Dossier histoire · Halloween sur Kurious Anima

Il s’évadait de tout. Sauf de cette nuit-là.

Des prisons, des menottes, des cercueils scellés, une cuve d’eau où il était suspendu la tête en bas. Le 31 octobre 1926, le soir d’Halloween, Harry Houdini meurt à Detroit. Avant de partir, il avait laissé à sa femme un code secret. Pour revenir, si c’était possible.

1874naissance d’Erik Weisz à Budapest, en Hongrie
1912création de la cellule de torture chinoise
31 oct.1926 : mort à Detroit, le soir d’Halloween, à 52 ans
10 ansde séances organisées par Bess pour l’attendre

En bref : Harry Houdini, né Erik Weisz à Budapest en 1874, est le plus célèbre artiste de l’évasion de l’histoire. Il est mort le 31 octobre 1926 à Detroit, à 52 ans, d’une péritonite après une appendicite aiguë, quelques jours après avoir reçu des coups de poing au ventre dans sa loge, à Montréal.

Après la mort de sa mère, il a mené une croisade contre les faux médiums. Avec sa femme Bess, il avait convenu d’un code secret, « Rosabelle, believe », pour prouver un éventuel retour. Bess l’a attendu dix ans, à chaque Halloween. Il n’est jamais revenu.

☰Sommaire de l’article15 sections, environ 14 minutes de lecture▼
  1. 01Houdini : l’homme qui s’évadait de tout est mort un soir d’Halloween
  2. 02Qui était Harry Houdini ? D’Erik Weisz au nom de Houdini
  3. 03Bess Houdini et La Métamorphose : un couple, une malle, un code
  4. 04Le roi de l’évasion : des menottes à la cellule de torture chinoise
  5. 05La mort de sa mère : le deuil qui a tout changé
  6. 06Houdini et Conan Doyle : l’amitié brisée par une séance
  7. 07La croisade de Houdini contre les faux médiums
  8. 08Margery, Scientific American et le Congrès
  9. 09Comment est mort Houdini ? Le coup de poing, l’appendicite et le 31 octobre 1926
  10. 10Le code secret « Rosabelle, believe » : la promesse de revenir
  11. 11La séance Houdini, chaque 31 octobre depuis 1936
  12. 12En vidéo : Houdini, il avait promis de revenir
  13. 13La semaine Halloween sur Kurious Anima : tous les épisodes
  14. 14En résumé : Harry Houdini en quelques lignes
  15. 15FAQ : vos questions sur Harry Houdini

Houdini : l’homme qui s’évadait de tout est mort un soir d’Halloween

Sophie Vitali, médium et experte du paranormal, et Didier Santiago, clé et menottes à la main, devant Harry Houdini enchaîné dans la cuve d’eau, avec les mots Rosabelle et Believe : Houdini, il avait promis de revenir, épisode 6 de Kurious Anima

Houdini, il avait promis de revenir : épisode 6 de notre semaine Halloween.

Le 31 octobre 1926, le soir d’Halloween, un homme de 52 ans s’éteint dans un hôpital de Detroit. Il s’est évadé de centaines de prisons et de milliers de paires de menottes. Mais cette fois, il ne s’évade pas.

Il s’appelle Harry Houdini. Et avant de mourir, il avait conclu un pacte avec sa femme, Bess : un code secret, connu d’eux seuls. Si un moyen de communiquer existait après la mort, il le lui transmettrait.

Ainsi, elle saurait que c’était bien lui, et pas un imposteur.

Avec Didier Santiago, nous lui avons consacré le sixième et dernier épisode de notre semaine Halloween sur Kurious Anima. Et le 31 octobre 2026, cela fait exactement cent ans que Houdini est mort.

Pourquoi Houdini fascine encore cent ans après sa mort ?

Parce que son histoire réunit tout ce qui nous trouble à Halloween : la mort, l’au-delà, les fantômes, et la question de ce que l’on croit. Or Houdini était un homme à part.

Il savait mieux que personne comment on fabrique une illusion.

Dans cet article, je vous raconte l’homme qui s’évadait de tout, sa mort mystérieuse, et la promesse qu’il avait faite à celle qu’il aimait.

Le dernier épisode de la série Halloween

Pour retrouver tous les symboles de la fête, lisez aussi notre dossier sur les symboles d’Halloween et leur signification spirituelle.

Qui était Harry Houdini ? D’Erik Weisz au nom de Houdini

Houdini n’est pas né Houdini. Il est né Erik Weisz, le 24 mars 1874, à Budapest, dans une famille juive. Quand il a quatre ans, la famille émigre aux États-Unis.

Son père, Mayer Samuel Weisz, devient rabbin d’une petite communauté à Appleton, dans le Wisconsin. Les services d’immigration changent l’orthographe du nom en Weiss, et le petit Erik devient Ehrich.

Une enfance pauvre, et une première évasion

Pourtant, rien n’est simple. Le père perd son poste, la famille est très pauvre et déménage plusieurs fois. Ehrich travaille très jeune : cireur de chaussures, vendeur de journaux, ouvrier dans une fabrique de cravates.

Harry Houdini en 1899, torse nu, enchaîné et menotté des poignets aux chevilles : le magicien né Erik Weisz à Budapest, futur roi de l’évasion

Harry Houdini en 1899, l’année où il se consacre aux évasions.

Vers douze ans, il fait une fugue. Sa première évasion, en quelque sorte.

Que veut dire Houdini ? L’hommage à Robert-Houdin

Le jeune garçon se passionne pour la magie. Il lit les mémoires d’un grand magicien français, Jean-Eugène Robert-Houdin, considéré comme l’un des pères de la magie moderne.

Il décide alors de prendre son nom, en ajoutant un « i » à la fin : Robert-Houdin devient Houdini.

Pour le prénom, il choisit Harry, proche de son surnom d’enfance, « Ehrie ». La plus grande star américaine de l’évasion porte donc le nom d’un magicien français.

Houdin et Houdini : le modèle renié

Ironie de l’histoire, il finira par se brouiller avec son modèle. En 1908, il publie Le Démasquage de Robert-Houdin, où il accuse le Français de s’être attribué des tours inventés par d’autres. Il a tué le père, sur le papier.

Robert-Houdin, mort depuis longtemps, ne pouvait pas se défendre, et les historiens de la magie jugent ce livre assez injuste.

Harry Houdini en quelques dates

24 mars 1874Budapest, HongrieNaissance d’Erik Weisz, dans une famille juive.
1878Appleton, WisconsinLa famille émigre aux États-Unis. Erik devient Ehrich Weiss.
1894New YorkMariage avec Bess, sa partenaire de scène.
1899Tournées américainesMartin Beck le pousse vers les évasions : naissance du « roi des menottes ».
1912Berlin, puis le mondePremière de la cellule de torture chinoise.
1913CopenhagueMort de sa mère, Cecilia. Un deuil qui le transforme.
1922Atlantic CitySéance avec les Conan Doyle, puis rupture publique.
31 oct. 1926Detroit, MichiganMort de Houdini, le soir d’Halloween.Péritonite après une appendicite
Harry Houdini et sa femme Bess Houdini, née Wilhelmina Beatrice Rahner, assis côte à côte : le couple du numéro La Métamorphose et du code secret Rosabelle

Harry et Bess Houdini, partenaires à la scène comme dans la vie.

Bess Houdini et La Métamorphose : un couple, une malle, un code

Et puis, il y a Bess. Elle s’appelle Wilhelmina Beatrice Rahner. Toute petite, elle chante et danse dans un numéro de music-hall avec ses sœurs.

Ils se rencontrent dans le milieu du spectacle, à Coney Island, à New York, et se marient en 1894. Il a vingt ans, elle environ dix-huit. Aussitôt, elle devient sa partenaire de scène.

La Métamorphose, le numéro qui dit tout de leur couple

Leur numéro le plus célèbre s’appelle La Métamorphose. Houdini est attaché, enfermé dans un sac, et le sac est placé dans une malle cadenassée. Bess monte sur la malle, tire un rideau, compte jusqu’à trois.

Quand le rideau s’ouvre, c’est Houdini qui est debout sur la malle. Et c’est Bess qu’on retrouve à l’intérieur, attachée dans le sac. En quelques secondes.

Je trouve que ce numéro dit quelque chose de leur couple : ils échangent leur place, ils se font confiance, et chacun est enfermé à son tour.

Un code verbal à retenir

Au début, ils présentent aussi des numéros de « transmission de pensée ». Sur scène, Bess devine des objets choisis par le public.

En réalité, ils utilisent un code verbal : une manière de formuler les questions qui transmet des lettres ou des chiffres.

Retenez-le bien. Car ce code reviendra à la fin de l’histoire.

Le roi de l’évasion : des menottes à la cellule de torture chinoise

Pendant des années, Houdini galère : musées de curiosités, cirques, petites salles.

Puis, en 1899, un directeur de grands théâtres de variétés, Martin Beck, le remarque et lui donne un conseil décisif : arrête les tours de cartes, concentre-toi sur les évasions.

Ça marche au-delà de tout. Houdini devient « le roi des menottes ». Dans chaque ville, il va voir la police et lance un défi : enfermez-moi, avec vos menottes, dans votre prison. Et il en sort.

Les journaux suivent, les salles se remplissent.

Harry Houdini suspendu la tête en bas, les chevilles bloquées, au-dessus de la cellule de torture chinoise, la cuve d’eau de verre et de métal de son numéro le plus célèbre

La cellule de torture chinoise, le numéro phare de Houdini à partir de 1912.

Des prisons, un bidon de lait et des rivières glacées

En janvier 1906, à Washington, il s’évade de la cellule où avait été enfermé l’assassin du président Garfield. Puis il ouvre les cellules voisines et change les prisonniers de place, pour le plaisir.

Ensuite viennent les grandes évasions : le bidon de lait rempli d’eau en 1908, où le public retient sa respiration avec lui, et les sauts depuis des ponts, menotté, dans des rivières glacées.

La cellule de torture chinoise, en 1912

C’est son numéro le plus célèbre. Imaginez un grand aquarium étroit, en verre et en métal, rempli d’eau. Houdini a les chevilles bloquées dans une planche. On le hisse, puis on le descend dans la cuve la tête en bas.

On ferme le couvercle, on tire un rideau, et l’orchestre joue.

Les secondes passent. Au bout d’un temps qui paraît interminable, le rideau s’ouvre : Houdini est là, debout, ruisselant. À côté, un assistant tenait une hache bien visible, prêt à briser la vitre.

Cela faisait partie de la mise en scène.

Pour moi, le vrai spectacle, c’était le public. Des centaines de personnes qui retiennent leur souffle en même temps, regardent leur montre et se demandent s’il faut casser la vitre.

Comment faisait Houdini ?

Pour certaines évasions, des magiciens ont donné des explications. Pour d’autres, il a emporté ses secrets. Mais une chose est sûre : il s’entraînait énormément.

Il retenait sa respiration dans sa baignoire, prenait des bains glacés et travaillait sans arrêt sa souplesse et ses doigts.

Ce n’était pas de la magie, c’était un travail physique extrême. Houdini savait exactement comment on fabrique l’illusion. Et c’est ce qui va compter pour la suite.

Un homme devenu un verbe

Il devient une immense vedette, en Amérique et en Europe. En 1910, il est l’un des premiers à piloter un avion en Australie. En 1918, à New York, il fait disparaître sur scène une éléphante, Jennie.

En 1920, un dictionnaire américain fait même entrer un nouveau verbe : houdinize, se libérer de toute entrave. Il tente aussi le cinéma, avec sa propre société de production et un film tourné aux chutes du Niagara en 1921.

Le succès n’est pas au rendez-vous. Même Houdini ne pouvait pas s’évader de tout.

Harry Houdini en 1907 entre sa mère Cecilia Weiss et sa femme Bess : la mère adorée dont la mort, en 1913, l’a poussé à chercher un contact avec l’au-delà

Houdini entre sa mère Cecilia et sa femme Bess, en 1907.

La mort de sa mère : le deuil qui a tout changé

Derrière la vedette, il y a un homme très attaché à sa famille. Son père meurt en 1892, dans la pauvreté. Le jeune Ehrich, dix-huit ans, se sent alors responsable de sa mère, Cecilia. Il l’adore.

Dès qu’il gagne de l’argent, il lui en envoie, lui offre des robes, la couvre de cadeaux. Déjà, il l’accompagne chez des médiums, dans l’espoir d’avoir des nouvelles de son père. Sans résultat.

1913 : un télégramme à Copenhague

En 1913, Houdini est en tournée en Europe. À Copenhague, il reçoit un télégramme : sa mère a eu une attaque. Elle est morte. Il annule tout et rentre aussi vite que possible aux États-Unis, mais il arrive trop tard.

On dit que ce deuil l’a profondément transformé. Ses numéros deviennent plus dangereux, plus extrêmes.

Peut-on encore parler à ceux qu’on a perdus ?

Houdini se pose alors la question que beaucoup se posent après un deuil : est-ce qu’on peut encore lui parler ? Et à cette époque, elle est partout.

Après la Première Guerre mondiale, des millions de familles ont perdu un fils, un mari, un frère.

Le spiritisme, l’idée que l’on peut communiquer avec les morts par l’intermédiaire de médiums, connaît alors un succès énorme. En Angleterre et aux États-Unis, il y a des séances partout.

Pour comprendre ce mouvement, lisez notre article le spiritisme, définition et pourquoi il dérange encore.

Houdini et Conan Doyle : l’amitié brisée par une séance

Parmi les grands défenseurs du spiritisme, il y a un homme très célèbre : Sir Arthur Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes. Le père du détective le plus rationnel de la littérature est un spirite convaincu.

Il faut comprendre pourquoi. Doyle s’y intéressait depuis longtemps, mais la guerre l’a frappé de plein fouet. Son fils Kingsley meurt en 1918, quelques semaines avant l’armistice.

Pour lui, pouvoir encore parler à son enfant n’est pas une curiosité intellectuelle. C’est une question de survie.

Portrait de Sir Arthur Conan Doyle en 1914, créateur de Sherlock Holmes, spirite convaincu, ami puis adversaire de Harry Houdini

Arthur Conan Doyle, l’ami spirite devenu l’adversaire de Houdini.

Deux hommes célèbres, deux deuils

Doyle et Houdini deviennent amis. Deux hommes très célèbres, qui s’admirent, et qui ont chacun perdu un être cher.

Juin 1922 : la séance d’Atlantic City

En juin 1922, à Atlantic City, Doyle et sa femme Jean proposent une séance à Houdini. Lady Doyle pratique l’écriture automatique : elle écrit des messages qu’elle pense dictés par les esprits.

Ce jour-là, elle remplit plusieurs pages, présentées comme un message de la mère de Houdini.

D’abord, Houdini est ému. Puis il réfléchit, et relève plusieurs choses. Chaque page commence par une croix, alors que sa mère était juive pratiquante.

Le message est écrit dans un anglais impeccable, alors qu’elle parlait yiddish, hongrois et allemand. Enfin, ce jour-là, c’est l’anniversaire de sa mère, et le message n’en dit rien.

Je veux dire un mot là-dessus. Rien ne dit que Lady Doyle ait voulu tromper qui que ce soit. Elle était sans doute sincère. Mais pour Houdini, ce message ne pouvait pas venir de sa mère. Et je pense qu’il a été blessé.

Une rupture publique

La brouille éclate dans les journaux. Doyle affirme que Houdini a été convaincu, Houdini dément.

Doyle finit même par écrire qu’à son avis, Houdini possède lui-même des pouvoirs surnaturels, et qu’il s’en sert pour bloquer ceux des médiums.

Le sceptique accusé d’être le plus grand médium de tous : avouez que le retournement est fascinant.

Harry Houdini assis face au « fantôme » d’Abraham Lincoln : photographie truquée qu’il réalise pour montrer comment les faux médiums fabriquaient des photos d’esprits

Houdini et le « fantôme » de Lincoln : une photo truquée par lui-même, pour démasquer les fraudes.

La croisade de Houdini contre les faux médiums

Houdini lance alors une véritable croisade. Pas contre la croyance, mais contre les fraudes. Il assiste à des séances, souvent déguisé, avec une fausse barbe, accompagné d’un journaliste ou d’un policier.

Quand il repère un truc, il le dénonce. Ensuite, il le reproduit sur scène, devant le public : les tables qui tournent, les cloches qui sonnent dans le noir, les ardoises où apparaissent des messages.

Les « mains d’esprits » en paraffine

Dans certaines séances, on présentait des moulages de mains en paraffine, très fins, avec un poignet trop étroit pour qu’une main humaine ait pu en sortir sans les casser.

Seule une main d’esprit, qui se dématérialise, pouvait les avoir faits, disait-on.

Houdini montre qu’avec une technique simple et un peu d’habileté, on peut fabriquer exactement les mêmes. Une photo conservée à la Bibliothèque du Congrès le montre d’ailleurs en pleine démonstration.

Il fait de même avec les photos d’esprits, comme ce faux « fantôme » de Lincoln.

Une immense bibliothèque sur l’au-delà

Il réunit une immense bibliothèque sur le sujet, aujourd’hui à la Bibliothèque du Congrès, à Washington : près de quatre mille volumes, légués à sa mort.

En 1924, il publie Un magicien parmi les esprits (A Magician Among the Spirits).

Houdini croyait-il aux esprits ?

C’est la question la plus intéressante, à mes yeux. Houdini ne disait pas « l’au-delà n’existe pas ». Il disait : je n’ai jamais vu de preuve qui me convainque. Je pense qu’il voulait y croire. Il cherchait sa mère.

Il refusait juste qu’on lui mente.

« Je n’ai jamais vu de preuve qui me convainque. »

La position de Houdini, telle qu’on peut la résumer : il ne niait pas l’au-delà, il refusait qu’on lui mente.

Margery, Scientific American et le Congrès

En 1924, Houdini fait partie d’un comité organisé par la revue Scientific American. Celle-ci promet une forte récompense à tout médium capable de prouver ses pouvoirs dans des conditions contrôlées.

Personne ne gagne. La candidate la plus célèbre est une femme de Boston, Mina Crandon, qu’on appelle « Margery ».

L’affaire Margery : accusations dans les deux sens

Certains membres du comité sont impressionnés. Houdini, lui, affirme qu’elle fait sonner une cloche avec son pied. Le comité finit par lui refuser le prix.

La médium Mina Crandon, dite Margery, enfermée dans une boîte de contrôle à côté de Harry Houdini lors des tests de la revue Scientific American en 1924

Margery dans la boîte de contrôle de Houdini, lors des tests de 1924.

Mais l’affaire est très conflictuelle. Les partisans de Margery accusent Houdini, ou son assistant, d’avoir eux-mêmes truqué certaines expériences pour la piéger. Même chez Houdini, il faut donc garder un esprit critique.

1926 : Houdini devant le Congrès américain

En 1926, il va jusqu’à témoigner devant le Congrès des États-Unis, en faveur d’un projet de loi visant certaines pratiques de divination payantes à Washington.

Les séances sont houleuses, avec des médiums dans la salle qui l’interpellent.

Le pacte secret

C’est là qu’intervient le pacte. Pour être sûr que personne ne puisse un jour se faire passer pour lui, il convient avec plusieurs proches, et surtout avec Bess, d’un message secret.

Si l’un d’eux mourait le premier, il essaierait de le transmettre. Et seul un message exact compterait.

Plaque de la tombe de Harry Houdini, 1874-1926, au cimetière Machpelah dans le Queens à New York, avec des cailloux déposés par les visiteurs et une baguette de magicien

La tombe de Houdini au cimetière Machpelah, dans le Queens. Photo Anthony22, CC BY-SA 3.0.

Comment est mort Houdini ? Le coup de poing, l’appendicite et le 31 octobre 1926

En 1926, Houdini a 52 ans et il est en pleine forme. En août, à New York, il relève le défi d’un fakir qui prétend rester sous l’eau grâce à des pouvoirs mystiques.

Houdini se fait enfermer dans un cercueil de métal scellé, immergé dans la piscine d’un hôtel. Il y reste une heure et demie. Sans aucun pouvoir : seulement du calme et de la technique.

Ce cercueil, on le reverra.

22 octobre 1926 : les coups de poing de Montréal

En octobre, il part en tournée. Le 11 octobre, à Albany, il se fracture la cheville pendant le numéro de la cuve d’eau. Il continue malgré tout, avec une attelle.

Le 22 octobre, il joue au Princess Theatre de Montréal. Ce matin-là, dans sa loge, il reçoit des étudiants de l’université McGill. Il est allongé sur un divan, à cause de sa cheville.

L’un d’eux, Jocelyn Gordon Whitehead, lui demande s’il peut encaisser n’importe quel coup de poing dans le ventre. Houdini répond à peu près oui.

Avant même qu’il ait le temps de se préparer, l’étudiant le frappe plusieurs fois, très fort, à l’abdomen. Houdini est allongé, blessé, et n’a pas contracté ses muscles. C’est ce que rapportent les témoins présents.

Detroit : quarante de fièvre, et le spectacle continue

Houdini a mal, mais il continue. Pendant le voyage en train vers Detroit, il souffre de violentes douleurs. Le 24 octobre, il monte sur scène au Garrick Theatre avec une fièvre d’environ quarante degrés.

Il termine le spectacle, épuisé.

Pourquoi ne s’arrête-t-il pas ? Parce que c’est Houdini. Parce que la salle est pleine. Parce qu’il a passé sa vie à surmonter la douleur.

Il est finalement hospitalisé à l’hôpital Grace de Detroit. Les médecins diagnostiquent une appendicite aiguë. L’appendice a éclaté et l’infection, la péritonite, s’est répandue.

On l’opère, mais à l’époque, aucun antibiotique ne peut combattre ce type d’infection.

31 octobre 1926, le soir d’Halloween

Bess est à ses côtés. Pendant une semaine, Houdini se bat. Puis, le 31 octobre 1926, dans l’après-midi, il meurt. Il a 52 ans.

Le soir d’Halloween. Lui qui avait passé ses dernières années à combattre les histoires de fantômes meurt le soir où tout le monde parle de fantômes.

Qui a tué Houdini ? La mise au point

On entend souvent que Houdini a été tué par un coup de poing. C’est le récit populaire, mais la réalité médicale est plus nuancée.

Beaucoup de spécialistes pensent qu’il avait sans doute déjà une appendicite avant Montréal, et que les coups ont surtout masqué ou aggravé ses symptômes. Il a cru que la douleur venait des coups, et il a tardé à se faire soigner.

Ce qu’on raconteCe qu’on sait
« Un coup de poing a tué Houdini »Il est mort d’une péritonite après une appendicite. Une appendicite causée directement par un coup est rare.
Les coups n’ont joué aucun rôleIls ont pu masquer ou aggraver les symptômes, et retarder les soins.
L’assurance l’a prouvéL’assureur a payé une indemnité double pour mort accidentelle. Ce n’est pas un diagnostic médical.
Un complot ou une malédictionAucun document sérieux ne le montre.

Où est enterré Houdini ?

Le 4 novembre, ses funérailles ont lieu à New York, devant plus de deux mille personnes.

Son corps a été ramené de Detroit dans le cercueil de bronze qu’il avait fait fabriquer pour ses numéros : celui de la piscine, quelques mois plus tôt.

Il repose au cimetière Machpelah, dans le Queens, à New York. Sur sa tombe figure l’emblème de la Société des magiciens américains.

Le code secret « Rosabelle, believe » : la promesse de revenir

Bess se retrouve seule, après plus de trente ans de vie commune. Et elle a ce code dans sa mémoire.

Le code commence par un mot : Rosabelle. C’est le titre d’une chanson qu’elle chantait sur scène à l’époque de leur rencontre. Le nom était gravé à l’intérieur de son alliance.

Quel était le code secret de Houdini ?

Après ce mot vient une série d’autres mots, sans aucun sens à première lecture. En réalité, c’est le vieux code verbal de leur numéro de transmission de pensée. Une fois décodé, le message donne : « Rosabelle, believe ».

Rêver d’une personne décédée : signification spirituelle d’un message venu de l’au-delà, selon Sophie Vitali

Recevoir un signe d’un défunt : la question qui a hanté Houdini et Bess.

« Rosabelle, crois. »

Je trouve ça très beau, honnêtement. C’est un message d’amour et, en même temps, une épreuve.

1

Rosabelle

Le titre d’une chanson que Bess chantait sur scène quand ils se sont rencontrés, gravé dans son alliance.

2

Le code de scène

« Réponds, dis, prie, réponds, regarde, dis, réponds, réponds, dis. » Chaque mot ou paire de mots donne une lettre.

3

Believe

Une fois décodé, le message donne un seul mot : « believe », crois.

8 janvier 1929 : Houdini est-il revenu ?

Bess fait savoir publiquement qu’il existe un code et offre une récompense à quiconque le lui transmettra. Des messages arrivent de partout. Aucun n’est juste.

Jusqu’au 8 janvier 1929. Ce jour-là, un médium new-yorkais, le pasteur Arthur Ford, organise une séance chez Bess.

Il entre en transe et prononce, un à un, les mots qu’elle attend depuis plus de deux ans : « Rosabelle », puis les mots du code, puis « believe ». Bouleversée, Bess signe un document qui atteste que le message est correct.

Le lendemain, certains journaux titrent que Houdini est revenu.

Pourquoi le message d’Arthur Ford ne tient pas

Très vite, la controverse éclate. D’abord, Bess est malade : elle a fait une chute quelques jours plus tôt, et un journaliste la décrit à moitié délirante, à cause de sa maladie et de ses médicaments.

Surtout, une biographie de Houdini publiée en 1928 avait déjà révélé le système de code du couple et le mot Rosabelle. L’information était accessible à qui cherchait bien.

Ensuite, Bess prend ses distances, puis déclare clairement qu’elle n’a jamais reçu de message de Houdini.

Après la mort d’Arthur Ford, en 1971, son biographe a retrouvé des éléments laissant penser qu’il avait préparé cette séance.

Je veux être juste : on ne peut pas savoir ce qu’Arthur Ford avait dans la tête. Mais cette séance ne remplit pas le critère de Houdini lui-même : un message que personne d’autre ne pouvait connaître.

Si vous vous demandez ce que signifie un signe reçu d’un proche disparu, lisez aussi rêver d’une personne décédée.

Les symboles d’Halloween et leur signification spirituelle : citrouille, chat noir et sorcière, par Sophie Vitali

Halloween, la nuit où l’on laisse la porte ouverte aux disparus.

La séance Houdini, chaque 31 octobre depuis 1936

Et pourtant, Bess continue. Chaque année, le soir d’Halloween, une séance est organisée. Pendant dix ans. Et pendant toutes ces années, elle garde une bougie allumée à côté d’une photo de lui.

La dernière grande séance a lieu le 31 octobre 1936, sur le toit d’un hôtel de Hollywood, le Knickerbocker. Il y a des journalistes, des invités, une retransmission à la radio. On appelle Houdini. On attend. Il ne se passe rien.

« Dix ans, c’est bien assez long pour attendre un homme »

Ce soir-là, Bess éteint la bougie qu’elle gardait allumée depuis sa mort. Quelques années plus tard, on lui attribue cette phrase : « Dix ans, c’est bien assez long pour attendre un homme. »

Il y a de l’humour dans cette phrase, et beaucoup de tristesse. Je crois que c’est une femme qui a aimé quelqu’un très fort et qui, à un moment, a choisi de vivre.

Ils ne reposent pas au même endroit

Bess meurt en 1943. Un détail me touche beaucoup : elle était catholique, et elle n’a pas pu être enterrée à côté de lui, dans le cimetière juif où il repose. Elle repose dans un autre cimetière, au nord de New York.

Ils ont passé leur vie à échanger leur place dans une malle, et ils ne reposent pas au même endroit.

La séance officielle Houdini, une tradition d’Halloween

La tradition, elle, ne s’est jamais arrêtée. Depuis les années 1940, des magiciens organisent chaque 31 octobre une « séance officielle Houdini ». Il en existe encore plusieurs aux États-Unis.

Jusqu’ici, selon leurs propres organisateurs, Houdini n’a jamais répondu.

Ces séances ne sont pas faites pour se moquer. Elles lui rendent hommage, pour garder la porte ouverte, au cas où. C’est une façon de respecter sa promesse, et sa méthode : on laisse la porte ouverte, mais on vérifie qui frappe.

En vidéo : Houdini, il avait promis de revenir

Le samedi 31 octobre au soir, pour Halloween et le centenaire de la mort de Houdini, Didier Santiago et moi vous retrouvons en direct pour parler des films maudits : les tournages où tout est allé de travers, les accidents, les rumeurs.

Venez avec vos questions.

Semaine spéciale HalloweenKurious Anima 2.0Épisode 6

Houdini, il avait promis de revenir

Notre enquête vidéo avec Didier Santiago

L’homme qui s’évadait de tout, sa mort le soir d’Halloween et la promesse faite à Bess. Avec Didier Santiago, nous avons consacré à Houdini le sixième et dernier épisode de notre semaine spéciale. Didier raconte la vie et les évasions, je raconte Bess, le deuil et le code.

La cellule de torture chinoiseConan Doyle et les médiumsLes coups de MontréalRosabelle, believe

Épisode précédent : Dracula, le vrai roman de Bram Stoker

La semaine Halloween sur Kurious Anima : tous les épisodes

Six soirs, six histoires, la même méthode : ce qui est documenté, et ce qui est raconté. Retrouvez chaque épisode de notre semaine spéciale, puis rejoignez-nous en direct le soir d’Halloween.

Un proche disparu, un signe, une question qui revient ?

Comme Houdini, on cherche parfois des réponses après une perte. Si une question sur l’au-delà ou sur votre avenir vous travaille, nos médiums et voyants vous écoutent par téléphone, 24h/24, en toute discrétion.

En résumé : Harry Houdini en quelques lignes

En résumé : Harry Houdini, né Erik Weisz le 24 mars 1874 à Budapest, a pris son nom de scène en hommage au magicien français Robert-Houdin. Avec sa femme Bess, il crée La Métamorphose, puis devient le roi de l’évasion grâce aux menottes, au bidon de lait et à la cellule de torture chinoise (1912). Après la mort de sa mère en 1913, il mène une croisade contre les faux médiums, se brouille avec Arthur Conan Doyle en 1922 et refuse le prix du Scientific American à la médium Margery.

Il meurt le 31 octobre 1926 à Detroit, à 52 ans, d’une péritonite après une appendicite, neuf jours après des coups reçus au ventre à Montréal, qui ont pu masquer ses symptômes. Il repose au cimetière Machpelah, dans le Queens. Son code secret avec Bess, « Rosabelle, believe », n’a jamais été transmis de façon convaincante : la séance d’Arthur Ford en 1929 est contestée, et Bess cesse de l’attendre après la séance du 31 octobre 1936.

Sources : Wikipédia, Harry Houdini ; Encyclopædia Britannica, Harry Houdini ; Wikipedia, Mina Crandon ; épisode 6 de la semaine Halloween de Kurious Anima 2.0.

FAQ : vos questions sur Harry Houdini

Les réponses courtes aux questions les plus posées sur Harry Houdini.

Qui était Harry Houdini ?

Harry Houdini, né Erik Weisz le 24 mars 1874 à Budapest, est un illusionniste américain d’origine hongroise, considéré comme le plus grand artiste de l’évasion de l’histoire. Il s’est libéré de menottes, de prisons, de cercueils et de la cellule de torture chinoise, puis a combattu les faux médiums.

Comment est mort Houdini ?

Houdini est mort d’une péritonite, après la rupture de son appendice, le 31 octobre 1926 à l’hôpital Grace de Detroit. Le 22 octobre, à Montréal, un étudiant l’avait frappé plusieurs fois au ventre. Ces coups ont pu masquer ou aggraver une appendicite déjà présente et retarder les soins.

Qui a tué Houdini ?

Personne ne l’a tué volontairement. L’étudiant Jocelyn Gordon Whitehead l’a frappé au ventre dans sa loge, mais Houdini est mort d’une appendicite compliquée d’une péritonite. Aucun document sérieux ne soutient la thèse d’un complot ou d’une malédiction.

Quand est mort Houdini ?

Harry Houdini est mort le 31 octobre 1926, dans l’après-midi, à Detroit, le jour d’Halloween. Il avait 52 ans. Le 31 octobre 2026 marque le centenaire de sa mort.

Où est enterré Houdini ?

Houdini est enterré au cimetière Machpelah, dans le Queens, à New York. Sa tombe porte l’emblème de la Société des magiciens américains. Sa femme Bess, catholique, repose dans un autre cimetière, au nord de New York.

Que veut dire le nom Houdini ?

Houdini est un nom de scène formé à partir de celui du magicien français Jean-Eugène Robert-Houdin, auquel le jeune Ehrich Weiss a ajouté un « i ». Le prénom Harry vient de son surnom d’enfance, « Ehrie ».

Quel était le code secret de Houdini et de sa femme ?

Le code commençait par « Rosabelle », titre d’une chanson que chantait Bess, suivi de mots tirés de leur ancien code de transmission de pensée. Une fois décodé, il donnait le mot « believe ». Le message complet était donc « Rosabelle, believe ».

Houdini est-il revenu après sa mort ?

Non, pas de façon convaincante. En janvier 1929, le médium Arthur Ford a donné le code à Bess, mais il avait été révélé dans une biographie de 1928, et Bess a ensuite déclaré n’avoir jamais reçu de message de son mari. Aux séances organisées chaque 31 octobre, Houdini n’a jamais répondu.

Pourquoi Houdini et Conan Doyle se sont-ils brouillés ?

En juin 1922, à Atlantic City, Lady Doyle a écrit un message présenté comme venant de la mère de Houdini. Le texte commençait par une croix, était en anglais alors qu’elle ne le parlait pas, et ignorait le jour de son anniversaire. Houdini n’y a pas cru et la rupture est devenue publique.

Houdini croyait-il aux esprits ?

Houdini ne niait pas l’existence de l’au-delà. Il affirmait n’avoir jamais vu de preuve convaincante et combattait les fraudes, pas la croyance. Après la mort de sa mère, il espérait sincèrement recevoir un signe d’elle.

Qu’est-ce que la séance Houdini ?

C’est une séance organisée chaque 31 octobre pour tenter de contacter Houdini. Bess l’a tenue pendant dix ans, jusqu’à la séance du 31 octobre 1936 sur le toit de l’hôtel Knickerbocker, à Hollywood. Des magiciens perpétuent la tradition depuis les années 1940, en hommage.

Qu’est-ce que la cellule de torture chinoise de Houdini ?

C’est son numéro le plus célèbre, présenté à partir de 1912 : une cuve étroite en verre et en métal, remplie d’eau, dans laquelle il était plongé la tête en bas, les chevilles bloquées, avant de réapparaître libre derrière un rideau.