelle lecture spirituelle peut-on faire des sorcières de Salem ?
  15. 15Pourquoi l’histoire de Salem résonne-t-elle encore auprès des médiums ?
  16. 16Que nous enseigne aujourd’hui l’histoire des sorcières de Salem ?
  17. 17Conclusion : Salem ou le prix du jugement sans preuve
  18. 18La semaine Halloween sur Kurious Anima : tous les épisodes
  19. 19En résumé : les sorcières de Salem en quelques lignes
  20. 20FAQ : les sorcières de Salem, histoire vraie, procès, pièce et film
Les sorcières de Salem : l’histoire vraie des procès de sorcellerie de 1692 dans le Massachusetts, racontée par Sophie Vitali, médium et experte du paranormal

Les sorcières de Salem : l’histoire vraie des procès de 1692.

Les sorcières de Salem : l’histoire vraie derrière une tragédie devenue légendaire

Les sorcières de Salem n’étaient pas des sorcières. C’étaient des femmes et des hommes accusés de sorcellerie à Salem Village, dans le Massachusetts, en 1692 et 1693, sur la foi de rumeurs, de crises inexpliquées et de visions que personne ne pouvait vérifier.

Depuis plus de trois siècles, les sorcières de Salem occupent une place particulière dans notre mémoire collective.

Leur histoire mêle la peur, la religion, la justice, la rumeur et les mécanismes les plus inquiétants de la psychologie humaine.

Une histoire largement déformée par la culture populaire

Pourtant, derrière les représentations de femmes vêtues de noir, de rituels nocturnes et de magie maléfique, la réalité historique apparaît très différente. Les personnes accusées n’étaient pas seulement des femmes.

Des hommes, des personnes âgées et même des enfants furent également inquiétés.

Surtout, aucune preuve sérieuse ne démontra que les condamnés pratiquaient réellement la sorcellerie. À Salem, la peur finit par remplacer les faits.

Une accusation pouvait devenir une preuve, une vision pouvait conduire en prison et un conflit de voisinage pouvait être transformé en crime religieux.

En Europe, la même logique a conduit d’autres accusés au bûcher, cette fois pour lycanthropie : je raconte ces procès de loups-garous dans un article dédié. En France, au siècle suivant, c’est une bête bien réelle qui sème la terreur : la Bête du Gévaudan.

À lire aussi : Jack O’Lantern, la vraie histoire de la légende de la citrouille d’Halloween, de l’Irlande au navet creusé.

Mon regard de médium sur l’affaire de Salem

En tant que médium et passionnée d’histoire, j’ai toujours été profondément touchée par cette affaire. Toutefois, je ne confonds pas les archives historiques avec mon ressenti personnel.

Lorsque je me plonge dans ce récit, je ressens une mémoire encore chargée. C’est comme si les femmes et les hommes sacrifiés à la peur continuaient à nous rappeler les conséquences du jugement, du fanatisme et de l’intolérance.

C’est pourquoi je vous propose de revenir d’abord sur les faits vérifiables. Ensuite, je partagerai avec vous la lecture spirituelle que cette tragédie éveille en moi.

Les procès des sorcières de Salem en quelques chiffres

RepèreDonnée essentielle
LieuSalem Village, aujourd’hui Danvers, puis plusieurs localités du Massachusetts.
PériodeDe janvier 1692 à mai 1693.
Personnes mises en causePlus de 200 personnes furent accusées ou soupçonnées de sorcellerie.
Exécutions19 pendaisons et la mort de Giles Corey, écrasé sous des pierres.
Autres victimesPlusieurs personnes accusées moururent en prison à cause des maladies, de l’épuisement et des conditions de détention.
Fait à retenirAucune victime des procès de Salem ne fut brûlée vive.

Pourquoi Salem est-elle devenue le centre d’une chasse aux sorcières ?

Salem est devenue le centre d’une chasse aux sorcières parce que tout y était réuni : une communauté divisée, la peur de la guerre et des épidémies, une religion puritaine qui croyait au diable comme à une force réelle, et une justice fragilisée.

Pour comprendre les procès des sorcières de Salem, il faut revenir dans la Nouvelle-Angleterre de la fin du XVIIᵉ siècle. À cette époque, Salem ne constitue pas une communauté paisible et unie. Un siècle plus tard, un peu plus à l’ouest, dans la vallée de l’Hudson, une autre peur américaine prendra forme : la légende du cavalier sans tête de Sleepy Hollow.

La région traverse, au contraire, une période de grande instabilité.

Witch Hill ou Le Martyr de Salem, tableau de Thomas Satterwhite Noble (1869) : une jeune femme accusée de sorcellerie conduite à la potence par des puritains, symbole des procès des sorcières de Salem

Witch Hill, le martyr de Salem, par Thomas S. Noble, 1869. CC BY 3.0.

Une population divisée par les conflits

Des rivalités politiques et économiques opposent les habitants. Salem Village, aujourd’hui Danvers, entretient notamment des relations difficiles avec Salem Town, plus prospère et tournée vers le commerce maritime.

Les désaccords concernent les impôts, les terres, les héritages et l’organisation religieuse de la communauté. Dans ce climat tendu, une querelle privée peut rapidement prendre une dimension publique.

Les guerres, les maladies et la peur de l’avenir

Les guerres menées aux frontières de la colonie nourrissent également la peur. Plusieurs habitants ont perdu des proches ou ont fui des territoires attaqués.

À cela s’ajoutent la variole, les difficultés économiques et l’instabilité politique.

Comme le rappelle la Bibliothèque du Congrès, chaque événement inhabituel pouvait alors être interprété comme le signe d’une menace plus profonde.

Le poids de la religion puritaine

La société puritaine accorde une place centrale à la religion. La Bible encadre la vie familiale, la justice, la morale et les rapports sociaux.

Le diable n’est pas considéré comme une simple figure symbolique. Pour une partie de la population, il représente une force réelle susceptible d’agir par l’intermédiaire de personnes ayant conclu un pacte avec lui.

Ainsi, lorsque des jeunes filles commencent à présenter des comportements inexpliqués, la communauté ne recherche pas seulement une cause physique ou psychologique. Elle envisage rapidement l’hypothèse d’une attaque surnaturelle.

Une justice fragilisée par le contexte politique

La crise éclate également à un moment où le fonctionnement juridique de la colonie manque de stabilité. L’ancienne charte du Massachusetts a été suspendue et la nouvelle organisation politique vient à peine d’être mise en place.

En mai 1692, le gouverneur William Phips crée la Court of Oyer and Terminer, un tribunal spécial chargé d’examiner rapidement les accusations.

Les archives juridiques du Commonwealth du Massachusetts montrent toutefois que cette juridiction accepta des éléments incapables d’établir une culpabilité de manière fiable.

Examination of a Witch de Tompkins Harrison Matteson (1853) : une jeune femme accusée examinée devant des puritains à la recherche d’une marque du diable, comme lors des procès de Salem en 1692

L’examen d’une sorcière, Tompkins Matteson, 1853.

Quels événements ont déclenché les procès des sorcières de Salem ?

Tout commence durant l’hiver 1692, avec les crises inexpliquées de deux fillettes de la maison du pasteur, Betty Parris et Abigail Williams.

Faute d’explication, un médecin évoque une « main maléfique », et la communauté se met à chercher des coupables.

Les crises de Betty Parris et Abigail Williams

L’affaire commence durant l’hiver 1692 dans la maison du révérend Samuel Parris, pasteur de Salem Village. Sa fille Elizabeth, surnommée Betty, est âgée de neuf ans. Sa nièce Abigail Williams en a onze.

Les deux jeunes filles présentent des comportements inquiétants. Elles se contorsionnent, poussent des cris, se plaignent de douleurs et déclarent voir des présences invisibles aux autres habitants.

D’autres jeunes filles manifestent ensuite des symptômes comparables. Les prières et les soins ne permettent ni d’expliquer ni d’interrompre ces crises. Dès lors, l’hypothèse d’une action maléfique gagne du terrain.

La recherche immédiate de responsables

Les adultes demandent alors aux jeunes filles de désigner les personnes responsables de leurs tourments. Sous cette pression, trois noms sont prononcés : Sarah Good, Sarah Osborne et Tituba.

L’archive documentaire de l’Université de Virginie permet aujourd’hui de consulter la chronologie et les transcriptions de l’affaire.

Le 29 février 1692, des mandats d’arrêt sont délivrés. Les trois femmes sont interrogées dès le lendemain, le 1er mars. Cette journée marque le véritable début judiciaire de l’affaire.

Le rôle attribué au médecin William Griggs

Le médecin William Griggs est appelé pour examiner les jeunes filles. Ne trouvant pas d’explication naturelle, il évoque une « main maléfique ».

Dans une société déjà persuadée de l’action du diable, cette conclusion donne une autorité médicale à l’interprétation surnaturelle.

La peur change alors de nature. Elle ne porte plus seulement sur des symptômes inconnus, mais sur la présence supposée de responsables au sein même de la communauté.

Qui furent les trois premières femmes accusées à Salem ?

Les trois premières accusées de Salem sont Sarah Good, Sarah Osborne et Tituba. Trois femmes vulnérables : une mendiante, une veuve isolée et une femme asservie. Exactement le profil que la peur désigne en premier.

Sarah Good, une femme marginalisée par la pauvreté

Sarah Good vit dans une grande précarité. Elle dépend régulièrement de la charité de ses voisins et se déplace avec ses enfants pour demander de l’aide.

Son caractère, décrit comme difficile par certains habitants, ainsi que sa pauvreté la rendent particulièrement vulnérable.

Gravure d’Alfred Fredericks (1878) montrant Tituba, femme asservie du révérend Samuel Parris, avec les jeunes filles de Salem Village, l’une des trois premières accusées des procès de sorcellerie de 1692

Tituba et les enfants, gravure d’Alfred Fredericks, 1878.

Dans une société où la réussite matérielle peut être associée à la faveur divine, la misère est parfois perçue comme le signe d’une faute morale.

Sarah Good nie les accusations. Pourtant, elle est emprisonnée, jugée puis pendue le 19 juillet 1692.

Sarah Osborne, une femme éloignée de la communauté

Sarah Osborne est une veuve remariée, malade et relativement isolée. Elle se trouve également impliquée dans un conflit concernant l’héritage de ses enfants.

De plus, elle ne fréquente plus régulièrement les offices religieux. Son absence à l’église et sa situation familiale renforcent la méfiance à son égard.

Comme Sarah Good, elle nie avoir pratiqué la sorcellerie. Toutefois, elle ne sera jamais jugée. Affaiblie par la maladie et les conditions de détention, Sarah Osborne meurt en prison le 10 mai 1692.

Tituba, une femme asservie au cœur de l’affaire

Tituba est une femme asservie au service du révérend Samuel Parris. Les documents de l’époque la qualifient de femme « indienne », mais ses origines exactes font toujours débat parmi les historiens.

Il est donc préférable de ne pas la présenter avec certitude comme caribéenne, africaine ou amérindienne.

Les archives permettent surtout d’établir son statut : Tituba ne dispose ni de liberté, ni de pouvoir, ni de protection face à son propriétaire et aux magistrats.

Une confession obtenue sous une forte pression

Durant ses premiers interrogatoires, Tituba nie avoir fait du mal aux enfants. Toutefois, elle finit par reconnaître l’existence d’un pacte avec le diable et accuse également Sarah Good et Sarah Osborne.

Sa confession évoque des animaux étranges, un homme mystérieux, un livre à signer et plusieurs personnes au service du diable. Ces récits correspondent précisément aux croyances de ses interrogateurs.

Cependant, cette confession intervient dans un contexte d’asservissement, d’interrogatoires répétés et de forte contrainte.

Elle ne peut donc pas être considérée comme le témoignage libre d’une personne placée sur un pied d’égalité avec ses juges.

Lithographie The Witch No. 1 (1892) : une accusée de sorcellerie se dresse dans la salle d’audience tandis qu’un homme s’effondre, image de la panique collective des procès de Salem en 1692

The Witch No. 1, lithographie de 1892 : la panique gagne le tribunal.

Comment les accusations de Salem sont-elles devenues une panique collective ?

La confession de Tituba a tout fait basculer. Les autorités ne cherchent plus trois coupables, mais un réseau entier au service du diable.

Chaque aveu entraîne de nouvelles dénonciations, et la peur se propage de village en village.

La propagation des accusations

La confession de Tituba transforme profondément l’affaire. Désormais, les autorités ne recherchent plus seulement trois femmes isolées. Elles pensent devoir démanteler une organisation secrète au service du diable.

Les accusations se multiplient à Salem Village, puis dans les localités voisines. Andover, Ipswich et d’autres communautés du Massachusetts sont progressivement touchées.

Hommes, femmes, notables, pasteurs, fermiers et enfants peuvent être dénoncés. Le statut social ne constitue bientôt plus une protection suffisante. Même Rebecca Nurse, une femme âgée et respectée, est accusée puis exécutée.

Un système qui confirmait lui-même ses soupçons

Chaque nouvelle accusation semble confirmer la précédente. En réalité, le système fonctionne en circuit fermé : plus les autorités emprisonnent de personnes, plus elles se persuadent de l’existence d’un vaste complot.

Les juges interprètent l’augmentation des accusations comme la preuve d’un réseau démoniaque. Pourtant, cette multiplication résulte en grande partie des méthodes utilisées pendant les interrogatoires.

Pourquoi certains accusés avouaient-ils ?

Les accusés comprennent rapidement qu’un aveu peut leur sauver la vie. Ceux qui confessent, disent se repentir et désignent d’autres prétendus complices peuvent espérer éviter l’exécution.

À l’inverse, ceux qui proclament leur innocence risquent d’être considérés comme des serviteurs du diable refusant de reconnaître leur faute.

Ainsi, la vérité devient dangereuse tandis que le mensonge est récompensé. La procédure judiciaire fabrique elle-même les nouvelles accusations qui justifient sa poursuite.

Comment se déroulaient les procès des sorcières de Salem ?

Les procès de Salem reposaient sur des rumeurs, des crises en pleine audience et des « preuves spectrales », ces visions d’un accusé apparu en esprit pour tourmenter sa victime.

Nier, avouer ou se taire : toutes les réponses pouvaient être retournées contre l’accusé.

Des témoignages fondés sur les rumeurs

Le tribunal spécial commence à juger les accusés au printemps 1692. Le 10 juin, Bridget Bishop devient la première personne exécutée.

Le procès de George Jacobs pour sorcellerie à Salem en 1692, tableau de Tompkins Matteson (1855) : les jeunes accusatrices en crise devant les juges, comment se déroulaient les procès des sorcières de Salem

Le procès de George Jacobs, Tompkins Matteson, 1855.

Les procédures reposent sur des disputes anciennes, des maladies inexpliquées, la mort d’animaux, des rêves et les crises présentées par les jeunes accusatrices dans la salle d’audience.

Un mouvement de tête, un regard ou une main levée peuvent être interprétés comme la cause immédiate d’une convulsion.

Une culpabilité impossible à contester

L’accusé se trouve enfermé dans un raisonnement impossible à réfuter. S’il nie les faits, son refus prouverait qu’il ment. S’il avoue, sa confession confirmerait la sorcellerie.

Enfin, s’il garde le silence, son attitude peut être considérée comme suspecte.

La justice n’évalue donc plus uniquement des actes. Elle juge des réputations, des comportements, des conflits passés et des visions surnaturelles. Le procès devient lui-même l’instrument de la croyance.

Que sont les preuves spectrales ?

Une preuve spectrale est le témoignage d’une personne affirmant avoir vu l’apparition d’un accusé la tourmenter, même lorsque celui-ci se trouvait physiquement ailleurs.

Selon une croyance admise par certains juges, le diable ne pouvait pas prendre l’apparence d’une personne sans son consentement.

Ainsi, lorsqu’une jeune fille affirmait voir le spectre d’un voisin, cette vision pouvait être utilisée contre lui.

Des preuves impossibles à vérifier

Cette théorie ne pouvait faire l’objet d’aucune vérification. Elle permettait de condamner une personne à partir d’une expérience connue uniquement de son accusateur.

Les archives judiciaires originales montrent l’ampleur de cette dérive.

L’acceptation des preuves spectrales illustre ce qui arrive lorsqu’une institution renonce à distinguer la conviction personnelle de la démonstration factuelle.

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Panneau du Salem Witch Trials Memorial, mémorial inauguré en 1992 à Salem en hommage aux vingt victimes exécutées lors des procès de sorcellerie de 1692

Le mémorial de Salem, inauguré en 1992. Photo Christine Zenino, CC BY 2.0.

Combien de personnes furent exécutées lors des procès de Salem ?

Vingt personnes furent exécutées à Salem : dix-neuf pendues, quatorze femmes et cinq hommes, et Giles Corey, écrasé sous des pierres. Plusieurs autres accusés moururent en prison. Aucune ne fut brûlée.

Dix-neuf condamnés à la pendaison

Dix-neuf personnes furent pendues en 1692 : quatorze femmes et cinq hommes. Les exécutions eurent lieu au cours de l’été et de l’automne.

Parmi les personnes exécutées figuraient notamment Bridget Bishop, Rebecca Nurse, Sarah Good, George Burroughs et John Proctor.

Le lieu exact des pendaisons est resté incertain pendant plus de trois siècles. En 2016, des chercheurs l’ont identifié à Proctor’s Ledge, une petite butte rocheuse de Salem où un mémorial a été inauguré en 2017.

La mort de Giles Corey

Giles Corey, âgé d’environ quatre-vingts ans, connut un sort différent. Il refusa de plaider coupable ou non coupable, ce qui empêchait le tribunal de le juger selon la procédure en vigueur.

Les autorités tentèrent de le contraindre à répondre en déposant progressivement de lourdes pierres sur son corps. Giles Corey mourut le 19 septembre 1692 après plusieurs jours de supplice.

Les morts survenues en prison

Plusieurs personnes moururent également en détention à cause de la maladie, de l’épuisement ou des conditions d’incarcération. Sarah Osborne figure parmi ces victimes.

Une pétition de prisonniers conservée par la Bibliothèque du Congrès témoigne des longues détentions et de la situation des accusés enfermés sans jugement.

Les sorcières de Salem ont-elles été brûlées ?

Non. Aucune personne condamnée pendant les procès de Salem ne fut brûlée vive. Les dix-neuf condamnés à mort furent pendus. Giles Corey fut écrasé sous des pierres et d’autres accusés moururent en prison.

La confusion avec le bûcher provient principalement des chasses aux sorcières européennes, où certaines condamnations furent exécutées par le feu. Cette pratique ne correspond pas aux exécutions de Salem. Dans les contes russes, la sorcière a gardé un visage bien plus ambigu, jamais jugé par aucun tribunal : Baba Yaga, à la fois ogresse et gardienne de la forêt.

Comment les procès des sorcières de Salem ont-ils pris fin ?

Les procès de Salem ont pris fin quand les preuves spectrales ont été rejetées. Le gouverneur Phips dissout le tribunal spécial le 29 octobre 1692, et la nouvelle cour acquitte presque tous les accusés jusqu’en mai 1693.

Les premières critiques contre le tribunal

À l’automne 1692, les accusations commencent à atteindre des personnes de plus en plus influentes. Parallèlement, des religieux et des intellectuels dénoncent l’usage des preuves spectrales.

Portrait d’Increase Mather en 1680, pasteur puritain de Boston qui mit en garde contre les preuves spectrales et contribua à la fin des procès des sorcières de Salem en 1692

Increase Mather, qui s’éleva contre les preuves spectrales.

Increase Mather met en garde contre une justice fondée sur des apparitions impossibles à vérifier. Thomas Brattle critique également le déroulement des procédures.

Peu à peu, le doute gagne la population. L’ampleur des arrestations devient difficile à ignorer et la crédibilité des accusatrices commence à s’affaiblir.

La dissolution du tribunal spécial

Le 29 octobre 1692, le gouverneur William Phips dissout la Court of Oyer and Terminer. Contrairement à ce que certains récits affirment, il ne prononce pas immédiatement une amnistie générale libérant tous les prisonniers.

Plusieurs accusés restent détenus et doivent encore comparaître devant une nouvelle juridiction.

Une nouvelle cour et des acquittements

En janvier 1693, la Superior Court of Judicature commence à examiner les dossiers restants. Cette fois, les preuves spectrales ne sont plus retenues comme démonstration suffisante de culpabilité.

La majorité des accusés encore jugés sont acquittés. Les autres sont ensuite graciés. Lorsque les dernières affaires sont examinées en mai 1693, aucune nouvelle condamnation pour sorcellerie n’est prononcée.

Portrait du juge Samuel Sewall par John Smibert : l’un des juges des procès des sorcières de Salem, qui reconnut publiquement sa responsabilité en 1697

Le juge Samuel Sewall, qui demanda pardon en 1697.

Comment les victimes de Salem ont-elles été réhabilitées ?

La réhabilitation des victimes de Salem a pris plus de trois siècles : des excuses du juge Sewall en 1697 aux réparations de 1711, puis aux déclarations du Massachusetts en 1957 et en 2001, jusqu’à la dernière accusée innocentée en 2022.

Les premiers aveux de responsabilité

La reconnaissance de l’injustice ne fut ni immédiate ni complète. En 1697, le juge Samuel Sewall, qui avait participé au tribunal spécial, reconnut publiquement sa responsabilité.

Durant une journée de jeûne et de repentance, une déclaration fut lue en son nom. Douze jurés reconnurent également avoir contribué à la condamnation de personnes innocentes.

En 1706, Ann Putnam Jr., l’une des principales accusatrices, exprima à son tour ses regrets devant sa communauté.

Les premières réparations officielles

En 1711, les autorités coloniales rétablirent les droits et la réputation de plusieurs condamnés. Des indemnisations furent également accordées à certaines familles.

Cependant, toutes les victimes ne furent pas nommément réhabilitées. Plusieurs familles durent poursuivre leurs démarches pendant de nombreuses années.

Une réhabilitation poursuivie jusqu’au XXIᵉ siècle

Il fallut attendre 1957 pour que le Massachusetts publie une déclaration officielle reconnaissant le caractère injuste des procédures. La page historique du Massachusetts Trial Court retrace ces démarches.

En 2001, une nouvelle loi ajouta les noms de plusieurs femmes qui n’avaient pas été explicitement incluses dans les textes précédents. La réhabilitation des victimes de Salem s’est donc étendue sur plus de trois siècles.

Le dernier chapitre s’est écrit en 2022.

Grâce à une classe de collégiens et à leur professeure, Elizabeth Johnson Jr., condamnée à mort en 1693 puis graciée sans jamais être innocentée, a enfin été officiellement disculpée, 329 ans plus tard.

Les personnes accusées étaient-elles réellement des sorcières ?

Non, rien ne prouve que les accusés de Salem étaient des sorcières. Aucune archive ne démontre un pacte avec le diable ni une pratique occulte chez les personnes exécutées.

Il est plus juste de parler de personnes accusées de sorcellerie.

Ce que révèlent réellement les archives

Aucune preuve historique ne démontre que les personnes exécutées pratiquaient réellement la sorcellerie. Cette distinction est essentielle pour comprendre l’affaire.

La chasse aux sorcières est-elle révolue ? Lisez ma chronique.

Certaines personnes pouvaient avoir recours à des remèdes populaires, croire aux présages ou partager les superstitions de leur époque.

Cependant, cela ne prouve ni l’existence d’un pacte avec le diable ni la participation à des cérémonies occultes.

Il est donc plus juste de parler des « personnes accusées de sorcellerie à Salem ».

Cette prudence rejoint la distinction que je développe entre voyance et magie : un imaginaire collectif ne doit jamais être confondu avec une preuve.

Le cas du pasteur George Burroughs

Le pasteur George Burroughs fut pendu le 19 août 1692. Avant son exécution, il récita publiquement le Notre Père.

Or une croyance populaire affirmait qu’une véritable sorcière était incapable de prononcer correctement cette prière. La foule fut profondément troublée. Pourtant, même cette démonstration ne suffit pas à interrompre l’exécution.

Une histoire qui vous trouble, une question qui revient sans cesse ?

Les grandes affaires du passé réveillent souvent ce que l’on ressent sans pouvoir l’expliquer. Si une question sur votre avenir vous travaille, nos médiums et voyants vous écoutent par téléphone, 24h/24, en toute discrétion.

Épi de seigle porteur d’ergot (Claviceps purpurea), champignon parasite parfois avancé pour expliquer les crises des jeunes filles de Salem en 1692, une théorie controversée

L’ergot de seigle : une piste souvent citée, jamais prouvée. Photo CC0.

Quelles sont les explications modernes des événements de Salem ?

Aucune cause unique n’explique Salem. Les historiens retiennent une combinaison de facteurs : panique morale, pouvoir soudain donné aux accusatrices, conflits sociaux, guerre et traumatismes.

L’ergot de seigle reste une théorie controversée.

La panique morale et la dynamique de groupe

Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer les symptômes des jeunes filles et la propagation des accusations. Toutefois, aucune cause unique ne permet de résumer l’ensemble de la crise.

L’explication la plus solide repose sur une combinaison de facteurs sociaux, religieux et psychologiques.

Dans une société où les récits de possession sont connus, une première crise interprétée comme surnaturelle peut entraîner imitation, suggestion et pression collective.

Un pouvoir soudain accordé aux accusatrices

Les accusations donnent brusquement une forme de pouvoir à des jeunes filles qui en possèdent très peu dans la société puritaine. Les adultes, les religieux et les magistrats prêtent attention à leurs paroles.

Cette dynamique ne signifie pas nécessairement que toutes mentent consciemment.

Certaines ont pu croire à leurs visions, d’autres reproduire des comportements observés et quelques-unes utiliser le système pour régler des conflits personnels.

Les conflits sociaux, la guerre et les traumatismes

Les tensions entre familles, les conflits de propriété et l’organisation religieuse de Salem Village jouent également un rôle. À cela s’ajoutent la guerre, les déplacements de population, la variole et les difficultés économiques.

Lorsque la société ne parvient plus à expliquer ses malheurs, elle peut être tentée de désigner un ennemi intérieur. À Salem, cet ennemi prend la forme de la sorcière.

L’ergot de seigle : une théorie controversée

Une hypothèse médicale a attribué les convulsions et les hallucinations à l’ergot de seigle, un champignon parasite susceptible de contaminer les céréales.

L’ergotisme peut provoquer des spasmes, des douleurs et des troubles neurologiques.

Cependant, les symptômes rapportés ne correspondent pas tous à une intoxication collective et les crises semblent parfois dépendre du contexte judiciaire.

Il est donc incorrect de présenter l’ergot de seigle comme une explication certaine ou comme l’hypothèse scientifique définitivement retenue.

Peut-on poser un diagnostic trois siècles plus tard ?

Il faut rester prudent. Aucun médecin ne peut aujourd’hui poser un diagnostic fiable sur des personnes décédées au XVIIᵉ siècle à partir de récits incomplets, rédigés dans un contexte religieux et judiciaire particulier.

Des maladies neurologiques, des troubles dissociatifs, des traumatismes ou des crises psychogènes ont été évoqués. Néanmoins, ces hypothèses ne peuvent pas être confirmées.

L’explication la plus rigoureuse reste donc multifactorielle : comportements inexpliqués, croyances religieuses, tensions sociales, justice défaillante et contagion collective.

Quels sont les principaux mythes sur les sorcières de Salem ?

Les cinq mythes les plus répandus sur Salem sont faux : les victimes n’étaient pas toutes des femmes, personne ne fut brûlé, aucune n’était sorcière, tout ne s’est pas passé dans la ville actuelle de Salem, et les procès ne se sont pas arrêtés en octobre 1692.

Cinq idées reçues à corriger

L’histoire de Salem a été tellement adaptée et transformée que plusieurs erreurs sont encore répétées. Le tableau suivant distingue les principaux mythes de la réalité établie par les archives.

Les sorcières de La Nouvelle-Orléans : une autre histoire, à lire ici.

Sorcières de Salem : mythes et réalités

Idée reçueRéalité historique
Toutes les victimes étaient des femmes.Des hommes furent également accusés et cinq hommes figurent parmi les dix-neuf personnes pendues.
Les condamnés furent brûlés sur un bûcher.Les dix-neuf condamnés furent pendus. Giles Corey mourut écrasé sous des pierres après avoir refusé de plaider devant le tribunal.
Les personnes accusées pratiquaient réellement la sorcellerie.Aucune preuve historique sérieuse ne démontre l’existence d’un pacte démoniaque ou la pratique de rituels occultes par les personnes exécutées.
Toute l’affaire se déroula dans la ville actuelle de Salem.La crise commença principalement à Salem Village, aujourd’hui Danvers, avant de se propager dans plusieurs localités du Massachusetts.
Les procès cessèrent définitivement en octobre 1692.Le tribunal spécial fut dissous en octobre 1692, mais une nouvelle cour examina encore les dernières affaires jusqu’en mai 1693.

Pourquoi ces erreurs persistent-elles ?

Les œuvres de fiction cherchent à produire une image immédiatement compréhensible.

Le bûcher, la femme vêtue de noir et le rituel nocturne appartiennent ainsi à un imaginaire européen plus large, mais ne décrivent pas fidèlement les procès du Massachusetts.

Comparer Salem à d’autres traditions, comme les sorcières de La Nouvelle-Orléans, peut être intéressant à condition de ne pas mélanger des périodes, des cultures et des pratiques très différentes.

Portrait d’Arthur Miller en 1966, dramaturge américain auteur de la pièce The Crucible, Les Sorcières de Salem, créée en 1953 et adaptée au cinéma en 1957 et en 1996

Arthur Miller, auteur des Sorcières de Salem, 1953. Photo CC0.

Les Sorcières de Salem d’Arthur Miller : la pièce, le livre et les films

Les Sorcières de Salem est d’abord une pièce de théâtre, The Crucible, écrite par Arthur Miller en 1953. Elle a été adaptée au cinéma en 1957 par Raymond Rouleau, puis en 1996 sous le titre La Chasse aux sorcières.

C’est une fiction inspirée des faits, pas un récit historique fidèle.

L’affaire de Salem dépasse rapidement le cadre de l’histoire judiciaire. Au fil des siècles, elle devient une référence utilisée pour dénoncer les accusations sans preuve, la persécution politique et les emballements collectifs.

Arthur Miller et la dénonciation du maccarthysme

En 1953, Arthur Miller publie la pièce The Crucible, connue en français sous le titre Les Sorcières de Salem. L’auteur utilise les événements de 1692 pour critiquer le maccarthysme aux États-Unis.

La pièce établit un parallèle entre deux périodes durant lesquelles la dénonciation et la suspicion suffisent à détruire une réputation ou une carrière.

Miller sait de quoi il parle : quelques années plus tard, il est lui-même convoqué devant une commission parlementaire et refuse de dénoncer d’autres artistes.

Les Sorcières de Salem : le résumé de la pièce

Tout part d’une nuit dans les bois, où le pasteur Parris surprend des jeunes filles en train de danser. Pour échapper à la punition, Abigail Williams et ses amies se disent ensorcelées, puis accusent des habitants du village.

Abigail a eu une liaison avec le fermier John Proctor, chez qui elle était servante. Éconduite, elle profite de la panique pour accuser sa femme, Elizabeth Proctor.

Proctor tente de dénoncer la supercherie devant le tribunal, mais il est accusé à son tour.

Au dernier acte, on lui propose de sauver sa vie en signant de faux aveux. Il refuse de voir son nom affiché sur la porte de l’église, déchire sa confession, et marche vers la potence.

Le livre et la pièce : fiction ou histoire vraie ?

Si vous cherchez le livre, sachez que la pièce se lit très bien en français, sous le titre Les Sorcières de Salem. Mais gardez en tête que Miller a pris des libertés avec l’histoire.

Dans la réalité, Abigail Williams avait onze ans et John Proctor environ soixante. Leur liaison est une invention du dramaturge. Le juge Danforth, lui, rassemble plusieurs magistrats réels.

Les grandes lignes sont exactes, les intrigues personnelles appartiennent à la fiction.

Le cinéma et la transmission du mythe

En France, la pièce est d’abord adaptée au théâtre par Marcel Aymé en 1954, avec Yves Montand et Simone Signoret. Puis Raymond Rouleau l’adapte au cinéma.

Sorti en 1957, le film, dont Jean-Paul Sartre signe l’adaptation, réunit notamment Simone Signoret, Yves Montand et Mylène Demongeot.

En 1996, Nicholas Hytner tourne une nouvelle version, La Chasse aux sorcières, avec Daniel Day-Lewis en John Proctor, Winona Ryder en Abigail et Joan Allen en Elizabeth Proctor. Arthur Miller en écrit lui-même le scénario.

Cependant, les œuvres de fiction prennent parfois des libertés avec les événements et les personnages. Elles doivent donc être clairement distinguées des archives judiciaires.

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La pièce, le livre et les films en un coup d’œil

ŒuvreCe qu’il faut savoir
The Crucible, 1953La pièce d’Arthur Miller, créée à Broadway en janvier 1953. Une allégorie du maccarthysme, devenue un classique étudié dans le monde entier.
Les Sorcières de Salem, théâtre, 1954L’adaptation française de Marcel Aymé, jouée à Paris avec Yves Montand et Simone Signoret.
Les Sorcières de Salem, film, 1957Le film de Raymond Rouleau, adapté par Jean-Paul Sartre, avec Simone Signoret, Yves Montand et Mylène Demongeot.
La Chasse aux sorcières, film, 1996Le film de Nicholas Hytner, scénario d’Arthur Miller lui-même, avec Daniel Day-Lewis, Winona Ryder et Joan Allen.

Quelle lecture spirituelle peut-on faire des sorcières de Salem ?

La partie qui suit exprime mon ressenti personnel de médium. Elle ne constitue pas une démonstration historique et ne prétend pas remplacer le travail des chercheurs.

Lorsque je me connecte symboliquement à l’histoire de Salem, je ne ressens pas une communauté de sorcières maléfiques. Je ressens surtout des êtres humains enfermés dans une énergie de peur, de jugement et d’impuissance.

Une mémoire collective encore chargée

Je ressens également la violence du silence : celui des accusés que personne ne voulait écouter, celui des familles contraintes d’assister à la destruction de leurs proches et celui d’une communauté qui dut ensuite vivre avec le poids de ses actes.

The Cage, la maison la plus hantée d’Angleterre, ancienne prison de sorcières : lecture spirituelle de Sophie Vitali, médium

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Le message spirituel des victimes de Salem

À mes yeux, les âmes de Salem portent un message qui dépasse la sorcellerie. Elles nous demandent de regarder ce qui arrive lorsque nous cessons de vérifier, d’écouter et de penser par nous-mêmes.

D’un point de vue spirituel, la peur est une énergie qui se transmet. Elle se nourrit des rumeurs, des blessures et des frustrations.

Lorsqu’elle devient collective, elle peut pousser des personnes ordinaires à commettre des actes qu’elles auraient auparavant jugés impossibles.

Quand la religion devient un instrument de domination

Salem représente, selon moi, la mémoire d’un profond déséquilibre. La religion n’y est plus utilisée pour élever l’être humain, mais pour justifier la domination et la condamnation.

La justice ne protège plus les innocents. Elle devient l’instrument d’une croyance devenue incontrôlable.

Cependant, je ne crois pas que la leçon de Salem consiste à opposer la spiritualité et la raison. Bien au contraire, une spiritualité saine doit rester accompagnée de discernement, de responsabilité et d’éthique.

Ressentir ne signifie pas condamner

Croire ne signifie pas condamner sans preuve. Ressentir ne signifie pas imposer son ressenti comme une vérité absolue. De la même manière, pratiquer la médiumnité ne dispense jamais d’humilité.

Pour moi, un ressenti doit être présenté comme tel. Il ne peut pas être utilisé pour accuser, manipuler ou effrayer une personne.

C’est précisément cette distinction qui sépare une pratique spirituelle responsable d’un discours fondé sur la peur. Elle doit également guider toute personne qui souhaite développer sa médiumnité.

L’intuition, longtemps soupçonnée : lisez mon article sur l’intuition féminine.

Pourquoi l’histoire de Salem résonne-t-elle encore auprès des médiums ?

Plus de trois siècles après les procès, la médiumnité continue d’être entourée de préjugés. Les médiums sont parfois réduits à des caricatures : charlatans, manipulateurs ou personnes associées à des forces obscures.

Des préjugés toujours présents

Notre époque ne peut évidemment pas être comparée directement à celle de Salem. Les médiums ne risquent plus d’être conduits devant un tribunal pour sorcellerie. Il serait donc excessif d’établir une équivalence historique.

Néanmoins, le mécanisme du jugement sans connaissance subsiste. Il suffit parfois qu’une personne évoque son intuition et son ressenti pour qu’elle soit immédiatement tournée en ridicule.

Assumer sa médiumnité sans renoncer à l’éthique

En tant que médium, je connais cette difficulté. Assumer sa médiumnité, c’est accepter d’être observée, questionnée et parfois jugée par des personnes qui ne connaissent ni notre parcours ni notre pratique.

Pourtant, la médiumnité, telle que je la conçois, ne repose pas sur la peur. Elle doit apporter de la compréhension, de l’apaisement et de la clarté.

Elle exige également de la transparence, de la mesure et une éthique irréprochable.

La critique ne doit pas être confondue avec la persécution

Défendre la liberté spirituelle ne signifie pas refuser toute critique. Au contraire, les critiques légitimes permettent d’identifier les dérives, de responsabiliser les praticiens et de protéger le public.

En revanche, condamner systématiquement ce que l’on ne comprend pas revient à répéter l’un des mécanismes fondamentaux de Salem : transformer la différence en menace.

Que nous enseigne aujourd’hui l’histoire des sorcières de Salem ?

Salem nous enseigne qu’une accusation n’est jamais une preuve. Elle montre aussi que les premières victimes sont toujours les plus vulnérables, et qu’une injustice tolérée finit par menacer toute la société.

Une accusation n’est jamais une preuve

Les procès de Salem nous rappellent d’abord qu’une accusation n’est pas une preuve.

Ils montrent également que les institutions peuvent se tromper lorsque leurs décisions sont guidées par la peur, la pression sociale ou une idéologie dominante.

La maison de Rebecca Nurse à Danvers, l’ancien Salem Village, dans le Massachusetts : la femme de 71 ans déclarée non coupable puis pendue en 1692 lors des procès des sorcières de Salem

La maison de Rebecca Nurse, à Danvers. Photo Fletcher, CC BY 4.0.

Lorsque les procédures de contrôle disparaissent, la conviction personnelle peut prendre la place de la vérité.

Les premières victimes sont souvent les plus vulnérables

L’affaire révèle aussi la facilité avec laquelle une communauté peut désigner des boucs émissaires. Les premières personnes accusées étaient vulnérables et disposaient de peu de moyens pour se défendre.

Ensuite, lorsque le système s’est installé, il a fini par atteindre toutes les catégories sociales. Personne ne pouvait plus être certain d’échapper à une dénonciation.

Une injustice finit toujours par dépasser ses premières victimes

C’est probablement là que réside la leçon la plus actuelle de Salem. Une injustice tolérée parce qu’elle frappe d’abord les personnes marginalisées finit toujours par menacer l’ensemble de la société.

Le silence, l’indifférence ou la peur de prendre position permettent au mécanisme de se renforcer. Se souvenir de Salem, c’est donc aussi apprendre à reconnaître les premiers signes d’un emballement collectif.

La Witch House de Salem vers 1906, maison du juge Jonathan Corwin, seul bâtiment de Salem encore debout directement lié aux procès des sorcières de 1692

La Witch House, maison du juge Jonathan Corwin, vers 1906.

Conclusion : Salem ou le prix du jugement sans preuve

Les sorcières de Salem n’étaient pas les créatures maléfiques décrites par leurs accusateurs. Elles étaient des femmes et des hommes pris au piège d’une société dominée par la peur.

Plus de 200 personnes furent mises en cause. Dix-neuf furent pendues. Giles Corey mourut sous le poids des pierres. D’autres ne survécurent pas à la prison.

Le discernement avant la condamnation

Derrière ces chiffres se trouvent des familles brisées, des réputations détruites et des vies sacrifiées au nom de certitudes qui ne reposaient sur aucune preuve vérifiable.

Le discernement et la compassion comme héritage

En tant que médium, cette histoire me touche profondément. Elle interroge notre rapport à l’invisible, mais aussi notre responsabilité face à ce que nous affirmons.

Une perception, une croyance ou une conviction personnelle ne doit jamais devenir une arme contre autrui.

Salem nous demande donc de préserver deux qualités essentielles : le discernement et la compassion. Le discernement nous oblige à vérifier les faits avant de juger.

La compassion nous rappelle qu’aucune peur collective ne justifie l’humiliation, la persécution ou la mise à l’écart d’un être humain.

Aujourd’hui encore, chaque époque peut connaître son propre « Salem » lorsque la rumeur remplace la preuve et que la différence devient suspecte.

Se souvenir des victimes, ce n’est pas entretenir une légende. C’est refuser que la peur ait, une nouvelle fois, le dernier mot.

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En résumé : les sorcières de Salem en quelques lignes

En résumé : Les sorcières de Salem désignent les personnes accusées de sorcellerie dans la colonie du Massachusetts entre janvier 1692 et mai 1693. Tout commence à Salem Village, aujourd’hui Danvers, avec les crises de Betty Parris et d’Abigail Williams. Les premières accusées sont Sarah Good, Sarah Osborne et Tituba. Le tribunal spécial créé par le gouverneur Phips condamne sur la foi de preuves spectrales : plus de 200 personnes sont mises en cause, 19 sont pendues, Giles Corey meurt écrasé sous des pierres et plusieurs accusés meurent en prison. Personne ne fut brûlé.

Le tribunal est dissous le 29 octobre 1692 et les derniers procès s’achèvent en mai 1693 sans nouvelle condamnation. Le juge Samuel Sewall demande pardon en 1697, des réparations suivent en 1711, et la dernière accusée, Elizabeth Johnson Jr., est innocentée en 2022. L’affaire a inspiré la pièce The Crucible d’Arthur Miller (1953), adaptée au cinéma en 1957 et en 1996.

Sources et méthode : les faits historiques de cet article ont été vérifiés à partir de sources institutionnelles et d’archives universitaires : Massachusetts Trial Court Law Libraries, droit applicable aux procès de 1692 ; Mass.gov, archives judiciaires originales des procès de Salem ; Library of Congress, Witchcraft in Salem ; Salem Witch Trials Documentary Archive, Université de Virginie ; Library of Congress, pétition de prisonniers accusés de sorcellerie ; NPR, la réhabilitation d’Elizabeth Johnson Jr.. Dernière vérification éditoriale : octobre 2026.

Pour aller plus loin, je vous explique la signification spirituelle des symboles d’Halloween : citrouille, chat noir, sorcière, fantômes et chauves-souris.

FAQ : les sorcières de Salem, histoire vraie, procès, pièce et film

Les réponses courtes aux questions les plus posées sur les sorcières de Salem, les procès de 1692, la pièce d’Arthur Miller et ses adaptations au cinéma.

Qui étaient réellement les sorcières de Salem ?

Les « sorcières de Salem » étaient des femmes et des hommes accusés de sorcellerie dans le Massachusetts entre 1692 et 1693. Aucune preuve historique sérieuse ne démontre que les personnes exécutées pratiquaient réellement la magie. Elles furent surtout victimes de rumeurs, de conflits sociaux, de croyances religieuses et d’une justice fondée sur des témoignages invérifiables.

Les sorcières de Salem, est-ce une histoire vraie ?

Oui. Les procès des sorcières de Salem ont réellement eu lieu en 1692 et 1693 dans la colonie du Massachusetts. Les archives judiciaires originales sont conservées et consultables. En revanche, les personnes accusées n’étaient pas des sorcières : elles furent condamnées sans preuve.

Pourquoi les procès des sorcières de Salem ont-ils commencé ?

Les procès commencèrent après les crises inexpliquées de Betty Parris et Abigail Williams, deux jeunes filles de Salem Village. Pressées de désigner des responsables, elles accusèrent Sarah Good, Sarah Osborne et Tituba. Les accusations se propagèrent ensuite dans un contexte marqué par les tensions religieuses, les conflits familiaux, la guerre, les maladies et la peur du diable.

Qui était Tituba ?

Tituba était une femme asservie au service du révérend Samuel Parris, pasteur de Salem Village. Accusée parmi les trois premières, elle finit par avouer un pacte avec le diable sous une forte pression et désigna d’autres complices. Ses origines exactes restent débattues par les historiens.

Combien de personnes ont été exécutées à Salem ?

Dix-neuf personnes furent pendues pour sorcellerie en 1692. Giles Corey mourut écrasé sous des pierres après avoir refusé de plaider devant le tribunal. Plusieurs autres personnes moururent en prison. Plus de 200 personnes furent accusées ou soupçonnées et plus de 150 furent incarcérées durant la crise.

Les sorcières de Salem ont-elles été brûlées vives ?

Non. Aucune victime des procès de Salem ne fut brûlée vive. Les dix-neuf personnes condamnées à mort furent pendues. Giles Corey fut écrasé sous des pierres et plusieurs autres accusés moururent en détention. Le mythe du bûcher vient surtout d’une confusion avec certaines chasses aux sorcières organisées en Europe.

Qu’est-ce qu’une preuve spectrale ?

Une preuve spectrale est le témoignage d’une personne affirmant avoir vu le spectre d’un accusé la tourmenter, alors que celui-ci se trouvait ailleurs. Impossible à vérifier, elle fut pourtant admise par le tribunal de Salem en 1692, avant d’être rejetée à l’automne.

Comment les procès des sorcières de Salem ont-ils pris fin ?

Le gouverneur William Phips dissout le tribunal spécial le 29 octobre 1692. Une nouvelle cour examina les dossiers restants à partir de janvier 1693 sans retenir les preuves spectrales comme démonstration suffisante de culpabilité. La plupart des accusés furent acquittés et les autres furent graciés. Les dernières affaires prirent fin en mai 1693.

Les victimes de Salem ont-elles été réhabilitées ?

Oui, mais très lentement. Le juge Samuel Sewall reconnut ses torts en 1697, des réparations furent accordées en 1711, le Massachusetts publia des déclarations en 1957 et en 2001. La dernière accusée, Elizabeth Johnson Jr., n’a été officiellement innocentée qu’en 2022.

Où se trouve Salem Village aujourd’hui ?

Salem Village correspond aujourd’hui à la ville de Danvers, dans le Massachusetts, distincte de la ville actuelle de Salem. La crise y commença avant de s’étendre à Salem Town, Andover, Ipswich et d’autres localités.

Qui a écrit Les Sorcières de Salem ?

Les Sorcières de Salem est la traduction française de The Crucible, une pièce de théâtre écrite par le dramaturge américain Arthur Miller et créée en 1953. Miller y transpose les procès de 1692 pour dénoncer le maccarthysme. En France, elle a été adaptée par Marcel Aymé en 1954.

Quel est le résumé des Sorcières de Salem d’Arthur Miller ?

Pour échapper à une punition, Abigail Williams et d’autres jeunes filles se disent ensorcelées et accusent des villageois. Abigail, ancienne maîtresse du fermier John Proctor, accuse sa femme Elizabeth. Proctor tente de révéler la supercherie, est accusé à son tour, et préfère la potence à de faux aveux.

Quels films ont été tirés des Sorcières de Salem ?

Deux films majeurs : Les Sorcières de Salem (1957) de Raymond Rouleau, adapté par Jean-Paul Sartre, avec Simone Signoret, Yves Montand et Mylène Demongeot, et La Chasse aux sorcières (1996) de Nicholas Hytner, avec Daniel Day-Lewis, Winona Ryder et Joan Allen, sur un scénario d’Arthur Miller.