Les zombies : Mythe et vaudou dans les caraïbes

 

Aujourd’hui, e vous propose de voyager au pays des zombies et de la magie sur la presqu’ile d’Haïti !

Le vaudou est pratiqué par des “prêtres” ou sorciers appelés les Bokors ou bòkò, ils croient en un créateur suprême distant et inconnu appelé Bondye (du français Bon Dieu) . Ces sorciers « les bòkò » prétendent pouvoir tirer de leur tombe les morts pour en faire des serviteurs.

Originaires de ce qui est aujourd’hui le Bénin, ces pratiques religieuses du vaudou contemporain sont étroitement liées celles du vaudou ouest-africain tel que pratiqué par les Fons et les Ewes. Et ce, même s’il intègre des éléments multiples : un symbolisme issu des Yorubas et Kongos, des croyances religieuses Taïnos, et même des influences spirituelles européennes incluant le catholicisme romain et le mysticisme.

Le vaudou a souvent été associé dans la culture populaire au satanisme, à la sorcellerie, aux zombies et aux poupées vaudous.

 

La création de zombies a été référencée dans la culture haïtienne rurale, mais elle ne fait pas partie du vaudou : de telles manifestations relèvent des auspices du bòkò (sorcier) plutôt que du prêtre du Loa (les Loas ou Lwa sont les esprits de la religion vaudou). La pratique de coller des épingles dans les poupées vaudoues quant à elle, est une histoire de magie populaire. Les poupées vaudoues sont souvent associées aux Hoodoo ( une spiritualité folklorique afro-américaine traditionnelle )ainsi qu’à un dispositif magique du Nkisi (statuettes appelées « fétiches », ou encore « fétiches à clous ») d’Afrique occidentale et centrale.

 

Ce culte fascine par ses rituels magiques, mais surtout parce que le vaudou est associé à la zombification.

Crapauds séchés utilisés pour la "poudre de zombies"

 

En vérité, pas tout à fait : les zombis sont, ni plus ni moins, que des victimes des bòkòrs (prêtres vaudous pratiquant la magie et la sorcellerie), qui leur a administré de la « poudre à zombi ». Cette poudre contiendrait du « poisson souffleur » ou du « puffer fish », dont la peau contient de la tétrodoxine, une toxine mortelle ; les carcasses séchées d’un crapaud pilé venimeux, contenant des hallucinogènes, des anesthésiques, et des molécules chimiques s’attaquant au cœur et au système nerveux. Ils utilisent également dans ce mélange des plantes : de l’albizzia, contenant de la saponine entrainant des troubles respiratoires. On y trouve aussi deux lézards récemment tués, un ver polychète et des os humains réduits en poudre. Cette poudre à zombi est ingérée sous forme de liquide ou est versée, le plus souvent, dans les chaussures ou sur le dos de la victime, de manière à ce qu’elle imprègne la peau.

 

La poudre à zombi entraîne des symptômes identiques à la mort cérébrale.

 

La victime du Bokor est en état de mort apparente car ses fonctions vitales sont pratiquement imperceptibles voir dysfonctionnelles. Le constat de sa mort clinique est déclaré tandis que ses capacités cérébrales continuent de fonctionner. Le futur Zombie est alors enterré. Peu de temps suivant ses obsèques (environ vers 2 h du matin) et pour éviter que le zombi meure asphyxié, le corps est exhumé.

Le bòkò est accompagné de ses aides, les « loups-garous » qui sont en général des employés du cimetière comme les maçons et des employés des services funéraires : fossoyeurs et préparateurs de corps. Ils viennent ouvrir la tombe et déterrer le zombi. On le met la tête en bas pour que le sang afflue dans le cerveau et on lui injecte un antidote. Ensuite, on le fouette avec des branchages pour enlever les crampes musculaires et ce, pour lui montrer qu’il est un esclave désormais. Une fois que le zombi retrouve sa mobilité, elle devient la chose de son maître et on lui donne un autre prénom pour balayer tout reste de sa véritable identité.

 

Le bòkò a maintenant un contrôle total sur la nouvelle vie du zombi.

 

La victime demeure généralement la tête baissée, les yeux vides de sens, avec une voix grave et un caractère de soumission totale telle un pantin. Son cerveau est complètement vide. Il perd souvent la mémoire bien que d’autres retrouvent certains de leurs souvenirs malgré leur état d’hypnose. Le mort-vivant peut entendre, il peut marcher, il peut manger mais il ne peut rien ressentir. Son discernement est réduit à néant. Il est souvent envoyé dans la région des zombis appelée Artibonite et travaillera dans les champs de canne à sucre. Traité comme les esclaves du XVIIe-XVIIIe siècle, il servira de main-d’œuvre bon marché pendant dix, vingt, parfois trente ou quarante ans.

 

Clairvius Narcisse, l’haïtien réapparut 18 ans après sa mort

Clairvius Narcisse victime de la zombification

 

 

Clairvius Narcisse déclaré mort le 2 mai 1962 des suites d’une maladie à l’hôpital Deschapelles à Haïti. Il aurait été enterré dès le lendemain de son décès dans un village près de Lestère (ville du département de l’Artibonite). En 1980, soit,18 ans plus tard, un homme aurait accosté Angelina la sœur de Clairvius Narcisse. Cet homme se serait présenté comme son frère et aurait raconté avoir été victime de zombification de la part d’un bòkò sur ordre de son propre frère à la suite d’une affaire d’héritage.

 

Il aurait raconté qu’après avoir été frotté par une « poudre de zombie »!

 

Clairvius Narcisse aurait assisté impuissant à son propre enterrement, déclarant pouvoir voir et entendre, mais ni parler, ni ressentir. Il porte une cicatrice sur la joue droite dont il dira que celle-ci lui a été causée par un clou enfoncé dans son cercueil. Après son enterrement, on l’aurait déterré puis forcé à travailler en tant qu’esclave dans une plantation avec d’autres zombies. Il affirme également qu’il aurait repris conscience après que l’un de ses bourreaux ait oublié de lui donner sa dose de drogue journalière, et ce, environ deux ans après avoir été capturé.

Ce n’est qu’avec la mort du maître zombie qu’il a pu s’échapper avec ses autres compagnons d’infortune. Clairvius Narcisse dit avoir d’abord erré de peur de rencontrer son frère et avoir attendu le décès de celui-ci avant de reprendre contact avec sa famille.

Si l’histoire de Clairvius Narcisse a été révélée dans le livre “The Serpent and the Rainbow” par Wade Davis, qui est actuellement un «explorateur en résidence» pour National Geographic. Elle n’est pas unique ! Malheureusement, les récits et témoignages d’anciens “Zombis” sont fréquents et n’ont pas diminuer avec les années.

 

Les zombis existent vraiment !

 

Il y a trois catégories de zombis en Haïti :

 

Les premiers sont les zombis criminels jugés et convoqués 7 fois devant un “tribunal” par une société secrète. Ils sont considérés comme des individus dangereux pour la société. Ainsi, pour pallier à lenteur du système judiciaire lié aux catastrophes naturelles récurrentes, les Haïtiens optent pour un moyen plus rapide et expéditif, et ce, afin “d’empêcher les criminels de nuire”. Ces sociétés secrètes infligent une peine annoncée comme pire que la mort : la zombification. Ces organisations sont nombreuses dans le pays et travaillent en marge de la religion vaudoue. Résultat : l’accusé complètement dénué de réflexion est ainsi en errance éternelle.

Les seconds sont les zombis rituels, ils sont victimes des sorciers bòkòrs qui se chargent de les tuer symboliquement lors de cérémonies très impressionnantes. La demande peut venir de n’importe qui souhaitent se débarrasser d’une belle-fille encombrante, d’un frère gênant empêchant d’hériter de la totalité de la fortune familiale ou d’accusations avérées ou non d’adultère d’un époux ou d’une épouse offensé.

Les derniers sont les zombis sociaux destinés à remplacer un membre important disparu dans une famille. On fait passer le zombi pour cette personne en changeant son prénom, son aspect physique : coupe de cheveux, tatouages et en lui créant de nouveaux souvenirs. Toute la famille a conscience que ce n’est pas la personne disparue, mais ne fera aucune allusion ou remarque … Ils vivront ainsi avec un zombi

Un décor de carte postale assombri par un millier de “décès” par zombification chaque année.

 

Vous doutez encore de la véritable existence des zombies ?

 

 

Alors comment expliquer la présence de la zombification dans les textes de loi du code pénal haïtien ? En effet, l’article 246 stipule qu’il « Est aussi qualifié attentat à la vie d’une personne, par empoisonnement, l’emploi qui sera fait contre elle de substances qui sans donner la mort, auront produit un état léthargique plus ou moins prolongé […]. Si, par suite de cet état léthargique, la personne a été inhumée, l’attentat sera qualifié assassinat. »

Un problème juridique se pose dans la matérialisation de ce fait. Selon Jean Renel Sénatus, ancien chef de parquet et parlementaire : « L’absence de cadre légal fait défaut au commissaire du gouvernement pour poursuivre un “zombificateur”. Le second problème d’après lui, est la problématique de la preuve par-devant les tribunaux. « Prouver la zombification n’est pas chose facile, reconnaît-il. Ce processus engendre également un problème pour le chef du parquet puisque la zombification possède un côté abstrait ».

Un phénomène non-palpable et pourtant réel !

Le troisième problème, certainement le plus complexe, est la reconnaissance juridique du zombi. « Une personne décédée est reconnue juridiquement morte par un acte de décès » explique-t-il. Dès sa réapparition, il lui faudrait légalement un acte juridique pouvant lui reconnaître comme étant un sujet de droit, souligne-t-il. Pour pallier à ce vide juridique, l’ancien commissaire du parquet de Port-au-Prince souligne qu’il fait le plaidoyer pour la reconnaissance juridique du zombi et propose ce qu’il appelle « un acte de notoriété de réapparition » comme acte civil.

 

Qui sont les mystérieux sorciers “Bòkò” ?

Baron samedi - film

James Bond 007: Baron Samedi (Geoffrey Holder)

 

Les bokorsbocors ou bòkò dans la religion vaudou sont des sorciers qui louent leurs services. On dit d’eux qu’ils “servent les lwas des deux mains”, ce qui veut dire qu’ils pratiquent à la fois la magie noire et la magie bénéfique. Leur magie noire inclut la création des zombies et celle des “wangas“, des talismans qui abritent des esprits. Ils ont ainsi participé à assombrir la réputation du vaudou.

La religion vaudou est originaire d’Haïti, ayant été fusionnée à partir d’une union difficile d’éléments africains et catholiques romains. Dans ce cas, il existe une vraie confusion entre « bokor », équivalents de « marabout » ou « guérisseur » dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne communément appelée Afrique noire et le bokor sorcier vaudou de l’île.

En Afrique de l’Ouest, la pratique n’a aucun lien avec la religion et se réfère à des herboristes ou guérisseurs. Ce sont des voyants, des charlatans pour les moins crédibles, ou des thérapeutes traditionnels qui ont une clientèle discrète et abondante. Alors qu’en Haïti, les « bokhor » et les « nganga » sont assimilés à des vodouisants.

On peut soutenir que la principale activité des houngans et du mambo (prêtresse) est la guérison. La guérison vaudoue est une fusion de la phytothérapie, la guérison par la foi et, de plus en plus, la médecine occidentale moderne.

Le vaudou a des prêtres masculins appelés houngans et des prêtresses appelées mambo. On peut soutenir que leur principale activité est la guérison. La guérison vaudoue est une fusion de la phytothérapie, la guérison par la foi et, de plus en plus, la médecine occidentale moderne.

 

Les bokors,quand à eux sont des pratiquants de magie noire et de sorcellerie qui sont vaguement liés au vaudou. 

 

Il y a peu de contrôle hiérarchique et chaque houngan, mambo et bokor opère indépendamment. La singularité du mouvement vaudou est causée par la façon dont il s’est développé et non par un contrôle hiérarchique. Il n’y a pas d’institutions ni de prêtres suprêmes.

Les bokors figurent dans plusieurs contes et légendes haïtiennes et sont souvent associés à la création de “loups Garous” ou de zombis à l’aide d’un breuvage ou d’une potion qui plonge dans un état de catalepsie donnant l’apparence de la mort. Dans ces légendes, cette potion donne l’impression que le buveur est mort, à la suite de quoi il est enterré. 

Le bokor revient chercher le “mort-vivant” et le force à agir suivant sa volonté, par exemple pour le travail manuel. À ce point, quand la personne est sortie du tombeau et “réanimée”, ou du moins travaille pour le bokor, on peut l’appeler un zombi. Le sorcier bokor pratique également la “magie d’expédition”, il enverrait des esprits défunts pour détruire les gens.

De plus, les bokors disent travailler avec les âmes ou les esprits des zombis capturés dans un fétiche afin de renforcer le pouvoir du bokor. Ils travaillent habituellement avec les lwas Baron SamediKalfou, Papa Legba et Simbi (le lwa serpent) et dans certains cas, on dit qu’ils travaillent avec Grand Bois, le lwa de la forêt.

 

Baron samedi : une des représentation des lwas les plus célèbres du vaudou dans la littérature et au cinéma.

 

Baron Samedi est l’esprit de la Mort et le maître des cimetières où il vit. Il est vénéré le samedi d’où son nom. C’est un personnage sinistre, il est le plus grand “effrayeur” du vaudou. Toujours représenté vêtu d’un chapeau haut de forme blanc, d’un costume de soirée et avec du coton dans les narines, certainement une allusion à la préparation des défunts dans les Caraïbes.

 

En conclusion :

 

En seulement un demi-siècle d’existence, le mort-vivant a envahi notre paysage culturel et notre imaginaire. Des séries comme Walking Dead ou des films mythiques comme “Les morts vivants” ont su conquérir un public averti. Si les fans savent très bien que “ce n’est que du cinéma” quand est-il des habitants d’Haïti ?

Haïti, une ile où la zombification est un fléau fantasque pour certains et terrifiant pour d’autres… Elle est le symbole d’un peuple réduit à l’esclavagisme moderne et à une mort sociale consentie en secret.

Par Sophie Vitali

Médium et parapsychologue